Le Réseau dans les médias

 
Nucléaire : Le rapport de l'ASN "ne sert à rien"

03/01/2012 : France Soir
Nucléaire : Le rapport de l'ASN "ne sert à rien"



Pour Jean-Marie Brom, directeur de recherche au CNRS, le rapport rendu ce matin par l'Autorité de sûreté nucléaire sur la sécurité des installations nucléaires "ne dit rien qu'on ne savait déjà".

Dans son rapport, commandé au lendemain de la catastrophe de Fukushima et remis mardi matin au Premier ministre François Fillon, l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) estime que les installations françaises présentent « un niveau de sûreté suffisant ». Elle ne demande donc l'arrêt définitif ou temporaire d'aucune d'entre-elles, mais juge toutefois indispensable d'augmenter leur « robustesse ». Selon Jean-Marie Brom, directeur de recherche au CNRS et membre du Réseau Sortir du nucléaire, ce rapport d'environ 300 pages « ne sert à rien ».
Cliquez ici !

Francesoir.fr : Que pensez-vous des conclusions du rapport de l'ASN remis ce matin au Premier ministre ?

Jean-Marie Brom : C'est exactement ce que l'on attendait ! Voilà ce que l'on obtient quand un organisme d'Etat demande à un autre organisme d'Etat d'effectuer un audit. Ce rapport n'a absolument aucun intérêt puisqu'il ne fait que confirmer ce que l'on savait déjà. Que nous dit l'ASN ? Que la sécurité des centrales nucléaires françaises est suffisante dans l'état actuel des choses. Si on avait fait le même audit à Fukushima avant la catastrophe, on aurait obtenu exactement les même conclusions car on ne prend jamais en compte les accidents dits extraordinaires. C'est pourtant ce qu'il s'est passé à Fukushima, avec les conséquences que l'on connaît.

FS.fr : Qu'aurait dû faire l'ASN ?

J.-M. B. : Encore aujourd'hui, toutes les hypothèses très improbables sont systématiquement écartées. On ne s'en préoccupe même pas ! Alors que justement, nous devrions dès maintenant envisager les cas de figures les plus extrêmes pour l'ensemble des centrales. Nous sommes bien loin du compte. L'ASN ne fait qu'évoquer d'éventuelles études complémentaires dans les années à venir pour compenser les manquements de son propre rapport.

FS.fr : L'ASN souligne qu'il est nécessaire de renforcer la sécurité des centrales « dans les meilleurs délais ». C'est à dire?

J.-M. B. : On n'en sait rien. Tout dépend de la centrale, de son âge, de son environnement. Tout ce que nous dit le rapport, c'est que les centrales nucléaires françaises sont sûres dans les cas de figure envisagés par l'ASN. Mais pour le reste, ce sera aux opérateurs de mener leurs propres études. Dans son dernier rapport sur la centrale de Fessenheim (qui date du 4 juillet 2011, ndlr), l'ASN a par exemple autorisé la poursuite de l'exploitation du réacteur n°1 sous conditions d'un renforcement du radier avant le 30 juin 2013 et de la mise en place de moyens techniques de secours (avant le 31 décembre 2012, ndlr). C'est un peu comme autoriser un car scolaire qui vient de passer le contrôle technique de justesse à circuler encore un an avec des enfants à son bord avant de l'obliger à effectuer les réparations nécessaires.

FS.fr : Pensez-vous qu'une fermeture « politique » de la centrale de Fessenheim est envisageable ?

J.-M. B. : Le rapport de l'ASN a clairement été dirigé par les politiques. La question du nucléaire est aujourd'hui entre les mains du pouvoir politique. Si Nicolas Sarkozy veut fermer la centrale de Fessenheim pour des raisons électorales, il pourra le faire sans pour autant désavouer l'ASN ou la filière nucléaire française.
Propos recueillis par Philippe Peter

stress tests


  Imprimer cette page

Fermer cette page