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Sortir du nucléaire n°38

Avril-mai 2008

Droits de l’homme

Symbole de Tchernobyl, Iouri Bandajevski s’exile en Lituanie

Avril-mai 2008




Iouri Bandajevski a trouvé un havre, qu’il espère durable : le savant biélorusse, symbole de Tchernobyl, est installé depuis décembre 2007 à Vilnius



Bénéficiant du soutien des autorités lituaniennes, il espère monter un centre de recherche consacré à l’analyse des effets sanitaires de la catastrophe de Tchernobyl. Le chercheur, âgé de 51 ans, est connu pour avoir été victime de la dictature d’Alexandre Loukachenko, le président au pouvoir en Biélorussie depuis 1994.

Alors qu’il était recteur de l’institut de médecine de Gomel, dans la région du pays la plus contaminée par les retombées radioactives, M. Bandajevski avait critiqué la gestion des conséquences de Tchernobyl. Au terme d’un procès dénoncé par Amnesty international, il avait été envoyé en prison en juin 2001. De nombreuses protestations internationales, dont celle des Prix Nobel français François Jacob et Claude Cohen-Tannoudji, lui ont permis de bénéficier d’un régime de résidence surveillée en 2005 avant d’être expulsé vers la France en avril 2006.

Mesures radicales

Installé à Clermont-Ferrand, il a bénéficié d’une bourse du conseil régional lui permettant de subsister mais ne lui donnant pas les moyens de continuer ses travaux. Dans les années 1990, le chercheur avait posé l’hypothèse nouvelle qu’une contamination chronique au césium pouvait entraîner des maladies cardio-vasculaires, notamment chez les enfants. De passage à Paris, M. Bandajevski a indiqué au Monde que le centre qu’il veut créer "étudiera la grave situation sanitaire et démographique de la Biélorussie". Le taux de natalité de ce pays n’a cessé de baisser à partir de 1965, devenant, en 1995, inférieur au taux de mortalité. En 2005, la population a décru de 0,5 %. Pour M. Bandajevski, la contamination du territoire, par le césium 137 notamment, est "la cause principale de l’augmentation de la fréquence de nombreuses maladies" en Biélorussie.

Un projet concret consistera à élucider et à améliorer la situation des "liquidateurs" biélorusses, ces travailleurs et soldats qui sont allés nettoyer Tchernobyl après la catastrophe nucléaire. Ils seraient près de 120 000, dont 11 000 présentant un handicap. L’expérience carcérale a conduit le savant, qui s’était toujours tenu à l’écart de la politique, à prendre position : "Le problème de la santé populaire est une question politique, dit-il. Il faut préparer un changement de la situation, pour permettre une vraie politique de santé dans notre pays.” Celle-ci nécessiterait "des mesures radicales", notamment la limitation de l’agriculture dans les zones les plus contaminées. Iouri Bandajevski espère trouver un soutien auprès des instances européennes. Pour Bernard Laponche, spécialiste des questions énergétiques dans l’est de l’Europe, "il est important qu’existent des instituts d’expertise indépendants pour permettre d’y voir plus clair dans les situations mettant en jeu des radioactivités notables". Patrick Gourmelon, chercheur à l’Institut de recherche et de sûreté nucléaire, estime quant à lui que "les hypothèses de M. Bandajevski ne sont pas validées mais constituent des hypothèses de travail qu’il faut étudier et que nous testons".

Hervé Kempf

Le Monde - 6 février 2008

Bénéficiant du soutien des autorités lituaniennes, il espère monter un centre de recherche consacré à l’analyse des effets sanitaires de la catastrophe de Tchernobyl. Le chercheur, âgé de 51 ans, est connu pour avoir été victime de la dictature d’Alexandre Loukachenko, le président au pouvoir en Biélorussie depuis 1994.

Alors qu’il était recteur de l’institut de médecine de Gomel, dans la région du pays la plus contaminée par les retombées radioactives, M. Bandajevski avait critiqué la gestion des conséquences de Tchernobyl. Au terme d’un procès dénoncé par Amnesty international, il avait été envoyé en prison en juin 2001. De nombreuses protestations internationales, dont celle des Prix Nobel français François Jacob et Claude Cohen-Tannoudji, lui ont permis de bénéficier d’un régime de résidence surveillée en 2005 avant d’être expulsé vers la France en avril 2006.

Mesures radicales

Installé à Clermont-Ferrand, il a bénéficié d’une bourse du conseil régional lui permettant de subsister mais ne lui donnant pas les moyens de continuer ses travaux. Dans les années 1990, le chercheur avait posé l’hypothèse nouvelle qu’une contamination chronique au césium pouvait entraîner des maladies cardio-vasculaires, notamment chez les enfants. De passage à Paris, M. Bandajevski a indiqué au Monde que le centre qu’il veut créer "étudiera la grave situation sanitaire et démographique de la Biélorussie". Le taux de natalité de ce pays n’a cessé de baisser à partir de 1965, devenant, en 1995, inférieur au taux de mortalité. En 2005, la population a décru de 0,5 %. Pour M. Bandajevski, la contamination du territoire, par le césium 137 notamment, est "la cause principale de l’augmentation de la fréquence de nombreuses maladies" en Biélorussie.

Un projet concret consistera à élucider et à améliorer la situation des "liquidateurs" biélorusses, ces travailleurs et soldats qui sont allés nettoyer Tchernobyl après la catastrophe nucléaire. Ils seraient près de 120 000, dont 11 000 présentant un handicap. L’expérience carcérale a conduit le savant, qui s’était toujours tenu à l’écart de la politique, à prendre position : "Le problème de la santé populaire est une question politique, dit-il. Il faut préparer un changement de la situation, pour permettre une vraie politique de santé dans notre pays.” Celle-ci nécessiterait "des mesures radicales", notamment la limitation de l’agriculture dans les zones les plus contaminées. Iouri Bandajevski espère trouver un soutien auprès des instances européennes. Pour Bernard Laponche, spécialiste des questions énergétiques dans l’est de l’Europe, "il est important qu’existent des instituts d’expertise indépendants pour permettre d’y voir plus clair dans les situations mettant en jeu des radioactivités notables". Patrick Gourmelon, chercheur à l’Institut de recherche et de sûreté nucléaire, estime quant à lui que "les hypothèses de M. Bandajevski ne sont pas validées mais constituent des hypothèses de travail qu’il faut étudier et que nous testons".

Hervé Kempf

Le Monde - 6 février 2008



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Tchernobyl