Revue de presse

 

24/11/2003 : reuters
L'EPR vulnérable à un attentat de type 11 septembre ?



PARIS, 24 novembre (Reuters) - Le futur réacteur nucléaire EPR serait vulnérable à un attentat comparable à ceux du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, estime le réseau "Sortir du nucléaire" qui s'appuie sur un document confidentiel émanant d'EDF.

Ce réacteur de troisième génération à eau pressurisée, destiné à renouveler le parc nucléaire français, n'est encore qu'à l'état de projet mais suscite déjà un tollé de la part des militants antinucléaires et des Verts.

L'EPR présente "les mêmes défauts et faiblesses que les réacteurs actuels", a estimé lundi dans un communiqué le réseau "Sortir du nucléaire", qui fédère 650 associations.

"Sortir du nucléaire" a diffusé en outre un document adressé il y a quelques mois au directeur général de la Sûreté nucléaire par Bruno Lescoeur, directeur de la branche énergie d'EDF, qui montre, selon les militants antinucléaires, "la vulnérabilité de l'EPR face à un attentat du style 11 septembre".

Le 11 septembre 2001, trois avions de ligne détournés par des membres du réseau islamiste Al Qaïda se sont écrasés sur les tours jumelles du World Trade Center, à New York, et sur le Pentagone, à Washington, faisant des milliers de morts.

Dans son courrier, Bruno Lescoeur indique que le projet EPR prévoit de "bunkeriser" les bâtiments réacteur et combustible usé, afin qu'ils puissent résister à un impact perforant de type avion militaire.

Ces dispositions confèrent au projet EPR une "grande robustesse" vis-à-vis de l'impact éventuel d'un avion de ligne mais "EDF n'envisage pas d'assurer une capacité de résistance vis-à-vis de tout acte de guerre ou tout acte terroriste envisageable", écrit Bruno Lescoeur.

"Les hypothèses relatives à l'impact doivent assurer une couverture 'raisonnable' du risque et ne peuvent prétendre envelopper toutes les éventualités", ajoute-t-il.

HYPOTHESES

Dans le document joint à ce courrier, EDF affirme prendre en compte l'hypothèse d'attentats comme ceux du 11 septembre 2001 dans le cadre de dispositions dites de "réduction du risque" mais "hors du dimensionnement normal" de l'installation.

Les auteurs du document estiment cependant que le projet EPR est suffisamment "robuste" par rapport aux risques d'ébranlement des bâtiments, de vibrations transmises aux équipements et d'incendie que comporterait l'impact d'un avion commercial.

Ils justifient cette position par la grande difficulté pour un pilote non-chevronné d'atteindre précisément, "en vol horizontal stabilisé", une cible de type centrale nucléaire.

Les experts d'EDF proposent un "dimensionnement des ouvrages" couvrant "raisonnablement" l'hypothèse d'avions moyen/gros porteurs volant à 500 à 580 km/h ou de "jumbo-jets" volant à 360-450 km/h en approche de type atterrissage.

"Sortir du Nucléaire" accuse le gouvernement et EDF de vouloir "cacher aux citoyens les informations qui leur permettraient de se faire un avis" sur l'EPR.

Les militants antinucléaires s'appuient sur une phrase de Bruno Lescoeur, qui estime dans sa lettre que les "hypothèses, règles utilisées et analyses associées ne devraient pas figurer dans les rapports de sûreté accessibles ou susceptibles d'être accessibles publiquement".

Contacté par Reuters, le service de presse d'EDF a refusé de commenter la diffusion de ce document par "Sortir du nucléaire".

"En aucun cas nous ne commentons un document confidentiel défense", a déclaré à Reuters un porte-parole du groupe.

"Sortir du nucléaire" appelle pour sa part à une manifestation nationale à Paris le samedi 17 janvier prochain, pour demander notamment l'abandon de tout projet de construction de nouveaux réacteurs nucléaires, dont l'EPR.

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