Revue de presse

 

01/12/2004 : L'HUMANITE
Iter tiré à hue et à dia



Cadarache ou Rokkasho-Mura ? Européens et Japonais s’affrontent toujours pour obtenir l’implantation du réacteur expérimental.

Entre Cadarache (Bou-ches-du-Rhône) et Rokkasho-Mura, au Japon, le choix du site pour l’implantation du réacteur expérimental de fusion nucléaire Iter devait être arrêté, il y a plus d’un an. Las, hier, à Tokyo, malgré les fortes pressions exercées par les Européens, la question restait en suspens, Europe et Japon plaidant de concert pour la recherche d’une solution à six sur le projet. À six ? Chiffre pair qui permet aux deux camps opposés de s’affronter sans trouver d’issue : d’un côté l’Union européenne, - appuyée par la Chine et la Russie ; de l’autre, le Japon, épaulée par les États-Unis et la Corée du Sud.

Pourtant, vendredi dernier, les Européens avaient accru leur pression sur le
- Ja-pon, en confirmant être prêts à construire le réacteur international à Cadarache, sans Tokyo, en cas de blocage des négociations sur la localisation finale du projet. La menace n’a pas fait flancher les Japonais.
Nobutaka Machimura, ministre des Affaires étrangères, a qualifié de « regrettable » la décision européenne « car elle pousse à un financement double et redondant » du projet et il a insisté : « Nous devons travailler à six pays sur le projet Iter en - raison de ses difficultés technologiques.
Il faut nous diriger vers une structure à six. » Avant de préciser : « Avoir deux sites n’est pas une bonne solution. C’est pourquoi nous souhaitons une division du travail afin de partager. »

Une position que l’ambassadeur Bernhard Zepter, chef de la délégation de la Commission européenne au Japon, n’a pu écarter d’un revers de main : « Nous avons des - intérêts évidents à travailler - ensemble parce que le problème des ressources énergétiques nous est commun », a-

t-il lâché. Les Européens n’ont donc pas voulu fermer la porte à un compromis. Ils ont assuré que leur priorité restait de trouver une solution avec les cinq autres partenaires du projet. Le diplomate terminait son intervention en laissant ouverte la négociation : « Les - discussions sont longues et un choix doit être fait, bien sûr. Mais la coopération en matière nucléaire entre le Japon et l’Europe a toujours été bonne jusque-là. Il n’y a pas de raison pour que cela change. »

Sans doute les enjeux économiques pèsent-ils lourdement sur les discussions.
Le projet Iter est estimé à 10 milliards d’euros sur trente ans, dont 4,57 milliards d’euros pour la seule construction du réacteur qui doit durer dix ans. Reproduire sur terre la fusion thermonucléaire qui a lieu dans les étoiles n’est pas une mince affaire, mais elle promet, dans les cinquante ans, une énergie plus sûre, propre et abondante.

D. V.

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