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Echos des luttes antinucléaires

Tribune sur la prolongation de l’arrêt de Paluel 2

20 juin 2017 | Collectif Stop Penly




L’industrie atomique est à la peine.. Non seulement le scandale du Creusot a cassé le peu de confiance que nous pouvions avoir dans la robustesse des installations nucléaires, mais l’exploitation du parc par EDF est calamiteuse. L’opérateur énergétique de l’Etat n’est plus en capacité de garantir l’efficience d’un moyen de production qui coute toujours plus cher sans qu’aucune dépense ne réussisse à enrayer la délitement d’une filière désormais obsolète. A Paluel le roi est nu. Ici le crépuscule du nucléaire apparaît plus nettement qu’ailleurs. Ce réacteur inutile est mort, il faudrait avoir l’honnêteté de le dire !



Le 8 juin 2017 par un communiqué de presse sibyllin, EDF a annoncé un nouveau report de l’hypothétique redémarrage du réacteur n°2 du CNPE de Paluel :

Paris - Le redémarrage du réacteur 2 de la centrale nucléaire de Paluel (Seine-Maritime), arrêté depuis plus de deux ans, a une nouvelle fois été reporté, de deux mois et demi jusqu’à mi-février 2018, a-t-on appris jeudi auprès d’EDF.

Prévue fin novembre 2017 selon la dernière prévision, la remise en service de l’installation de 1.300 mégawatts (MW) a été décalée pour la onzième fois, au 15 février 2018, a précisé un porte-parole du groupe énergétique.

« Cet ajustement est lié à des expertises réalisées autour de la piscine du réacteur. Cela nous a permis d’affiner le programme de travaux nécessaires dans cette partie de l’installation », a-t-il poursuivi.

Le porte-parole a ajouté que la date de redémarrage était encore « susceptible d’évoluer ».

Le réacteur 2 de Paluel avait été arrêté en mai 2015 pour maintenance dans le cadre d’une visite décennale, sorte de réexamen de la sûreté de l’installation, menée par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN).

Cet arrêt avait été prolongé après la chute d’un générateur de vapeur usé de quelque 500 tonnes en mars 2016, qui avait endommagé le béton du bâtiment du réacteur et des plateaux de protection de la piscine du bâtiment du réacteur [1].

Les annonces d’EDF se suivent et se ressemblent [2]. L’exploitant nucléaire procrastine sans être capable de résoudre de quelque manière que ce soit les problèmes considérables posés par le vieillissement de réacteurs mal conçus et mal construits dont la maintenance a été insuffisante depuis une quinzaine d’années.

Paluel apparait clairement comme une centrale défaillante. Tout particulièrement depuis le début du « Grand Carénage » en 2015 rien ne va plus. La disponibilité du site est pour le moins irrégulière. L’exploitant peut compter tout au plus sur la moitié des réacteurs et l’an dernier 3 ont été longtemps à l’arrêt pour les raisons les plus variées. En janvier 2017, PAL1 connaît un arrêt d’urgence en raison d’une tempête [3] quelques semaines à peine après la fin de la visite décennale. Aujourd’hui PAL3 est à l’arrêt et PAL4 dysfonctionne structurellement ne livrant que très rarement la totalité de l’électricité qu’il est censé mettre sur le réseau.

Mais il ne faudrait pas croire que cette situation est si exceptionnelle. La faillite de Paluel est à la mesure de celle de l’ensemble du parc nucléaire. Depuis des semaines, une grosse quinzaine de réacteurs et à l’arrêt avec des pointes à 19. Non seulement EDF ne réussit plus à garantir la sûreté requise sur un quart du parc mais sa production est surabondante au regard des niveaux de consommation réels et surtout de la concurrence des énergies renouvelables sur un réseau européen désormais intégré.

La filière nucléaire somme toute fait face à une triple crise technologique, économique et sociale. Le problème est que d’aucuns refusent de le voir

Il faut dire que le cadre législatif hérité de la présidence Hollande n’aide guère à prendre les mesures qui s’imposent. PAL2 a été l’objet d’un curieux marchandage fin 2016 afin d’initier la très fragile procédure de mise à l’arrêt définitif des deux réacteurs de Fessenheim promise en 2011 [4]. Mais surtout, la finalisation de la Programmation pluriannuelle de l’énergie n’a aucunement éclairci le chemin à suivre pour arriver à 50% de nucléaire en 2025 et encore moins les moyens _ à tous les sens du terme _ d’y parvenir.

Un flou considérable entoure l’avenir de la filière nucléaire à Paluel et ailleurs

Si chacun sait que l’âge d’or du nucléaire est révolu, personne cependant n’ose tenir un discours de vérité. Un mélange de considérations économiques, climatiques et politiciennes entrave parole et prise de décision.

L’opérateur énergétique de l’Etat persévère dans son être et rechigne à mettre en œuvre une loi de transition qu’il a tout fait pour édulcorer se livrant à une magnifique « opération escargot » dénoncée par Anne Bringault [5] du Réseau Action climat.

Le gouvernement ne fait guère preuve d’autorité de crainte de mettre en difficulté un peu plus encore un opérateur en quasi faillite. Le 18 mai, son porte-parole s’est contenté de rappeler que la position du Président est « de mettre en œuvre la loi sur la transition énergétique, d’aller vers un mix énergétique et de faire diminuer avec un calendrier responsable la part du nucléaire dans notre production énergétique » rappelant à l’occasion au nouveau ministre de l’écologie quelle est sa feuille de route [6].

Sous la pression du lobby climato-nucléaire [7], l’embarras d’Emmanuel Macron est grand [8]. S’il garantit la fermeture de Fessenheim, le jeune président se montre pour le moins évasifs sur le programme d’arrêts nécessaire pour baisser d’un tiers la part du nucléaire dans le mixe électrique alors que son soutien à l’EPR est évident. C’est en tout cas cette impression qui ressort de la rencontre organisée à l’Elysée le 6 juin après l’annonce du retrait des Etats-Unis de l’accord de Paris sur le climat [9].

Les ONG quant à elle ne sont pas beaucoup plus claires. La sortie du nucléaire ne fait même plus partie explicitement de la plateforme du Réseau Action climat publiée en février 2017 [10]. Tout au plus l’objectif préconisé est d’atteindre 100% de renouvelables en 2050 comme le suggère l’Ademe [11]. Mais bien peu est dit sur la façon d’y arriver… à craindre que certains admettent la possibilité d’une inacceptable « transition par l’atome[https://reporterre.net/Le-debat-sur-la-transition-4053] »

Comment s’étonner dès lors qu’EDF laisse croire que Paluel n°2 redémarrera un jour

Somme tout concourt à laisser planer le doute sur l’avenir du réacteur n°2 du CNPE de Paluel. EDF reste persuadé que cette installation pourra encore servir un peu. L’Etat reste accroché au mythe de l’excellence nucléaire française. Et le gouvernement comme ses prédécesseurs hésite…

Pourtant il conviendrait de reconnaître que la situation de PAL2 est très nettement dégradée. La chute du générateur de vapeur a ébranlé le bâtiment réacteur voire les bâtiments auxiliaires d’autant plus que sur le si humide littoral normande les bétons ont mal vieilli. Les opérations de retrait ne se sont pas passées au mieux. Et surtout elles ont considérablement perturbé un « grand carénage » qui n’a pu aller au bout de ses objectifs comme le révèlent le compte-rendu des Inspections du réacteur n° 2 du CNPE de Paluel des 24 janvier, 3 février, 10 avril et 10 mai 2017 publié le 22 mai par l’Autorité de Contrôle.

La grande arnaque du grand carénage atteint ici un niveau que nous ne pouvions imaginer il y a deux ans :

http://fr.calameo.com/books/001574975d083532ef027

Non seulement EDF n’a pas été en capacité de mettre en œuvre ce qu’elle s’était engagée à faire mais elle a cassé un réacteur suite à une longue série de négligences dans la surveillance et la maintenance des équipements de manutention.

Aujourd’hui on se retrouve avec un réacteur dont la piscine et le puits de cuve sont très probablement fendus. Un réacteur dont le circuit primaire a été ébranlé et très probablement fragilisé par endroit. Un réacteur où EDF veut cacher la misère en installant un nouveau liner sur la piscine sans vraiment convaincre les experts. Un réacteur dont le bilan économique est déjà abyssal après deux années d’arrêt et des travaux entrepris en pure perte….

La plus élémentaire rationalité économique commanderai à EDF d’arrêter le frais. Mais le problème est que chez ces gens-là on ne compte même plus…

Le 8 juin 2017 par un communiqué de presse sibyllin, EDF a annoncé un nouveau report de l’hypothétique redémarrage du réacteur n°2 du CNPE de Paluel :

Paris - Le redémarrage du réacteur 2 de la centrale nucléaire de Paluel (Seine-Maritime), arrêté depuis plus de deux ans, a une nouvelle fois été reporté, de deux mois et demi jusqu’à mi-février 2018, a-t-on appris jeudi auprès d’EDF.

Prévue fin novembre 2017 selon la dernière prévision, la remise en service de l’installation de 1.300 mégawatts (MW) a été décalée pour la onzième fois, au 15 février 2018, a précisé un porte-parole du groupe énergétique.

« Cet ajustement est lié à des expertises réalisées autour de la piscine du réacteur. Cela nous a permis d’affiner le programme de travaux nécessaires dans cette partie de l’installation », a-t-il poursuivi.

Le porte-parole a ajouté que la date de redémarrage était encore « susceptible d’évoluer ».

Le réacteur 2 de Paluel avait été arrêté en mai 2015 pour maintenance dans le cadre d’une visite décennale, sorte de réexamen de la sûreté de l’installation, menée par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN).

Cet arrêt avait été prolongé après la chute d’un générateur de vapeur usé de quelque 500 tonnes en mars 2016, qui avait endommagé le béton du bâtiment du réacteur et des plateaux de protection de la piscine du bâtiment du réacteur [1].

Les annonces d’EDF se suivent et se ressemblent [2]. L’exploitant nucléaire procrastine sans être capable de résoudre de quelque manière que ce soit les problèmes considérables posés par le vieillissement de réacteurs mal conçus et mal construits dont la maintenance a été insuffisante depuis une quinzaine d’années.

Paluel apparait clairement comme une centrale défaillante. Tout particulièrement depuis le début du « Grand Carénage » en 2015 rien ne va plus. La disponibilité du site est pour le moins irrégulière. L’exploitant peut compter tout au plus sur la moitié des réacteurs et l’an dernier 3 ont été longtemps à l’arrêt pour les raisons les plus variées. En janvier 2017, PAL1 connaît un arrêt d’urgence en raison d’une tempête [3] quelques semaines à peine après la fin de la visite décennale. Aujourd’hui PAL3 est à l’arrêt et PAL4 dysfonctionne structurellement ne livrant que très rarement la totalité de l’électricité qu’il est censé mettre sur le réseau.

Mais il ne faudrait pas croire que cette situation est si exceptionnelle. La faillite de Paluel est à la mesure de celle de l’ensemble du parc nucléaire. Depuis des semaines, une grosse quinzaine de réacteurs et à l’arrêt avec des pointes à 19. Non seulement EDF ne réussit plus à garantir la sûreté requise sur un quart du parc mais sa production est surabondante au regard des niveaux de consommation réels et surtout de la concurrence des énergies renouvelables sur un réseau européen désormais intégré.

La filière nucléaire somme toute fait face à une triple crise technologique, économique et sociale. Le problème est que d’aucuns refusent de le voir

Il faut dire que le cadre législatif hérité de la présidence Hollande n’aide guère à prendre les mesures qui s’imposent. PAL2 a été l’objet d’un curieux marchandage fin 2016 afin d’initier la très fragile procédure de mise à l’arrêt définitif des deux réacteurs de Fessenheim promise en 2011 [4]. Mais surtout, la finalisation de la Programmation pluriannuelle de l’énergie n’a aucunement éclairci le chemin à suivre pour arriver à 50% de nucléaire en 2025 et encore moins les moyens _ à tous les sens du terme _ d’y parvenir.

Un flou considérable entoure l’avenir de la filière nucléaire à Paluel et ailleurs

Si chacun sait que l’âge d’or du nucléaire est révolu, personne cependant n’ose tenir un discours de vérité. Un mélange de considérations économiques, climatiques et politiciennes entrave parole et prise de décision.

L’opérateur énergétique de l’Etat persévère dans son être et rechigne à mettre en œuvre une loi de transition qu’il a tout fait pour édulcorer se livrant à une magnifique « opération escargot » dénoncée par Anne Bringault [5] du Réseau Action climat.

Le gouvernement ne fait guère preuve d’autorité de crainte de mettre en difficulté un peu plus encore un opérateur en quasi faillite. Le 18 mai, son porte-parole s’est contenté de rappeler que la position du Président est « de mettre en œuvre la loi sur la transition énergétique, d’aller vers un mix énergétique et de faire diminuer avec un calendrier responsable la part du nucléaire dans notre production énergétique » rappelant à l’occasion au nouveau ministre de l’écologie quelle est sa feuille de route [6].

Sous la pression du lobby climato-nucléaire [7], l’embarras d’Emmanuel Macron est grand [8]. S’il garantit la fermeture de Fessenheim, le jeune président se montre pour le moins évasifs sur le programme d’arrêts nécessaire pour baisser d’un tiers la part du nucléaire dans le mixe électrique alors que son soutien à l’EPR est évident. C’est en tout cas cette impression qui ressort de la rencontre organisée à l’Elysée le 6 juin après l’annonce du retrait des Etats-Unis de l’accord de Paris sur le climat [9].

Les ONG quant à elle ne sont pas beaucoup plus claires. La sortie du nucléaire ne fait même plus partie explicitement de la plateforme du Réseau Action climat publiée en février 2017 [10]. Tout au plus l’objectif préconisé est d’atteindre 100% de renouvelables en 2050 comme le suggère l’Ademe [11]. Mais bien peu est dit sur la façon d’y arriver… à craindre que certains admettent la possibilité d’une inacceptable « transition par l’atome[https://reporterre.net/Le-debat-sur-la-transition-4053] »

Comment s’étonner dès lors qu’EDF laisse croire que Paluel n°2 redémarrera un jour

Somme tout concourt à laisser planer le doute sur l’avenir du réacteur n°2 du CNPE de Paluel. EDF reste persuadé que cette installation pourra encore servir un peu. L’Etat reste accroché au mythe de l’excellence nucléaire française. Et le gouvernement comme ses prédécesseurs hésite…

Pourtant il conviendrait de reconnaître que la situation de PAL2 est très nettement dégradée. La chute du générateur de vapeur a ébranlé le bâtiment réacteur voire les bâtiments auxiliaires d’autant plus que sur le si humide littoral normande les bétons ont mal vieilli. Les opérations de retrait ne se sont pas passées au mieux. Et surtout elles ont considérablement perturbé un « grand carénage » qui n’a pu aller au bout de ses objectifs comme le révèlent le compte-rendu des Inspections du réacteur n° 2 du CNPE de Paluel des 24 janvier, 3 février, 10 avril et 10 mai 2017 publié le 22 mai par l’Autorité de Contrôle.

La grande arnaque du grand carénage atteint ici un niveau que nous ne pouvions imaginer il y a deux ans :

http://fr.calameo.com/books/001574975d083532ef027

Non seulement EDF n’a pas été en capacité de mettre en œuvre ce qu’elle s’était engagée à faire mais elle a cassé un réacteur suite à une longue série de négligences dans la surveillance et la maintenance des équipements de manutention.

Aujourd’hui on se retrouve avec un réacteur dont la piscine et le puits de cuve sont très probablement fendus. Un réacteur dont le circuit primaire a été ébranlé et très probablement fragilisé par endroit. Un réacteur où EDF veut cacher la misère en installant un nouveau liner sur la piscine sans vraiment convaincre les experts. Un réacteur dont le bilan économique est déjà abyssal après deux années d’arrêt et des travaux entrepris en pure perte….

La plus élémentaire rationalité économique commanderai à EDF d’arrêter le frais. Mais le problème est que chez ces gens-là on ne compte même plus…


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