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Sortir du nucléaire n°38

Avril-mai 2008

Action

Train nucléaire : blocage aérien en Allemagne

Avril-mai 2008




La forêt était particulièrement sombre, l’atmosphère fantômesque. Pourtant la lune brillait et quelque chose bougeait dans la cime d’un arbre le long de la voie de chemin de fer entre Gronau et Münster.



En effet, il ne s’agissait pas d’un jour habituel- du moins pour tous ceux qui s’étaient promis de souhaiter la bonne année à Urenco à leur manière : il ne passera pas. Peu après 19 heures, on y était. Le train chargé de déchets d’uranium était à peine parti que déjà il avait dû s’arrêter en pleine voie peu avant la gare de Metelen. L’hélicoptère de la police avait détecté un obstacle 2km en aval. La police se dirigea vers le blocage. A sa surprise, il n’y avait personne sur les rails mais... AU-DESSUS des rails à hauteur de 12m environ.

Six heures d’acrobaties aériennes

“Comment est-elle montée là-haut ?” se demanda la police interloquée. Personne ne répondit à la question. La militante grimpeuse répondit par des chansons antinucléaires et savoura sa pause thé et barre chocolatée prolongée. Elle était la plupart du temps suspendue la tête en bas. Il faut bien s’amuser !

La police ne savait que faire. Le téléphone portable ne cessait de sonner et les chefs à l’autre bout du fil avaient bien du mal à se faire une image de la situation sur place. “NON, elle ne s’est pas enchaînée au rail, oui, elle est VRAIMENT suspendue au-dessus de la voie ferrée. ça à l’air professionnel. NON, on ne peut pas l’atteindre” répétait sans cesse le chef d’unités sur place.

La situation n’était pas pour déplaire à la militante haut perchée. Elle donna de longues interviews à la presse (Télévision allemande, radio anglaise BBC, journaux...). Elle se réjouit aussi de la présence de quelques militants au sol pour la soutenir : « Les enfants sont responsables de leurs parents » était inscrit sur la banderole jaune.

Toutes sortes de forces de police et autres arrivèrent les unes après les autres sur les lieux. Un policier se montra fort déçu, lorsqu’un pompier lui fit comprendre qu’un tissu pour sauter dedans ne ferait pas l’affaire. “Pas question, elle ne sautera pas volontairement !” Le chef des pompiers communaux Bernhard Pohl fit quelques commentaires qui ne plairaient pas à son corps de métier : “... on scie tout simplement” souffla-t-il par exemple. Une équipe de techniciens du THW appelée elle aussi en renfort n’eut pas plus d’idée que les pompiers. Un train équipé d’une sorte de tour ne servit à rien non plus.

Décision d’en Haut : Opération de la police fédérale spéciale anti-terroriste

Pour finir, la décision fut prise au sommet. Une unité spéciale GSG9 de la police fédérale, composée de 5 policiers spécialistes des interventions en hauteur fut transportée depuis St Augustin jusqu’à l’aéroport de Münster par hélicoptère pour être ensuite acheminée par la route jusqu’au lieu de l’action à 35km de là. Elle arriva vers minuit. Le lieu de l’action fut illuminé pour que la police puisse procéder à la prise de preuves (film). L’atmosphère n’était plus fantomatique, au contraire ! Les grimpeurs de la police fédérale grimpèrent à un arbre et firent descendre la militante grâce à un système de mouflage/délestage. Ils furent ensuite obligés d’escalader le second arbre car la construction dans laquelle la militante s’était accrochée était un peu plus compliquée que ce qu’ils pensaient au départ. A 1h18 on y était, la militante touchait le sol.
Il est vrai que 6 heures d’acrobaties aérienne installée dans un baudrier fabriqué soi-même, ce n’est pas confortable ! Mais la militante a bien tenu le coup. Elle se sentait à l’issue de l’action fatiguée et un peu assaillie. Elle ne pensait pas que cela durerait plus de 6 heures, ni qu’autant de médias viendraient ! Le train passa le lieu de l’action environ une heure plus tard, à 2h13.

“Clic”, les menottes se refermèrent et ne furent réouvertes qu’au poste de police à Münster une heure plus tard. De nombreux objets furent saisis. En revanche, la militante pu s’opposer avec succès à la prise de photos et des empreintes digitales. On lui exposa les charges retenues contre elle, alors qu’elle était déjà à moitié endormie : entrave à la circulation des trains, coercition et réclamations financières de la société de chemins de fer et de la police. L’intéressée prit la chose avec tranquillité. Ce n’est pas sa première rencontre avec la police et elle sait qu’il s’agit avant tout d’intimidation (dans ce genre d’action – escalade au dessus de la voie – il y a déjà eu plusieurs non-lieu, le train aurait pu passer en dessous). La militante ne se laissa pas faire et passa à l’offensive. Elle porta plainte contre la police (pour garde à vue abusive) devant le tribunal administratif. Et si un jour il y a vraiment procès contre la grimpeuse, ce sera l’occasion de mettre les affaires sordides du nucléaire et en particulier d’Urenco au grand jour. Ce sera un procès politique.

Bâtons dans les roues

Qui aurait pensé qu’un peu d’acrobatie aérienne imposerait une pause forcée de 7 heures au train nucléaire ? L’action directe, c’est une des forces du mouvement anti-nucléaire. On mets des bâtons dans les roues du lobby nucléaire et fait passer un message de façon créative : “hors de notre vue, hors de nos sens, on fait disparaitre les déchets nucléaires en Russie” a expliqué Cécile, la militante française, “nous devons nous battre contre cela car la radioactivité ne connaît pas de frontières. Notre résistance non plus.”
Pourquoi cette action ?

La firme Urenco exploite l’usine allemande d’enrichissement de l’uranium située à Gronau dans le nord-ouest de l’Allemagne. Malgré le consensus allemand sur la sortie du nucléaire, l’usine a reçu en 2005 les autorisations nécessaires pour agrandir ses installations de deux fois et demi la capacité de production actuelle.

C’est le gouvernement rouge-vert de l’époque qui a donné son feu vert. En effet, les affaire juteuses du lobby nucléaire à Gronau ne sont pas même évoquées dans le fameux consensus... signé entre politiciens et lobbyistes sans que la population ait été concertée. De plus, l’Allemagne – comme la France- exporte une partie de ses déchets, l’uranium Appauvri issu de l’enrichissement sous forme d’UF6, vers la Russie (Sibérie). En Russie, les déchets sont stockés en l’état dans des fûts qui rouillent à ciel ouvert, alors que l’UF6 est non seulement radioactif, mais aussi très toxique.

Les militantes et militants antinucléaires allemands ne cessent de dénoncer cette politique. Il s’attaquent souvent aux trains nucléaires, car les actions sont un bon moyen non seulement d’attirer l’attention sur le problème, mais aussi de mettre des bâtons dans les roues au lobby.
Cécile
E-Mail : cecile.lecomte@gmx.de

En effet, il ne s’agissait pas d’un jour habituel- du moins pour tous ceux qui s’étaient promis de souhaiter la bonne année à Urenco à leur manière : il ne passera pas. Peu après 19 heures, on y était. Le train chargé de déchets d’uranium était à peine parti que déjà il avait dû s’arrêter en pleine voie peu avant la gare de Metelen. L’hélicoptère de la police avait détecté un obstacle 2km en aval. La police se dirigea vers le blocage. A sa surprise, il n’y avait personne sur les rails mais... AU-DESSUS des rails à hauteur de 12m environ.

Six heures d’acrobaties aériennes

“Comment est-elle montée là-haut ?” se demanda la police interloquée. Personne ne répondit à la question. La militante grimpeuse répondit par des chansons antinucléaires et savoura sa pause thé et barre chocolatée prolongée. Elle était la plupart du temps suspendue la tête en bas. Il faut bien s’amuser !

La police ne savait que faire. Le téléphone portable ne cessait de sonner et les chefs à l’autre bout du fil avaient bien du mal à se faire une image de la situation sur place. “NON, elle ne s’est pas enchaînée au rail, oui, elle est VRAIMENT suspendue au-dessus de la voie ferrée. ça à l’air professionnel. NON, on ne peut pas l’atteindre” répétait sans cesse le chef d’unités sur place.

La situation n’était pas pour déplaire à la militante haut perchée. Elle donna de longues interviews à la presse (Télévision allemande, radio anglaise BBC, journaux...). Elle se réjouit aussi de la présence de quelques militants au sol pour la soutenir : « Les enfants sont responsables de leurs parents » était inscrit sur la banderole jaune.

Toutes sortes de forces de police et autres arrivèrent les unes après les autres sur les lieux. Un policier se montra fort déçu, lorsqu’un pompier lui fit comprendre qu’un tissu pour sauter dedans ne ferait pas l’affaire. “Pas question, elle ne sautera pas volontairement !” Le chef des pompiers communaux Bernhard Pohl fit quelques commentaires qui ne plairaient pas à son corps de métier : “... on scie tout simplement” souffla-t-il par exemple. Une équipe de techniciens du THW appelée elle aussi en renfort n’eut pas plus d’idée que les pompiers. Un train équipé d’une sorte de tour ne servit à rien non plus.

Décision d’en Haut : Opération de la police fédérale spéciale anti-terroriste

Pour finir, la décision fut prise au sommet. Une unité spéciale GSG9 de la police fédérale, composée de 5 policiers spécialistes des interventions en hauteur fut transportée depuis St Augustin jusqu’à l’aéroport de Münster par hélicoptère pour être ensuite acheminée par la route jusqu’au lieu de l’action à 35km de là. Elle arriva vers minuit. Le lieu de l’action fut illuminé pour que la police puisse procéder à la prise de preuves (film). L’atmosphère n’était plus fantomatique, au contraire ! Les grimpeurs de la police fédérale grimpèrent à un arbre et firent descendre la militante grâce à un système de mouflage/délestage. Ils furent ensuite obligés d’escalader le second arbre car la construction dans laquelle la militante s’était accrochée était un peu plus compliquée que ce qu’ils pensaient au départ. A 1h18 on y était, la militante touchait le sol.
Il est vrai que 6 heures d’acrobaties aérienne installée dans un baudrier fabriqué soi-même, ce n’est pas confortable ! Mais la militante a bien tenu le coup. Elle se sentait à l’issue de l’action fatiguée et un peu assaillie. Elle ne pensait pas que cela durerait plus de 6 heures, ni qu’autant de médias viendraient ! Le train passa le lieu de l’action environ une heure plus tard, à 2h13.

“Clic”, les menottes se refermèrent et ne furent réouvertes qu’au poste de police à Münster une heure plus tard. De nombreux objets furent saisis. En revanche, la militante pu s’opposer avec succès à la prise de photos et des empreintes digitales. On lui exposa les charges retenues contre elle, alors qu’elle était déjà à moitié endormie : entrave à la circulation des trains, coercition et réclamations financières de la société de chemins de fer et de la police. L’intéressée prit la chose avec tranquillité. Ce n’est pas sa première rencontre avec la police et elle sait qu’il s’agit avant tout d’intimidation (dans ce genre d’action – escalade au dessus de la voie – il y a déjà eu plusieurs non-lieu, le train aurait pu passer en dessous). La militante ne se laissa pas faire et passa à l’offensive. Elle porta plainte contre la police (pour garde à vue abusive) devant le tribunal administratif. Et si un jour il y a vraiment procès contre la grimpeuse, ce sera l’occasion de mettre les affaires sordides du nucléaire et en particulier d’Urenco au grand jour. Ce sera un procès politique.

Bâtons dans les roues

Qui aurait pensé qu’un peu d’acrobatie aérienne imposerait une pause forcée de 7 heures au train nucléaire ? L’action directe, c’est une des forces du mouvement anti-nucléaire. On mets des bâtons dans les roues du lobby nucléaire et fait passer un message de façon créative : “hors de notre vue, hors de nos sens, on fait disparaitre les déchets nucléaires en Russie” a expliqué Cécile, la militante française, “nous devons nous battre contre cela car la radioactivité ne connaît pas de frontières. Notre résistance non plus.”
Pourquoi cette action ?

La firme Urenco exploite l’usine allemande d’enrichissement de l’uranium située à Gronau dans le nord-ouest de l’Allemagne. Malgré le consensus allemand sur la sortie du nucléaire, l’usine a reçu en 2005 les autorisations nécessaires pour agrandir ses installations de deux fois et demi la capacité de production actuelle.

C’est le gouvernement rouge-vert de l’époque qui a donné son feu vert. En effet, les affaire juteuses du lobby nucléaire à Gronau ne sont pas même évoquées dans le fameux consensus... signé entre politiciens et lobbyistes sans que la population ait été concertée. De plus, l’Allemagne – comme la France- exporte une partie de ses déchets, l’uranium Appauvri issu de l’enrichissement sous forme d’UF6, vers la Russie (Sibérie). En Russie, les déchets sont stockés en l’état dans des fûts qui rouillent à ciel ouvert, alors que l’UF6 est non seulement radioactif, mais aussi très toxique.

Les militantes et militants antinucléaires allemands ne cessent de dénoncer cette politique. Il s’attaquent souvent aux trains nucléaires, car les actions sont un bon moyen non seulement d’attirer l’attention sur le problème, mais aussi de mettre des bâtons dans les roues au lobby.
Cécile
E-Mail : cecile.lecomte@gmx.de



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