08/11/2004 : L'EST REPUBLICAIN Le convoi fatal
Alors qu'il tentait de s'enchaîner à la voie en présence d'autres manifestants, Sébastien Briat, 23 ans, n'a pas pu se dégager avant l'arrivée du train.
LUNEVILLE. Le drame s'est produit à 14 h 30 hier, au point kilométrique 408, sur la commune d'Avricourt. Le convoi, chargé de déchets destinés à être stockés à Gorleben dans le nord de l'Allemagne, a écrasé un jeune antinucléaire qui tentait de s'enchaîner à la voie ferrée, comme l'avaient fait avant lui d'autres militants à Laneuveville.
Selon les premières constatations effectuées par les gendarmes, Sébastien Briat, jeune Meusien âgé de 23 ans, faisait partie d'un groupe de huit personnes décidées à retarder le convoi afin de manifester et de sensibiliser aux dangers du nucléaire.
Le dispositif envisagé était d'ailleurs le même que celui mis en place quelques heures plus tôt. D'après Gilbert Poirot, membre alsacien de l'association « Sortir du nucléaire » qui s'est rendu sur place, les manifestants auraient omis quelques règles régissant toujours ce type d'action.
« Ce genre d'opération se fait toujours de façon très précise en suivant des règles qui, apparemment, auraient été oubliées. Les manifestants signalent systématiquement leur présence par des éclairages ou des fumigènes afin de stopper le train. Quand le train est presque arrêté, ils s'enchaînent alors en toute sécurité. L'endroit où ils ont voulu s'installer était déjà naturellement dangereux. » Les huit manifestants se trouvaient en effet dans une courbe qui n'a pas permis de les repérer suffisamment tôt.
Une cellule de soutien psychologique
Par ailleurs, l'hélicoptère de la gendarmerie patrouillant de façon régulière au-dessus de la voie avait dû modifier son plan de vol, suite à l'action menée à Laneuveville, afin d'aller se ravitailler en kérosène. Des faits confirmés par Michel Senthille, procureur de la République, hier soir, à l'occasion d'un point presse, en présence d'Eric Maire, sous-préfet de Lunéville et du colonel de gendarmerie Cazenave-Lacroutz.
Le convoi était par ailleurs précédé de deux motards de la gendarmerie qui disposaient dans ce secteur d'un chemin praticable longeant la voie ferrée sur plusieurs kilomètres, particulièrement propice à la surveillance.
Mais le groupe, caché dans les bois, a visiblement profité du délai d'environ trois minutes entre le passage des deux gendarmes pour tenter de passer à l'action. « Arrivé sur les lieux et en voyant se qui se passait le second motard a mis en route sa sirène et a crié aux personnes de s'écarter.
Le dispositif était apparemment prévu pour quatre personnes, trois d'entre elles ont réussi à se dégager. La quatrième a été écrasée par le train », a expliqué le procureur. L'inertie du convoi et sa vitesse estimée à 80 km/h, selon un agent SNCF, a nécessité une distance de 600 mètres pour s'arrêter, malgré un freinage d'urgence.
Hier soir, les sept autres personnes du groupe, très choquées étaient entendues par la gendarmerie, alors que dans le même temps une cellule de soutien psychologique était mise en place. Une information judiciaire a été ouverte.
Jean-Christophe PIGNON et Jean-Robert LAMBOTTE
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