21/12/2004 : L'EST REPUBLICAIN Le militant écologiste mort par « imprudence »
L'enquête sur les causes de la mort de Sébastien Briat à Avricourt le 7 novembre pointe une série « d'aberrations » et d'imprudences dans la préparation de l'opération.
NANCY. _ L'enquête sur les causes de la mort de Sébastien Briat est bouclée. Percuté par un convoi chargé de déchets destinés à être stockés en Allemagne, ce manifestant antinucléaire avait trouvé la mort le 7 novembre à Avricourt près de Lunéville. A 14 h 34. Comme d'autres militants l'avaient fait à Laneuveville-devant-Nancy, le jeune Meusien, âgé de 23 ans, s'était enchaîné sur la voie avec trois autres personnes. Celles-ci étaient parvenues à se dégager de leur « tube » juste avant le passage du train.
« Je ne vois rien de pénal dans cette affaire », a déclaré Mme Taron, vice-procureur de la République, lors d'un point presse hier. Le drame s'est produit après un concours malheureux de circonstances lié à l'inexpérience des huit écologistes. Pour reconstituer les faits et la chronologie des événements, les enquêteurs ont exploité les « boîtes noires » du train, les relevés d'appels téléphoniques et le résultat des analyses toxicologiques. Les témoins ont été entendus, leurs versions recoupées.
Le parquet pointe ainsi une série d'imprudences commises lors de la préparation et de la mise en oeuvre de l'opération. Et des « aberrations ». Comme le choix du site : le point kilométrique 408, à 350 m après une courbe, limitant ainsi la visibilité. Arrivés sur les lieux à 4 h du matin, les manifestants ne s'étaient pas rendu compte de la dangerosité de l'endroit.
Quatre groupes participaient à l'opération : des « préveneurs » plusieurs kilomètres en amont, des « stoppeurs » et huit « bloqueurs » (dont quatre sur la voie). Sébastien Briat en faisait partie.
« Aberration » également dans leur système de communication : les talkies-walkies qui ne fonctionnaient pas ont été remplacés par les portables. Inefficaces pour informer en direct un interlocuteur sur le passage du convoi. Les manifestants antinucléaires avaient mal estimé les horaires de passage du train. Ils avaient finalisé leur plan d'action en se référant à ceux du Paris-Strasbourg !
Hélico à sec
A 14 h 26, les « préveneurs », à 15 km en amont, ont appelé les « stoppeurs » pour leur dire qu'ils disposaient encore de vingt minutes au lieu de huit en réalité. Chargés d'alerter le conducteur, ils ont vu le convoi passer sans avoir eu le temps de se mettre en place. A 14 h 27, l'hélicoptère qui patrouillait au dessus de la voie s'est dérouté pour faire le plein. « Le réservoir était à sec en raison des modifications du plan de vol après l'action menée à Laneuveville-La-Madeleine », rappelle le vice-procureur.
A 14 h 32, après le passage du premier motard, qui précédait de deux minutes le convoi, les militants qui s'étaient dissimulés dans un fourré se sont enchaînés.
Le convoi est arrivé à 14 h 34. Le conducteur du train qui roulait à 98 km/h a alors actionné le freinage d'urgence. Pendant 14 interminables secondes. Il a vu Sébastien Briat se relever. La distance de freinage, 750 m, avait également été mal appréciée.
Pourquoi la victime n'a-t-elle pas pu se dégager à temps ? Sa corpulence athlétique ne l'a pas aidé. Le tube mesure 7,5 cm de diamètre. Le poignet du manifestant antinucléaire 5,5 cm. Mais 10 cm si l'on tient compte des vêtements. Plus fluets, ses camarades étaient parvenus à s'extraire du « tube ». Il a également été retardé par le cadenas, non fermé.
Inexpérimentés, les membres du groupe l'étaient. Des étudiants sensibilisés à l'écologie. Pas vraiment des militants. Ils avaient fait connaissance sur des forums internet le mois précédent le drame. Ils se sont vus pour la première fois à Bar-le-Duc une semaine avant. C'est l'un des bloqueurs qui avait choisi le site. Il avait l'habitude de prendre le train depuis Sarrebourg pour se rendre à Nancy où il étudie.
Dernier élément, « pas forcément en lien avec l'accident » : l'analyse toxicologique a révélé que sept des huit membres du groupe avaient consommé du cannabis.
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