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Revue de presse

Juillet 2015 / Le Télégramme

Uranium. Une balade dans les bois compteur geiger à la main



Source : Le Télégramme

http://www.letelegramme.fr/cotes-darmor/lannion/uranium-une-balade-dans-les-bois-08-07-2015-10697425.php

Uranium. Une balade dans les bois compteur Geiger à la main

 8 juillet 2015 à 07h54 / Éric Rannou /

Oubliés au fond des bois, d'anciens sites miniers uranifères intéressent fortement l'association Sortir du nucléaire Trégor. L'uranium du passé est loin d'avoir disparu du paysage. Les militants de l'association lannionnaise mesurent encore aujourd'hui sa trace. Ils s'interrogent aussi sur son impact sur l'environnement.

À Kerlogoden, sur la commune de Bégard, il suffit de grimper un talus pour deviner cette ancienne tranchée recouverte aujourd'hui de branchages. Caméra à l'épaule, Olivier Caillebot suit deux militants de Sortir du nucléaire Trégor. Il réalise pour la fin de l'année un documentaire de 52 mn sur la problématique des mines en Bretagne. Ici, il pointe son regard sur l'uranium exploité dans les années 1957-1961. Pour le guider sur les traces de ces sites uranifères oubliés, il marche sur les pas de Gaëlle et Jean-Jacques, de l'association lannionnaise. Ce duo suit de près ce dossier. Cette sortie sur le terrain est l'occasion de mesurer la radioactivité.

« Une tranchée de reconnaissance »

Dans les branches des arbres, les oiseaux gazouillent. D'une main, Jean-Jacques tient un compteur Geiger, de l'autre, il regarde la fiche du site de Kerlogoden issu du rapport environnemental d'Areva. « Nous sommes sur une propriété privée.. Les travaux que nous avons vus, c'est une tranchée de reconnaissance de 100 m³ », précise Jean-Jacques. La radiométrie relevée par Areva pointe à 300 à 450 coups par second (c/s) pour un bruit de fond de 90 à 100 c/s.

« On ne va pas trop traîner »

En regardant autour de soi, aucun panneau ne prévient le promeneur de ces chiffres invisibles. Le site n'est pas grillagé. Il faut un oeil averti pour déceler ce passé marqué par l'uranium. « On reçoit un peu de radiation. Il vaut mieux éviter de rester discuter dans des zones où on est fortement exposé », déclare Gaëlle, qui préfère lever le camp. Après cette petite halte, le trio reprend la route. Un deuxième site les intéresse de l'autre côté du Guindy, sur la commune de Pluzunet. À vol d'oiseau, il n'est pas très loin, perdu dans un bois. Pour le dénicher, c'est une autre histoire. Les ronces barrent le chemin. Il faut s'enfoncer entre les arbres, en longeant le Guindy. L'excursion mériterait le détour : un trou condamné par une grille. Il conduit à une galerie de 48 m. Exploité en 1958-1959, le site de Rosmeur n'a quasiment rien donné : 16 kg d'uranium. Les radiations enregistrées à quelques mètres de la galerie tranchent avec ce tonnage. Areva a relevé de 700 à 2.400 c/s pour un bruit de fond de 90 à 100 c/s. Le compteur Geiger de Gaëlle donne sensiblement les mêmes résultats. Pour pouvoir apercevoir la grille condamnant l'accès à la galerie, il faut se rapprocher très près. Gaëlle préfère éviter l'exercice. « On ne va pas trop traîner », déclare-t-elle. Agacée, elle pointe du doigt « des roches sorties de la terre » qui traînent un peu partout devant elle. Un compteur Geiger posé sur un de ces blocs de pierre enregistre l'empreinte du radium. « Il y a des promeneurs avec leurs enfants qui viennent souvent ici ». Cette perspective ne l'enchante pas vraiment.

Un mauvais pas et...

La balade dans les bois touche à sa fin. C'est l'heure de rejoindre les voitures. Les bénévoles de Sortir du nucléaire Trégor ont prévu de se rendre sur un troisième site : Locmaria, dans la campagne de Belle-Isle-en-Terre. Avant de reprendre la route, il faut passer par la case d'un rituel obligatoire. Les bottes sont rincées avec de l'eau pour ne pas repartir avec de « la terre contaminée ». Il vaut mieux aussi se laver les mains. À Belle-Isle-en-Terre, l'uranium pourrait presque se laisser toucher du doigt. La galerie n'est pas fermée. Un mauvais pas et la chute pourrait vous entraîner vers un lieu exploité entre 1957 et 1958 : 267 kg d'uranium trouvé ici. À l'entrée de la descenderie, la nature n'est pas avare en rayonnement. Les mesures réalisées par Areva concordent avec celles de Sortir du nucléaire Trégor : plus de 3.000 c/s. C'est 30 fois plus que le bruit de fond. Ces chiffres font froid dans le dos de Gaëlle et Jean-Jacques. Ne voulant « pas trop jouer avec le feu », ils préfèrent prendre la clé des champs et retourner à leur voiture. L'après-midi touche à sa fin. La caméra d'Olivier Caillebot a tout filmé et révélera, sans doute à la fin de l'année, cette vérité, qui terrifie « les sentinelles » de l'association. Uranium dangereux ? À lire demain, la réponse d'Areva.
 

 

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Pollution radioactive Uranium et mines