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Revue de presse

Juin 2004 / Libération

Un jeûne pour alimenter le courant anti-EPR



Nucléaire. A partir de lundi, trois militants cesseront de se nourrir pour réclamer l’abandon du nouveau réacteur et sensibiliser l’opinion.

Un jeûne pour alimenter le courant anti-EPR

Par Alexandra SCHWARTZBROD

Le clin d’oeil est cruel. Alors que trois militants antinucléaires se préparent à entamer, lundi, un jeûne « indéterminé » pour réclamer l’abandon du projet de réacteur nucléaire EPR et la réorientation des budgets vers les énergies renouvelables, la direction d’EDF engagera mardi « le processus de consultation » pour déterminer le site de construction du démonstrateur de l’EPR. Une façon de montrer le peu de cas qu’elle fait ­ et le gouvernement avec elle ­ des critiques qui se sont élevées dans la classe politique et chez certains experts contre ce réacteur censé faire la jonction entre les réacteurs vieillissants du parc actuel et ceux de la génération future, attendus en 2030. Une façon surtout de montrer que tout est bouclé et que rien n’entamera la détermination des pouvoirs publics à lancer l’EPR.

Temporiser. Soutenus par des associations écologistes (Agir pour l’environnement, Les Amis de la terre, Sortir du nucléaire, Greenpeace) et par les Verts, les trois futurs jeûneurs sont malgré tout décidés à aller jusqu’au bout de leur combat (1). Ce ne sont ni des fous furieux, ni des doux rêveurs. Si l’abandon de l’EPR fait partie de leurs revendications, ils savent qu’ils ne parviendront pas à eux seuls à l’obtenir. Mais ils espèrent provoquer dans l’opinion une prise de conscience qui poussera le gouvernement à temporiser. Jusqu’en... 2007. A cette date, une nouvelle majorité en France ou de nouvelles directives en Europe pourraient, espèrent-ils, retoquer le projet EPR. « On connaît la stratégie Raffarin : un dossier gênant, on le remet sous la pile... », déclarait l’un d’eux, vendredi au cours d’une conférence de presse suivie de près par les autorités puisque les Renseignements généraux y avaient envoyé une observatrice « pour information ».

« Négociateurs ». Concrètement, après un dernier repas pris dimanche à midi dans un square de la capitale à l’occasion d’un pique-nique de soutien, les trois hommes s’installeront dans un appartement prêté pour l’opération par la Mairie de Paris où ils n’avaleront plus que de l’eau. Suivis par un médecin, ils s’arrêteront quand ils auront conscience d’avoir atteint leurs limites. « On n’est pas suicidaire, on aime la vie et on compte bien y goûter encore », explique André Larivière, 56 ans, animateur du réseau Sortir du nucléaire, qui a déjà effectué deux jeûnes de plus d’un mois, en 1983 aux Etats-Unis contre la course aux armements, et en 1986 en Allemagne contre les euromissiles. « Le jeûne, c’est la force pure des gens pauvres. Areva (le constructeur de l’EPR, ndlr) fait de la pub dans le monde entier, nous, on n’a que notre énergie propre... » Ses deux partenaires sont sur la même ligne
 : Dominique Masset, 51 ans, du mouvement Appel pour une insurrection des consciences ; et Michel Bernard, 46 ans, fondateur de la revue Silence qui prône la décroissance. « Ce jeûne, c’est une démarche très humaine », déclarait à leurs côtés la sénatrice (Verte) du Nord, Marie-Christine Blandin, qui ajoutait en fustigeant le lobby nucléaire : « Ce sont des vieux nucléocrates, l’EPR est leur Viagra ! »

Les jeûneurs devant s’affaiblir au fil des semaines (ils devraient perdre un kilo tous les deux jours), des « négociateurs » ont déjà été désignés pour faire le lien avec les pouvoirs publics. Parmi eux, Michèle Rivasi, ex-député de la Drôme (apparentée PS) et experte du nucléaire, qui vient de quitter la tête de Greenpeace France.


(1) www.vivresansnucleaire.org