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Sortir du nucléaire n°49

Printemps 2011

Depuis 25 ans, Tchernobyl...

Tchernobyl : la banalisation par le tourisme

Printemps 2011




Depuis quelques années, un tourisme un peu particulier surfant sur la vague du désespoir s’est développé : le tourisme des catastrophes écologiques. Et sur la liste des nouveaux spots touristiques figure en bonne place le site de Tchernobyl, théâtre de la pire catastrophe nucléaire, humaine et écologique, de tous les temps. Amateurs de sensations insensées, suivez le guide !



Vous cherchez un lieu de villégiature aussi insolite qu’avant-gardiste, nous avons LA solution ! Oubliez St Tropez, Ibiza, Porto Cervo… toutes ces stations balnéaires, temples des paillettes et de la jet-set, ne sont plus "THE places to be" ! Pour épater vos amis la saison prochaine, c’est en Ukraine que vous devez vous rendre. Mais ne croyez pas pouvoir vous isoler à Yalta ou vous fondre dans la masse à Kiev… mesdames, messieurs, c’est à Tchernobyl qu’il faut être vu !

Et preuve ultime que Tchernobyl est bien plus qu’une destination pour touristes en mal de voyeurisme, le très influent magazine Forbes vient de la citer parmi "les plus exceptionnelles du monde". Là-bas, dans cette contrée fantôme, nul besoin d’hôtel, de plage privée ou de petites chaussures dernier cri… seuls un guide, un passeport, 160 tout petits dollars et une bonne dose d’assurance (ou d’inconscience, au choix) vous seront indispensables pour pénétrer l’antre du chaos.

Et l’attraction fait recette. L’année dernière, ce ne sont pas moins de 7500 touristes qui se sont laissés charmer par le chant funèbre de l’accident nucléaire. Pourtant, c’est de notoriété publique, le site est encore extrêmement radioactif. Par endroits, notamment aux abords du réacteur accidenté recouvert d’une chape de béton fissurée, les teneurs en Césium 137 s’avèrent 35 fois supérieures au niveau naturel. Pour se décharger de toute responsabilité, les voyagistes qui proposent ces excursions morbides font signer aux participants une feuille détaillant les interdictions auxquelles ils sont soumis : ne pas manger en plein air, ne pas fumer en plein air, ne toucher à rien, ne pas s’asseoir par terre, ne pas poser ses affaires au sol, ne pas marcher dans l’herbe ou sur la mousse…

Respirer l’odeur nauséabonde de la mort

Deuxième étape de la visite : la ville fantôme de Pripiat. Construite à quelques encablures de la centrale pour loger le personnel, elle a dû être évacuée en quelques heures dès le lendemain de la catastrophe. Déjà trop tard. Ne subsistent plus qu’immeubles abandonnés et écoles vides. Le temps semble s’y être arrêté, les objets jonchant le sol des appartements, les masques à gaz obstruant le sol des écoles… la ville a littéralement été abandonnée. Pourtant, de nombreux habitants sont d’ores et déjà morts, d’autres, moins chanceux, ont développé des cancers et doivent vivre avec un sentiment d’impuissance et de trahison. Rien qu’en Ukraine, ils sont 2,3 millions à porter les stigmates de la catastrophe.

Certains se laisseront tenter par l’inédite expérience, d’autres y verront une perversion morbide. Comme si l’Homme pouvait encore surprendre, cet animal qui ne se révèle que dans l’atrocité ! Et qui sait, peut-être qu’un jour, les colonies du Darfour ou la ville d’Haïti attireront elles aussi les foules d’un monde en quête d’identité ?

Albane Wurtz
Source : www.developpementdurable.com,
21 septembre 2010, publié sous le titre "Tchernobyl : dernier spot touristique à la mode"

Vous cherchez un lieu de villégiature aussi insolite qu’avant-gardiste, nous avons LA solution ! Oubliez St Tropez, Ibiza, Porto Cervo… toutes ces stations balnéaires, temples des paillettes et de la jet-set, ne sont plus "THE places to be" ! Pour épater vos amis la saison prochaine, c’est en Ukraine que vous devez vous rendre. Mais ne croyez pas pouvoir vous isoler à Yalta ou vous fondre dans la masse à Kiev… mesdames, messieurs, c’est à Tchernobyl qu’il faut être vu !

Et preuve ultime que Tchernobyl est bien plus qu’une destination pour touristes en mal de voyeurisme, le très influent magazine Forbes vient de la citer parmi "les plus exceptionnelles du monde". Là-bas, dans cette contrée fantôme, nul besoin d’hôtel, de plage privée ou de petites chaussures dernier cri… seuls un guide, un passeport, 160 tout petits dollars et une bonne dose d’assurance (ou d’inconscience, au choix) vous seront indispensables pour pénétrer l’antre du chaos.

Et l’attraction fait recette. L’année dernière, ce ne sont pas moins de 7500 touristes qui se sont laissés charmer par le chant funèbre de l’accident nucléaire. Pourtant, c’est de notoriété publique, le site est encore extrêmement radioactif. Par endroits, notamment aux abords du réacteur accidenté recouvert d’une chape de béton fissurée, les teneurs en Césium 137 s’avèrent 35 fois supérieures au niveau naturel. Pour se décharger de toute responsabilité, les voyagistes qui proposent ces excursions morbides font signer aux participants une feuille détaillant les interdictions auxquelles ils sont soumis : ne pas manger en plein air, ne pas fumer en plein air, ne toucher à rien, ne pas s’asseoir par terre, ne pas poser ses affaires au sol, ne pas marcher dans l’herbe ou sur la mousse…

Respirer l’odeur nauséabonde de la mort

Deuxième étape de la visite : la ville fantôme de Pripiat. Construite à quelques encablures de la centrale pour loger le personnel, elle a dû être évacuée en quelques heures dès le lendemain de la catastrophe. Déjà trop tard. Ne subsistent plus qu’immeubles abandonnés et écoles vides. Le temps semble s’y être arrêté, les objets jonchant le sol des appartements, les masques à gaz obstruant le sol des écoles… la ville a littéralement été abandonnée. Pourtant, de nombreux habitants sont d’ores et déjà morts, d’autres, moins chanceux, ont développé des cancers et doivent vivre avec un sentiment d’impuissance et de trahison. Rien qu’en Ukraine, ils sont 2,3 millions à porter les stigmates de la catastrophe.

Certains se laisseront tenter par l’inédite expérience, d’autres y verront une perversion morbide. Comme si l’Homme pouvait encore surprendre, cet animal qui ne se révèle que dans l’atrocité ! Et qui sait, peut-être qu’un jour, les colonies du Darfour ou la ville d’Haïti attireront elles aussi les foules d’un monde en quête d’identité ?

Albane Wurtz
Source : www.developpementdurable.com,
21 septembre 2010, publié sous le titre "Tchernobyl : dernier spot touristique à la mode"



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