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Sortir du nucléaire n°77

Printemps 2018

Si peu radioactifs...

Printemps 2018




À Riom-ès-Montagnes, dans le Cantal, les cancers manifestent une attirance particulière pour les techniciens de France Télécom : en 2006, dix sur les vingt-deux (dont cinq partis à la retraite avant 2005) en sont atteints. Trois agents de la Poste partageant les mêmes locaux subissent un sort identique. De quoi justi er une alerte, lancée alors par Guy Berthod (Délégué du personnel CGT et du syndicat CGT FAPT du Cantal) auprès des deux exploitants.



Au Service Santé au Travail de France Télécom et de la Poste, on conclut à une coïncidence. Une étude épidémiologique demandée par France Télécom à l’insert [1], portant sur plus de 100 000 hommes ayant travaillé entre 1978 et 1994, écartera l’hypothèse de l’origine professionnelle des cancers. Mais précisera qu’il existe un risque plus élevé de décès chez les agents de lignes, atteints de cancers des os et des cartilages, que chez les autres techniciens de France Télécom !

Dans le collimateur, des parasurtenseurs posés depuis les années 40 sur l’ensemble du territoire afin de protéger les équipements de la foudre en déviant l’énergie induite par les surtensions. En 1974, l’administration des PTT les a interdits : ils contiennent des gaz radioactifs. Du radium 226, du tritium et du thorium 232. De quoi expliquer la plainte pour empoisonnement déposée contre X en 1995 par la CFDT PTT de Loire-Atlantique, l’enquête diligentée par un médecin de prévention en 1998 à Lyon, et l’alerte lancée à Riom. Dans les trois cas, les cancers touchant des lignards ou des agents de centres téléphoniques se multiplient. À Lyon, nombre de salariées d’un même centre d’accueil sont atteintes de cancer du sein. Elles trimbalent les ampoules dans leur poche de poitrine.

Combien de ces parafoudres ont-ils été installés sur les réseaux et centraux téléphoniques ? Des millions. Combien ont été jetés sans précaution à la poubelle ? On l’ignore. Combien se sont brisés, libérant leur contenu sous (et dans) le nez des employés ? On l’ignore. Mais, affirme l’UI [2] d’Auvergne, on ne peut leur imputer les cas de cancer car il n’y en a plus dans la nature ! Seulement dans les musées.

La découverte, en 2008 dans un local de Moulins, de trois cartons contenant au total douze mille parafoudres au Radium 226 contredira cette thèse. Quelques mois plus tôt, par quatre fois la direction de l’UI avait tenté d’interdire la visite du site de Riom-ès-Montagnes demandée par le CHSCT [3]. Elle aura finalement lieu, et des mesures de radioactivité seront réalisées sur les installations en Haute-Loire et dans le Cantal. Le rapport de la CRIIRAD est édifiant : certains parafoudres sont bien radioactifs et émettent fortement. Le GISCOP 93 [4] mettra en évidence que certains agents ont été exposés à différents cancérogènes (jusqu’à sept), et que tous les cas étudiés ont eu à subir des rayonnements ionisants.

En 2010, France Télécom s’appuiera sur une étude ne tenant pas compte des éléments relevés en Auvergne pour minimiser les risques encourus par le personnel. Impossible de nier la présence de radioactivité, mais elle est enfermée dans des ampoules, et si faible... À ce sujet, Annie Thébaud-Mony [5] communique son avis à l’IRSN : “Le message continuel que la radioactivité à faible dose n’est pas dangereuse est catastrophique. (...) À partir du moment où l’on se retrouve en présence d’un stockage non fiable et que les gens sont exposés à des rayonnements, il y a danger.“ En attendant, les lignards et sous-traitants continuent de tomber. En 2018, la bataille juridique pour la reconnaissance des victimes est loin d’être terminée. Les associations de défense, dont EDATET [6], s’activent à les aiguiller dans les démarches... même après décès de l’agent atteint.

Marie Gagnard-Volta

Historique de l’affaire des parafoudres radioactifs à lire sur /www.asso-henri-pezerat.org/parafoudres/

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La Revue Dessinée, lancée en 2013, propose de découvrir l’actualité en bande dessinée, à travers des enquêtes réalisées par des binômes dessinateurs/journalistes. Attachée à la diversité des points de vue, elle offre une information critique mais pas militante, et traite donc toutes sortes de sujets (économie, écologie, politique, société, musique, cinéma, guerres ou utopies). Sur abonnement ou dans toutes les bonnes librairies.

Notes

[1Institut national de Santé et de la recherche médicale.

[2Unité d’intervention du Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail.

[3Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail.

[4Groupement d’intérêt scienti que sur les cancers professionnels.

[5Directrice de recherche honoraire à l’Inserm et chercheuse associée au GISCOP 93.

[6Entraide et Défense des Acteurs des Télécoms Exposés aux Toxiques réseaux télécommunications.

Au Service Santé au Travail de France Télécom et de la Poste, on conclut à une coïncidence. Une étude épidémiologique demandée par France Télécom à l’insert [1], portant sur plus de 100 000 hommes ayant travaillé entre 1978 et 1994, écartera l’hypothèse de l’origine professionnelle des cancers. Mais précisera qu’il existe un risque plus élevé de décès chez les agents de lignes, atteints de cancers des os et des cartilages, que chez les autres techniciens de France Télécom !

Dans le collimateur, des parasurtenseurs posés depuis les années 40 sur l’ensemble du territoire afin de protéger les équipements de la foudre en déviant l’énergie induite par les surtensions. En 1974, l’administration des PTT les a interdits : ils contiennent des gaz radioactifs. Du radium 226, du tritium et du thorium 232. De quoi expliquer la plainte pour empoisonnement déposée contre X en 1995 par la CFDT PTT de Loire-Atlantique, l’enquête diligentée par un médecin de prévention en 1998 à Lyon, et l’alerte lancée à Riom. Dans les trois cas, les cancers touchant des lignards ou des agents de centres téléphoniques se multiplient. À Lyon, nombre de salariées d’un même centre d’accueil sont atteintes de cancer du sein. Elles trimbalent les ampoules dans leur poche de poitrine.

Combien de ces parafoudres ont-ils été installés sur les réseaux et centraux téléphoniques ? Des millions. Combien ont été jetés sans précaution à la poubelle ? On l’ignore. Combien se sont brisés, libérant leur contenu sous (et dans) le nez des employés ? On l’ignore. Mais, affirme l’UI [2] d’Auvergne, on ne peut leur imputer les cas de cancer car il n’y en a plus dans la nature ! Seulement dans les musées.

La découverte, en 2008 dans un local de Moulins, de trois cartons contenant au total douze mille parafoudres au Radium 226 contredira cette thèse. Quelques mois plus tôt, par quatre fois la direction de l’UI avait tenté d’interdire la visite du site de Riom-ès-Montagnes demandée par le CHSCT [3]. Elle aura finalement lieu, et des mesures de radioactivité seront réalisées sur les installations en Haute-Loire et dans le Cantal. Le rapport de la CRIIRAD est édifiant : certains parafoudres sont bien radioactifs et émettent fortement. Le GISCOP 93 [4] mettra en évidence que certains agents ont été exposés à différents cancérogènes (jusqu’à sept), et que tous les cas étudiés ont eu à subir des rayonnements ionisants.

En 2010, France Télécom s’appuiera sur une étude ne tenant pas compte des éléments relevés en Auvergne pour minimiser les risques encourus par le personnel. Impossible de nier la présence de radioactivité, mais elle est enfermée dans des ampoules, et si faible... À ce sujet, Annie Thébaud-Mony [5] communique son avis à l’IRSN : “Le message continuel que la radioactivité à faible dose n’est pas dangereuse est catastrophique. (...) À partir du moment où l’on se retrouve en présence d’un stockage non fiable et que les gens sont exposés à des rayonnements, il y a danger.“ En attendant, les lignards et sous-traitants continuent de tomber. En 2018, la bataille juridique pour la reconnaissance des victimes est loin d’être terminée. Les associations de défense, dont EDATET [6], s’activent à les aiguiller dans les démarches... même après décès de l’agent atteint.

Marie Gagnard-Volta

Historique de l’affaire des parafoudres radioactifs à lire sur /www.asso-henri-pezerat.org/parafoudres/

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La Revue Dessinée, lancée en 2013, propose de découvrir l’actualité en bande dessinée, à travers des enquêtes réalisées par des binômes dessinateurs/journalistes. Attachée à la diversité des points de vue, elle offre une information critique mais pas militante, et traite donc toutes sortes de sujets (économie, écologie, politique, société, musique, cinéma, guerres ou utopies). Sur abonnement ou dans toutes les bonnes librairies.


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