04/01/2006 : Le Figaro Inquiète de sa dépendance énergétique, l'Allemagne relance le débat sur le nucléaire
Le gaz représente 22,4% de l'approvisionnement en énergie primaire de l'Allemagne. La crainte d'une pénurie a fait renaître le débat sur la nécessité de renforcer l'indépendance énergétique du pays.
LE CONFLIT russo-ukrainien a relancé outre-Rhin le débat sur la sortie du nucléaire. Le ministre de l'Économie, Michael Glos (CSU), a réclamé une réflexion sur la contribution du nucléaire dans l'approvisionnement énergétique de l'Allemagne. «On doit investir dans les sources d'énergie qui sont disponibles en Allemagne, c'est-à-dire le charbon et les centrales atomiques», a souligné le ministre. A l'image d'autres pays européens, l'arrêt des livraisons de gaz en direction de l'Ukraine avait provoqué pendant quelques heures outre-Rhin une chute de l'approvisionnement en gaz.
Mais, pour les sociaux-démocrates, pas question de faire la moindre concession dans ce domaine. «La sortie du nucléaire n'a rien à voir avec la question des livraisons de gaz», a rétorqué l'un des chefs de la fraction parlementaire SPD, Ulrich Kelber. D'autant que «l'énergie nucléaire ne joue un rôle que dans la production d'électricité, pas dans l'approvisionnement en énergie calorifique», ajoute-t-il. Pour les sociaux-démocrates et les Verts, ce bras de fer russo-ukrainien prouve même qu'il faut davantage investir dans les énergies propres et accélérer les économies d'énergie.
Le gouvernement de Gerhard Schröder avait signé en juin 2000 un accord avec les groupes énergétiques, prévoyant la fermeture de toutes les centrales atomiques au plus tard en 2021. Trois centrales ont déjà cessé de fonctionner, la dernière en avril 2005.
Un enjeu électoral. La question de la sortie du nucléaire était réapparue au moment de la campagne électorale allemande et avait bien failli faire échouer les négociations de coalition. La CDU-CSU avait annoncé dans son programme un prolongement de l'activité des centrales atomiques. «Sans un prolongement de l'utilisation de l'énergie nucléaire, l'Allemagne ne pourra pas atteindre ses objectifs en matière de protection du climat», avait déclaré Angela Merkel lors du duel télévisé qui l'avait opposé à Gerhard Schröder. Sur ce point, les sociaux-démocrates se sont toujours montrés inflexibles. Si bien qu'à défaut de compromis un accord sur l'énergie nucléaire a été reporté à une date ultérieure. Le conflit n'en reste pour autant pas moins présent.
S'ils s'opposent sur le nucléaire, les partis politiques sont d'accord sur la nécessité de renforcer l'indépendance énergétique de l'Allemagne. Le gaz représente à lui seul 22,4% de l'approvisionnement en énergie primaire. «Il faut réduire la dépendance énergétique (de l'Allemagne)», affirme Stephan Kohler, le directeur de l'agence allemande de l'énergie.
Le ministre de l'Économie a d'ailleurs remis en question le projet de hausse de la part de gaz russe dans l'approvisionnement énergétique de l'Allemagne. «Ce qui est important, c'est de savoir comment nous pouvons être indépendants à long terme en matière d'approvisionnement énergétique, et garantir les prix de l'électricité à des niveaux raisonnables», soulignait hier Annette Schavan (CDU), ministre de la Recherche dans la Leipziger Volkszeitung.
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