28/08/2008 : L'Expansion.com Areva piégé par les déboires de ses réacteurs EPR
Le groupe nucléaire français dirigé par Anne Lauvergeon est confronté à un double défi avec deux de ses quatre futurs EPR : problèmes de coûts en Finlande, problèmes de calendrier en France.
A la veille de la publication de ses résultats semestriels, l’affaire fait désordre.
Areva se serait en effet bien passé de la double contre-publicité faite à son EPR, son réacteur nucléaire de dernière génération dont le premier exemplaire est toujours en chantier en Finlande et le deuxième en cours de construction depuis neuf mois à Flamanville dans la Manche. Le premier, qui ne verra le jour qu’en 2011 et non plus en 2009, accuserait ainsi un dérapage budgétaire sévère, affirme Les Echos.
Cependant que le second aurait d’ores et déjà « explosé son calendrier » selon Le Canard Enchaîné. Dans les deux cas, le groupe dirigé par Anne Lauvergeon se retrouve sur la sellette, alors même qu’il devrait dévoiler vendredi des profits records sur les six premiers mois de l’année.
Pour la troisième fois en un an et demi, le n°1 mondial du nucléaire civil est donc contraint de passer de lourdes provisions dans ses comptes pour pallier l’énième envolée de la facture de son site finlandais d’Olkiluoto. D’après le quotidien économique, le surcoût atteint même à ce jour 50% du budget initial : autrement dit, le premier EPR ne coûtera plus 3 milliards d’euros mais près de 4,5 milliards !
Chez le géant de l’atome, on se refusait jeudi à commenter ce chiffre. Mais on cherchait à calmer le jeu en rappelant l’aspect "prototype" du dossier, susceptible a priori d’induire des dépassements : « Provisions ou pas, nous ne communiquons pas les montants pour des raisons commerciales, indiquait un porte-parole. Dans le nucléaire, on ne peut pas faire de maquette dans un hangar. De ce fait, ce projet supporte des coûts de développement et mobilise des ressources supérieurs aux réacteurs suivants ».
Ce surcoût serait imputable à deux facteurs principaux. D’une part, le « renchérissement des matériaux et des équipements » précise Les Echos. Et d’autre part, le « gonflement de la masse salariale » puisque le groupe a été obligé de recruter en urgence de nouvelles équipes afin d’assurer un meilleur suivi des opérations. A cela s’ajouterait enfin un risque en matière de génie civil.
Ce qui relève cette fois des prérogatives du partenaire Bouygues, lequel a aussitôt contre-attaqué en lançant n'avoir« jamais reçu de remarques ni de STUK (l'autorité finlandaise de sécurité nucléaire, NDLR) ni de TVO (groupe d'énergie finlandais Teollisuuden Voima, NDLR), ni d'Areva au sujet de la qualité de l'ensemble des soudures réalisées ».
La veille, Areva avait déjà dû affronter la tempête, mais sur son futur EPR français, celui qui verra le jour à Flamanville dans la Manche. A l’origine du malaise ? Des retards à prévoir dans la livraison. D’après l’hebdomadaire satirique, ceux-ci se monteraient actuellement à « neuf mois ». De quoi a priori remettre en cause le calendrier initial calé à la mi-2012. Ce qu’EDF, maître d’ouvrage, réfute pourtant.
Dans le détail, ce retard présumé serait lié à deux éléments : primo, la suspension sur injonction de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) des travaux de bétonnage et de ferraillage pour près de deux mois ; secundo, les difficultés rencontrées « avec la fabrication du liner, ce revêtement en acier qui double le béton de la cloche de protection du réacteur », où là encore Bouygues serait impliqué.
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