21/10/2004 : LE FIGARO Le nucléaire tente de s'imposer comme la première alternative au pétrole
ÉNERGIE Le site de Flamanville, dans la Manche, doit accueillir la construction du prototype du réacteur nucléaire de troisième génération
Le nucléaire tente de s'imposer comme la première alternative au pétrole
Frédéric de Monicault
La flambée du prix du baril, la croissance exponentielle de la consommation d'hydrocarbures en Chine, la montée en puissance du nucléaire, illustrée en France par la décision de construire un prototype pour l'EPR... En France, comme ailleurs dans le monde, les éléments ne manquent pas pour réfléchir aux scénarios de l'après-pétrole. Même si personne ne sait exactement quand l'or noir verra sa source se tarir.
«Certes, il existe bien un ratio entre réserves prouvées de pétrole et consommation mondiale, mais celui-ci n'est valable qu'à un instant T. Il ne prend en compte ni l'optimisation progressive de l'extraction ni l'évolution de la consommation de la planète», souligne d'emblée Frédéric Lasserre, directeur de la recherche sur les matières premières à la Société générale.
Ce qui n'empêche pas que le pétrole peut encore conserver son leadership pendant environ un demi-siècle. Un horizon que l'on a déjà fixé depuis déjà plusieurs années. En attendant, selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE), la demande mondiale devrait dépasser cette année les 82 millions de barils par jour (mbj).
Deux inconnues au moins persistent sur la rentabilité accrue de la production pétrolière, d'un point de vue tant technologique que financier :
la question des avancées techniques pour exploiter les formidables gisements offshore et, d'autre part, la volonté, ou non, des grands pays producteurs d'ouvrir leurs champs aux majors du secteur. Un pays comme l'Arabie saoudite, dont la production avoisine les 9 mbj, donne pour le moment la primauté absolue à sa compagnie nationale. «Les installations sont de plus en plus vétustes et les livraisons bien moindres que si les grandes compagnies occidentales pouvaient investir dans l'outil de production», souligne un bon connaisseur de la zone.
L'étude des scénarios de l'après-pétrole doit aussi prendre en compte les données géopolitiques. L'Irak, par exemple, n'a pas encore retrouvé son seuil de production d'avant l'offensive américaine. Les experts estiment qu'une fois la paix revenue le pays pacifié pourrait viser à terme les 6 mbj, contre 2,1 actuellement.
Face aux échéances d'une baisse progressive de la production d'hydrocarbures, les grandes compagnies mondiales ne restent pas figées :
«Toutes ont des plans stratégiques allant de cinq à cent ans. A l'heure actuelle, on constate que ces majors du pétrole élargissent leur portefeuille d'activités à d'autres sources d'énergie. Le gaz en particulier, autrefois négligé, revient aujourd'hui en force», observe Georges Chéhadé, directeur chez Booz Allen Hamilton. Ce dernier observe aussi que «les compagnies hésitent actuellement entre deux stratégies : soit investir de manière conséquente dans des paris technologiques, soit acheter à prix fort un savoir-faire technologique développé par d'autres».
Face au recul programmé du pétrole, le développement des énergies renouvelables prend évidemment du relief (lire ci-dessous). De même, le poids du charbon dans le monde prend un tour nouveau (lire ci-dessous). Mais aucune de ces sources n'empêche aujourd'hui le nucléaire de s'imposer comme la principale alternative au pétrole. Pour autant, le recours à l'atome ne progresse que lentement dans la plupart des pays se disant intéressés. En Chine, aucun processus de grande ampleur n'a encore été décidé, alors même que tous les opérateurs du secteur avancent leurs pions auprès de Pékin, y compris les Etats-Unis. Enfin, outre-Atlantique, même si le plan Bush annonçait un mouvement massif de construction dans le pays, il reste encore largement à un stade théorique.
«Personne ne conteste la montée en puissance du nucléaire, mais force est aussi de constater qu'en matière de traitement des déchets aucune solution n'a encore été trouvée. Cela reste un obstacle de taille», souligne Georges Chéhadé.
Pour Frédéric Lasserre, un autre obstacle est d'ordre géostratégique : «Les pays occidentaux considèrent d'un mauvais oeil la volonté des pays émergents de s'approprier la technologie de l'atome, au nom d'un danger de dérapage du nucléaire civil vers le nucléaire militaire.» Dans ces conditions, le pétrole apparaît toujours comme incontournable, quitte, comme le souligne Frédéric Lasserre, «à voir, une fois que la source commencera à se tarir, les pays les plus riches être les derniers à en profiter».
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