Réseau Sortir du nucléaire
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Sortir du nucléaire n°50

Eté 2011

Alternatives

Sortir du nucléaire, c’est possible !

Eté 2011




Avec la catastrophe de Fukushima, la question de la sortie du nucléaire se fait de plus en plus urgente. En quelques années ou en quelques décennies, c’est possible... tout est affaire de volonté politique !



II y a encore quelques semaines, la sortie du nucléaire était classée parmi les souhaits de doux rêveurs et vite balayée à coup d’idées reçues : "Pas question de revenir à la bougie", "Et notre indépendance énergétique ?", "Vous voulez donc couvrir tous les littoraux d’éoliennes ?". Mais la catastrophe de Fukushima a changé la donne et cette "utopie" est maintenant regardée avec intérêt. Comment s’y prendre ? En combien de temps ? Au prix de quels changements sociaux ? A toutes ces questions, nous ne prétendons pas apporter de réponses tranchées, mais des pistes qui ont fait l’objet de nombreuses réflexions pour nourrir un débat qui, pour l’ensemble des Français, ne fait que commencer.

Et si demain, on faisait le choix d’arrêter le nucléaire ?

Imaginons... Nos dirigeants deviennent enfin raisonnables et décident que le risque nucléaire n’est plus supportable. Que se passerait-il ?

Il est évident qu’on ne peut pas sortir du nucléaire du jour au lendemain : coincée depuis des décennies dans l’impasse atomique, la France en reste tributaire pour plus de 75 % de son électricité (même si, au final, cela ne représente que 16 % de l’énergie que nous consommons !). C’est un énorme chantier qu’il faudra alors commencer. Il ne s’agit pas seulement de planifier quelles centrales doivent être arrêtées au plus vite et comment prévoir la transition énergétique, mais surtout de révolutionner la gouvernance de l’énergie. Mettre fin au règne absolu du corps des Mines, ce petit cénacle d’ingénieurs qui fait la pluie et le beau temps dans la programmation énergétique, pour soumettre enfin les projets au contrôle démocratique. Relocaliser la production et la consommation d’électricité. Permettre à tous de se réapproprier la question de l’énergie. Vaste programme !

La sortie du nucléaire ne peut en effet reposer seulement sur des décisions étatiques ou des petits écogestes individuels. Des collectivités aux entreprises, en passant par les citoyens, tout le monde devra y prendre part.

Différents scénarios, une même démarche

Les plans de sortie du nucléaire ne font pas défaut, heureusement ! Aux niveaux mondial et européen, plusieurs études promettent déjà un futur 100 % renouvelable1. Et en France, différents scénarios proposent une sortie de l’atome dans des délais variant de quelques années à quelques décennies2. Le Réseau "Sortir du nucléaire" a ainsi publié en 2007 deux scénarios étudiant les modalités d’une sortie rapide du nucléaire, respectivement en cinq et dix ans. L’association Négawatt, qui regroupe des experts en énergie, a sorti en 2006 une étude de planification énergétique où le dernier réacteur nucléaire disparaît en 2040. Une nouvelle version est en cours d’élaboration, qui devrait viser des objectifs plus ambitieux.

Au niveau régional, d’autres travaux prouvent que le recours à l’atome n’est pas une fatalité. L’étude Courant alternatif pour le Grand Ouest, réalisée par le bureau d’études Les 7 vents du Cotentin, a démontré qu’à coût égal les alternatives pourraient assurer l’approvisionnement en énergie deux fois mieux que le réacteur EPR en construction à Flamanville. Le Projet Alter Breton, rédigé en 1979 par le PSU Bretagne et remis à jour en 2009 par l’Union démocratique bretonne, propose de se libérer à la fois du pétrole et du nucléaire. Et en Nord-Pas-de-Calais, l’association Virage Energie a démontré que, dans une région fortement peuplée et industrialisée, on pouvait se passer des six réacteurs de la centrale de Gravelines d’ici à 2030 tout en divisant par quatre les émissions de CO2. D’autres collectifs de citoyens préparent des études similaires en Pays de la Loire et en Île-de-France.

Dans leur diversité, ces scénarios montrent que le plus gros enjeu n’est pas technique, mais bien affaire de volonté politique : quelles priorités, quels choix industriels fixerons-nous ? Quel modèle de développement souhaiterons-nous plébisciter ? Quels que soient les scénarios évoqués, il n’est question ni de "revenir à la bougie", ni de parier sur une découverte providentielle. Tous reposent sur des technologies existantes et éprouvées (mais néanmoins en progrès constant !), et sur une trilogie popularisée par l’association Négawatt : sobriété, efficacité énergétique, développement des énergies renouvelables.

Économiser l’énergie : un changement culturel indispensable...

En effet, avant de s’interroger sur comment produire de l’électricité, il faut d’abord adopter le réflexe "comment en utiliser moins ?". Pas question de remplacer notre surconsommation nucléaire par une consommation équivalente de gaz, de solaire ou de quelque énergie que ce soit !

Toutefois, la sobriété peut aussi être comprise dans un sens plus radical, en questionnant non plus le dimensionnement ou le mode d’utilisation de certains biens, mais leur bien-fondé lui-même au regard de l’impact de leur consommation d’énergie. Pour être subjectives, ces réflexions n’en sont pas moins légitimes. Par exemple, a-t-on besoin des écrans publicitaires vidéo qui fleurissent dans le métro parisien, consommant chacun en un an plus que trois foyers français ? En poussant la réflexion plus loin, on peut aussi juger qu’assurer en continu la production de certains secteurs fortement consommateurs est discutable au regard de la nécessité de sortir du nucléaire au plus vite. Ainsi, dans les scénarios de sortie rapide, on réserve la possibilité d’effectuer des délestages temporaires des industries les plus énergivores, comme celle de l’aluminium.

De manière concrète, la promotion de la sobriété énergétique pourrait aussi se traduire par l’introduction d’une tarification progressive de l’énergie. Il s’agirait de fournir à tous à un prix abordable une quantité d’électricité correspondant aux besoins "de base" (notion à définir de manière collective), et d’augmenter progressivement le prix pour tous les kWh consommés au-delà de ce seuil. Assortie à des aides pour s’équiper d’équipements économes, cette mesure pourrait permettre d’inciter aux comportements vertueux sans pénaliser les ménages les plus modestes.

Si la sobriété ouvre la voie à de nombreux débats, l’efficacité énergétique, deuxième volet de la trilogie Négawatt, fait relativement consensus. Elle permet, grâce à des réponses techniques souvent simples, de réaliser des économies considérables d’énergie (et d’argent !), pour répondre aux mêmes besoins en utilisant moins d’énergie. Isolation des bâtiments, mise en place de normes basse consommation ambitieuses pour les appareils électriques, rénovation de l’éclairage public3... les exemples ne manquent pas. Il s’agit également d’éviter d’utiliser de l’électricité là où son usage est totalement inapproprié, en particulier pour la production de chaleur. Le chauffage électrique, qui consomme chaque année l’équivalent de la production de plus de dix réacteurs nucléaires, constitue l’aberration par excellence, et son bannissement figure dans tous les scénarios. Enfin, plusieurs mesures d’efficacité énergétique seront directement induites par le renoncement au nucléaire : réduire les pertes en passant d’un réseau de lignes à haute tension à une production décentralisée proche des lieux de consommation, et mettre fin à l’autoconsommation de la filière elle-même4.

Quelles énergies de substitution ?

Une fois nos besoins en énergie significativement réduits, les scénarios de sortie du nucléaire prévoient évidemment le développement de nouvelles sources d’énergie.

Les énergies fossiles sont certes amenées à jouer un rôle, en particulier dans les plans de sortie rapide. Pour autant, il n’est pas question de faire exploser nos émissions de gaz à effet de serre. On préconise alors le recours aux énergies les moins polluantes possible, amenant à privilégier le gaz5 au charbon et au fioul, et à recourir autant que possible à la cogénération6. Enfin, tous les scénarios intègrent une compensation des émissions de gaz à effet de serre générées par la combustion d’énergies fossiles.
Surtout, tous les scénarios ont pour horizon une production électrique reposant quasi exclusivement sur les énergies renouvelables. Fini la monoculture énergétique, parions sur la diversité des alternatives : solaire thermique, photovoltaïque, éolien..., mais aussi bois, biogaz obtenu par fermentation des déchets, géothermie, force des vagues et de la houle, petit hydraulique... Certaines d’entre elles sont intermittentes, mais toutes ne font jamais défaut en même temps sur un territoire aussi large que la France, pour peu que des réseaux électriques adaptés puissent être installés. Bien évidemment, il s’agit de privilégier, pour chaque région, les énergies qui sont les plus adaptées aux besoins et à la géographie des territoires. Au final, il n’est pas nécessaire de couvrir la France de panneaux photovoltaïques, ni de planter des éoliennes tous les 300 mètres !

Sortir du nucléaire pour une vie meilleure

Sortir du nucléaire, c’est donc possible... et on a tout à y gagner ! Outre la disparition du risque actif, les différents scénarios de sortie offrent aussi des pistes pour faire face à la crise économique. Ainsi, les nombreux chantiers à impulser se traduiront par la montée en puissance de nouveaux secteurs (construction et rénovation écologique, énergies renouvelables,entretien des forêts)... et la création de nombreux emplois de qualité, sans risques pour les travailleurs, répartis sur tout le territoire et non délocalisables. En faisant la somme des disparitions et des créations, l’association Négawatt table ainsi sur près de 700 000 nouveaux emplois !

Et enfin, sortir du nucléaire, c’est aussi aller vers une France moins prédatrice. Les conflits liés à l’énergie sont légion, mais qui imaginerait une guerre pour s’approprier le soleil ou le vent ?

Pour aller plus loin :
- Nucléaire, comment en sortir ? Étude sur des sorties du nucléaire en 5 et 10 ans. Étude réalisée par le Réseau "Sortir du nucléaire", 2007, 92 pages. À commander ou télécharger sur www.sortirdunucleaire.org.

- Scénario Négawatt 2006. Pour un avenir énergétique sobre, efficace et renouvelable. Synthèse de l’étude téléchargeable sur www.negawatt.org.

- Énergies d’avenir en Nord-Pas-de-Calais. Étude réalisée
par l’association Virage Énergie en Nord-Pas-de-Calais, 2008, 250 pages. À commander ou télécharger sur www.sortirdunucleaire.org

Pas question de s’éclairer à la bougie !
La sobriété commence par une réflexion pour hiérarchiser nos besoins et consommations, et distinguer le nécessaire du superflu. Pas question de vivre dans le noir ou de renoncer à se chauffer : il ne s’agit pas d’aller vers l’austérité généralisée, mais plutôt de raisonner en termes de dimensionnement plus approprié, de mutualisation, de partage. Des logements plus petits, des équipements partagés permettent ainsi de réduire les gaspillages. Bien évidemment, cela nécessite une incontournable évolution culturelle, qui ne peut se décréter.
Charlotte Mijeon
1 : Scénario mondial du WWF The Energy Report/I00 % Renewable Energy by 2050 ; scénario européen de European Renewable Energy Council Re-thinking 2050 : a 100 % Renewable Energy Vision for the European Union...

2 : Les différents groupes qui composent le Réseau "Sortir du nucléaire" offrent une grande diversité de points de vue, de la sortie en urgence à une transition étalée sur plusieurs décennies, tous fédérés autour de l’objectif d’une décision immédiate de sortie du nucléaire. C’est pourquoi nous ne proposons pas un scénario officiel et nous attachons à faire connaître à tous les champs des possibles, en incitant chacun à se saisir du sujet.

3 : L’ADEME (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) estime que les communes peuvent réaliser jusqu’à 40 % d’économies sur l’éclairage public.

4 : II faut deux réacteurs nucléaires pour faire fonctionner l’ensemble du parc français, en particulier pour l’enrichissement de l’uranium.

5 : Bien évidemment, il ne saurait être question de recourir aux gaz de schiste, contre l’utilisation desquels le Réseau "Sortir du nucléaire" a officiellement pris position.

6 : Production conjointe de chaleur et d’électricité, qui permet d’augmenter considérablement les rendements.

II y a encore quelques semaines, la sortie du nucléaire était classée parmi les souhaits de doux rêveurs et vite balayée à coup d’idées reçues : "Pas question de revenir à la bougie", "Et notre indépendance énergétique ?", "Vous voulez donc couvrir tous les littoraux d’éoliennes ?". Mais la catastrophe de Fukushima a changé la donne et cette "utopie" est maintenant regardée avec intérêt. Comment s’y prendre ? En combien de temps ? Au prix de quels changements sociaux ? A toutes ces questions, nous ne prétendons pas apporter de réponses tranchées, mais des pistes qui ont fait l’objet de nombreuses réflexions pour nourrir un débat qui, pour l’ensemble des Français, ne fait que commencer.

Et si demain, on faisait le choix d’arrêter le nucléaire ?

Imaginons... Nos dirigeants deviennent enfin raisonnables et décident que le risque nucléaire n’est plus supportable. Que se passerait-il ?

Il est évident qu’on ne peut pas sortir du nucléaire du jour au lendemain : coincée depuis des décennies dans l’impasse atomique, la France en reste tributaire pour plus de 75 % de son électricité (même si, au final, cela ne représente que 16 % de l’énergie que nous consommons !). C’est un énorme chantier qu’il faudra alors commencer. Il ne s’agit pas seulement de planifier quelles centrales doivent être arrêtées au plus vite et comment prévoir la transition énergétique, mais surtout de révolutionner la gouvernance de l’énergie. Mettre fin au règne absolu du corps des Mines, ce petit cénacle d’ingénieurs qui fait la pluie et le beau temps dans la programmation énergétique, pour soumettre enfin les projets au contrôle démocratique. Relocaliser la production et la consommation d’électricité. Permettre à tous de se réapproprier la question de l’énergie. Vaste programme !

La sortie du nucléaire ne peut en effet reposer seulement sur des décisions étatiques ou des petits écogestes individuels. Des collectivités aux entreprises, en passant par les citoyens, tout le monde devra y prendre part.

Différents scénarios, une même démarche

Les plans de sortie du nucléaire ne font pas défaut, heureusement ! Aux niveaux mondial et européen, plusieurs études promettent déjà un futur 100 % renouvelable1. Et en France, différents scénarios proposent une sortie de l’atome dans des délais variant de quelques années à quelques décennies2. Le Réseau "Sortir du nucléaire" a ainsi publié en 2007 deux scénarios étudiant les modalités d’une sortie rapide du nucléaire, respectivement en cinq et dix ans. L’association Négawatt, qui regroupe des experts en énergie, a sorti en 2006 une étude de planification énergétique où le dernier réacteur nucléaire disparaît en 2040. Une nouvelle version est en cours d’élaboration, qui devrait viser des objectifs plus ambitieux.

Au niveau régional, d’autres travaux prouvent que le recours à l’atome n’est pas une fatalité. L’étude Courant alternatif pour le Grand Ouest, réalisée par le bureau d’études Les 7 vents du Cotentin, a démontré qu’à coût égal les alternatives pourraient assurer l’approvisionnement en énergie deux fois mieux que le réacteur EPR en construction à Flamanville. Le Projet Alter Breton, rédigé en 1979 par le PSU Bretagne et remis à jour en 2009 par l’Union démocratique bretonne, propose de se libérer à la fois du pétrole et du nucléaire. Et en Nord-Pas-de-Calais, l’association Virage Energie a démontré que, dans une région fortement peuplée et industrialisée, on pouvait se passer des six réacteurs de la centrale de Gravelines d’ici à 2030 tout en divisant par quatre les émissions de CO2. D’autres collectifs de citoyens préparent des études similaires en Pays de la Loire et en Île-de-France.

Dans leur diversité, ces scénarios montrent que le plus gros enjeu n’est pas technique, mais bien affaire de volonté politique : quelles priorités, quels choix industriels fixerons-nous ? Quel modèle de développement souhaiterons-nous plébisciter ? Quels que soient les scénarios évoqués, il n’est question ni de "revenir à la bougie", ni de parier sur une découverte providentielle. Tous reposent sur des technologies existantes et éprouvées (mais néanmoins en progrès constant !), et sur une trilogie popularisée par l’association Négawatt : sobriété, efficacité énergétique, développement des énergies renouvelables.

Économiser l’énergie : un changement culturel indispensable...

En effet, avant de s’interroger sur comment produire de l’électricité, il faut d’abord adopter le réflexe "comment en utiliser moins ?". Pas question de remplacer notre surconsommation nucléaire par une consommation équivalente de gaz, de solaire ou de quelque énergie que ce soit !

Toutefois, la sobriété peut aussi être comprise dans un sens plus radical, en questionnant non plus le dimensionnement ou le mode d’utilisation de certains biens, mais leur bien-fondé lui-même au regard de l’impact de leur consommation d’énergie. Pour être subjectives, ces réflexions n’en sont pas moins légitimes. Par exemple, a-t-on besoin des écrans publicitaires vidéo qui fleurissent dans le métro parisien, consommant chacun en un an plus que trois foyers français ? En poussant la réflexion plus loin, on peut aussi juger qu’assurer en continu la production de certains secteurs fortement consommateurs est discutable au regard de la nécessité de sortir du nucléaire au plus vite. Ainsi, dans les scénarios de sortie rapide, on réserve la possibilité d’effectuer des délestages temporaires des industries les plus énergivores, comme celle de l’aluminium.

De manière concrète, la promotion de la sobriété énergétique pourrait aussi se traduire par l’introduction d’une tarification progressive de l’énergie. Il s’agirait de fournir à tous à un prix abordable une quantité d’électricité correspondant aux besoins "de base" (notion à définir de manière collective), et d’augmenter progressivement le prix pour tous les kWh consommés au-delà de ce seuil. Assortie à des aides pour s’équiper d’équipements économes, cette mesure pourrait permettre d’inciter aux comportements vertueux sans pénaliser les ménages les plus modestes.

Si la sobriété ouvre la voie à de nombreux débats, l’efficacité énergétique, deuxième volet de la trilogie Négawatt, fait relativement consensus. Elle permet, grâce à des réponses techniques souvent simples, de réaliser des économies considérables d’énergie (et d’argent !), pour répondre aux mêmes besoins en utilisant moins d’énergie. Isolation des bâtiments, mise en place de normes basse consommation ambitieuses pour les appareils électriques, rénovation de l’éclairage public3... les exemples ne manquent pas. Il s’agit également d’éviter d’utiliser de l’électricité là où son usage est totalement inapproprié, en particulier pour la production de chaleur. Le chauffage électrique, qui consomme chaque année l’équivalent de la production de plus de dix réacteurs nucléaires, constitue l’aberration par excellence, et son bannissement figure dans tous les scénarios. Enfin, plusieurs mesures d’efficacité énergétique seront directement induites par le renoncement au nucléaire : réduire les pertes en passant d’un réseau de lignes à haute tension à une production décentralisée proche des lieux de consommation, et mettre fin à l’autoconsommation de la filière elle-même4.

Quelles énergies de substitution ?

Une fois nos besoins en énergie significativement réduits, les scénarios de sortie du nucléaire prévoient évidemment le développement de nouvelles sources d’énergie.

Les énergies fossiles sont certes amenées à jouer un rôle, en particulier dans les plans de sortie rapide. Pour autant, il n’est pas question de faire exploser nos émissions de gaz à effet de serre. On préconise alors le recours aux énergies les moins polluantes possible, amenant à privilégier le gaz5 au charbon et au fioul, et à recourir autant que possible à la cogénération6. Enfin, tous les scénarios intègrent une compensation des émissions de gaz à effet de serre générées par la combustion d’énergies fossiles.
Surtout, tous les scénarios ont pour horizon une production électrique reposant quasi exclusivement sur les énergies renouvelables. Fini la monoculture énergétique, parions sur la diversité des alternatives : solaire thermique, photovoltaïque, éolien..., mais aussi bois, biogaz obtenu par fermentation des déchets, géothermie, force des vagues et de la houle, petit hydraulique... Certaines d’entre elles sont intermittentes, mais toutes ne font jamais défaut en même temps sur un territoire aussi large que la France, pour peu que des réseaux électriques adaptés puissent être installés. Bien évidemment, il s’agit de privilégier, pour chaque région, les énergies qui sont les plus adaptées aux besoins et à la géographie des territoires. Au final, il n’est pas nécessaire de couvrir la France de panneaux photovoltaïques, ni de planter des éoliennes tous les 300 mètres !

Sortir du nucléaire pour une vie meilleure

Sortir du nucléaire, c’est donc possible... et on a tout à y gagner ! Outre la disparition du risque actif, les différents scénarios de sortie offrent aussi des pistes pour faire face à la crise économique. Ainsi, les nombreux chantiers à impulser se traduiront par la montée en puissance de nouveaux secteurs (construction et rénovation écologique, énergies renouvelables,entretien des forêts)... et la création de nombreux emplois de qualité, sans risques pour les travailleurs, répartis sur tout le territoire et non délocalisables. En faisant la somme des disparitions et des créations, l’association Négawatt table ainsi sur près de 700 000 nouveaux emplois !

Et enfin, sortir du nucléaire, c’est aussi aller vers une France moins prédatrice. Les conflits liés à l’énergie sont légion, mais qui imaginerait une guerre pour s’approprier le soleil ou le vent ?

Pour aller plus loin :
- Nucléaire, comment en sortir ? Étude sur des sorties du nucléaire en 5 et 10 ans. Étude réalisée par le Réseau "Sortir du nucléaire", 2007, 92 pages. À commander ou télécharger sur www.sortirdunucleaire.org.

- Scénario Négawatt 2006. Pour un avenir énergétique sobre, efficace et renouvelable. Synthèse de l’étude téléchargeable sur www.negawatt.org.

- Énergies d’avenir en Nord-Pas-de-Calais. Étude réalisée
par l’association Virage Énergie en Nord-Pas-de-Calais, 2008, 250 pages. À commander ou télécharger sur www.sortirdunucleaire.org

Pas question de s’éclairer à la bougie !
La sobriété commence par une réflexion pour hiérarchiser nos besoins et consommations, et distinguer le nécessaire du superflu. Pas question de vivre dans le noir ou de renoncer à se chauffer : il ne s’agit pas d’aller vers l’austérité généralisée, mais plutôt de raisonner en termes de dimensionnement plus approprié, de mutualisation, de partage. Des logements plus petits, des équipements partagés permettent ainsi de réduire les gaspillages. Bien évidemment, cela nécessite une incontournable évolution culturelle, qui ne peut se décréter.
Charlotte Mijeon
1 : Scénario mondial du WWF The Energy Report/I00 % Renewable Energy by 2050 ; scénario européen de European Renewable Energy Council Re-thinking 2050 : a 100 % Renewable Energy Vision for the European Union...

2 : Les différents groupes qui composent le Réseau "Sortir du nucléaire" offrent une grande diversité de points de vue, de la sortie en urgence à une transition étalée sur plusieurs décennies, tous fédérés autour de l’objectif d’une décision immédiate de sortie du nucléaire. C’est pourquoi nous ne proposons pas un scénario officiel et nous attachons à faire connaître à tous les champs des possibles, en incitant chacun à se saisir du sujet.

3 : L’ADEME (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) estime que les communes peuvent réaliser jusqu’à 40 % d’économies sur l’éclairage public.

4 : II faut deux réacteurs nucléaires pour faire fonctionner l’ensemble du parc français, en particulier pour l’enrichissement de l’uranium.

5 : Bien évidemment, il ne saurait être question de recourir aux gaz de schiste, contre l’utilisation desquels le Réseau "Sortir du nucléaire" a officiellement pris position.

6 : Production conjointe de chaleur et d’électricité, qui permet d’augmenter considérablement les rendements.


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