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Sortir du nucléaire n°57

Printemps 2013

Alternatives

Sebasol : bâtir l’indépendance à l’égard des monopoles énergétiques

Printemps 2013




Depuis le milieu des années 1990, s’est constitué en Suisse un mouvement social de formation à l’autoconstruction d’installations solaires thermiques, l’association Sebasol, qui revendique le caractère éminemment politique de son action. Dans ce premier volet, découvrons ce génial ovni du paysage énergétique européen.



Sur les cartes postales, la Suisse est un pays de chocolat, montagnes, horloges et vaches. Mais dans la réalité ce n’est bientôt plus qu’un gigantesque bureau qui vit d’import-export, de transactions financières, et de conseil.

La Suisse, c’est aussi une densité de population élevée, ce qui en fait un pays différent de la France. Pas de cambrousse profonde ici, ou si peu. Un territoire restreint dont l’aménagement fait l’objet de débats intenses, initiatives et référendums à l’appui. L’effondrement écologique et économique prédit dans les années 70 pour la moitié de ce siècle étant de moins en moins contesté, la transition choisie ou subie vers une économie de basse consommation est inévitable. Elle sera plus difficile à négocier ici, sur si peu d’espace. Nos solutions devront être denses et sociétales.

La Suisse a aussi décidé de sortir du nucléaire. Ceci grâce à un hasard dont l’histoire a l’ironie : quatre femmes à l’exécutif au moment de Fukushima, qui bondirent sur l’occasion de minoriser leurs trois collègues masculins. La population, pour l’instant suit. Mais le lobby nucléaire joue déjà de l’oubli et de la peur pour revenir par la fenêtre. Reste aussi, du côté du changement, à définir ce qu’on veut. Et là pas de surprise : la croissance est la solution, la technique va résoudre les problèmes sociaux. Et donc "d’atteindre des productions de masse" (i.e. de la concentration industrielle), de faire des "systèmes intégrés" (i.e. des produits "boîtes noires" soumis à obsolescence), d’assurer la prépondérance des filières professionnelles (i.e. s’assurer des marchés captifs). Cette idéologie s’appelle ici le "clean tech".

Sortir du nucléaire, seulement ?

Dans ce conte de fées qui fait penser au Grand Soir, Sebasol, dont le nom vient de "self bâtir solaire", fait tache depuis le milieu des années 90. Nous apprenons aux gens à faire à partir d’éléments génériques des installations solaires thermiques, systèmes de chauffage, branchements de poêles, ventilations, etc. Et à coupler leur usage aux comportements pour couvrir le maximum de besoins avec un minimum d’investissements, entretien et service. Intégrés au tissu économique, nous nous voulons un mouvement social. Bientôt nous fêterons notre millième installation. En permanence, nous coachons ou contrôlons environ soixante-dix chantiers simultanément. Pour l’essentiel de l’autoconstruction, mais aussi du clef-en-main sous charte éthique, des projets de jeunes, etc.

Si nous luttons contre le nucléaire en virant l’électricité de la production de chaleur, avec économies financières monstrueuses à la clef, le but n’est pas de remplacer cette hubris par sa version cravatée renouvelable. Mais de combattre un dévoiement de la connaissance, ici technique, qui vassalise la population. Nos installations doivent être recyclables, robustes, réparables, cohérentes, compréhensibles à l’usager. Celui qui se donne la peine de les monter acquiert des techniques qui lui servent à vie. Leur coût économique doit battre tout ce qui se fait à cahier des charges égal. Et c’est le cas. Les tests officiels le montrent, elles sont aussi efficaces. Mais pour nous, ce point n’est qu’une cerise sur le gâteau des exigences énoncées plus haut. Nous soutenons tout projet pour peu qu’il soit sensé, dans notre région, et que nos règles soient acceptées. Ce dont nous nous assurons via de l’argent déposé d’avance et la signature d’un contrat étonnant dans ses objectifs.

Un équilibre particulier

Une de nos difficiles tâches est de ne pas nous faire capter par le marché. Notre compétence et notre réputation dans l’économie réelle nous soumettent en effet à toutes sortes de convoitises, autant externes qu’internes. Pour faire pièce, quelques règles. Un : pas de salariat. Deux : pas de déficit, quitte à décroître s’il le faut. Trois : répartir l’expertise entre diverses "cultures", chacune avec ses règles, limitations et objectifs. Le but est la complémentarité, l’émulation, l’échange, et le service à la société. Nous écoutons tout le monde, puis nos fondamentaux, le passé du travail, de la technique, nos rêves, notre imagination, nos archives, et décidons en toute souveraineté. Car bénévoles, nous exerçons le pouvoir. Quatre cultures contribuent pour l’instant à Sebasol : les autoconstructeurs, les parrains, les apprentis et les installateurs.

Les autoconstructeurs

Ce sont les citoyens qui font pour eux-mêmes, en grande majorité des petits propriétaires. Le concept est juridique : est autoconstructeur celui qui signe le contrat et pose l’argent. Il peut ensuite se faire aider, étant seul responsable de son installation.

Notre support est à la fois étendu - administratif, commande de matériel à la pièce, prix grossiste sans marge (mais pour le projet !), livraisons sur chantier, outillage spécial, schéma techniques, pages internes web, moteurs de recherche évolués, procès-verbal de mise en service - et limité : réponse avec délai pour forcer à ralentir, à la réflexion personnelle, au contrôle des coûts, à l’usage des outils fournis, apprentis pour le coup de feu, parrain pour le coaching, tests de capacités pour accéder à des projets plus avancés ou sensibles. Le but est d’obtenir une personne autonome, un véritable autoconstructeur. L’illusion du "pour rien et sans effort grâce au brico" est laissée aux moutons de Panurge.

Une fois leur installation terminée, les autoconstructeurs peuvent faire partie de Sebasol. Eux seuls le peuvent, d’ailleurs.

Les parrains

Ce sont les plus capables et motivés des autoconstructeurs, des "anciens" devenus coachs. Soutien psychologique, explication de la philosophie sebasolienne, communication publique des coûts et options, aide pour les points techniques mal compris. Ils suivent une formation continue, avec exercices de maintien à niveau. Ils apprennent à présenter l’autoconstruction, argumenter chiffres physiques et économiques à l’appui, connaître les principales escroqueries, détecter les profiteurs, se protéger des exploiteurs, encadrer leurs "poulains" sans les perfuser.

Tout cela est gratuit, de même les fêtes, les bouteilles, la camaraderie. Bénévoles, leurs frais sont payés. Le poulain doit être un(e) inconnu(e) qu’on aide parce qu’il est autoconstructeur, et non parce ce que c’est Tartempion qu’a marié ma sœur. Ils ne peuvent donc les avoir dans leur environnement local ou leurs proches. Ils ne peuvent non plus les aider physiquement. Cela priverait les apprentis de formation et se substituerait à l’entraide locale. Enfin, ils ne peuvent user de leur statut à des fins commerciales. En cas de manquement à ces règles ils sont exclus de l’association, grillés chez tous nos contacts, fournisseurs, sympathisants, ne peuvent plus se revendiquer de Sebasol. Nos juristes sont là pour y veiller.

Les apprentis

Ils profitent du phénomène social ainsi généré pour acquérir un métier via des engagements sur les chantiers en cours. Rien à voir avec un stage ou un chantier participatif. C’est une formation d’adulte exigeante, qui dure plusieurs années et a le caractère d’un apprentissage, avec examens, travaux à rendre, suivi, etc. Nous cherchons des gens stables, intégrés dans la vie économique locale, pouvant subvenir à leurs besoins pendant ce temps. On ne peut rien faire pour les romantiques, velléitaires, précaires, blasés, révoltés, indécis, déprimés, mythomanes. Les postulants doivent accepter l’objectif de leur formation : ne pas perfuser les autoconstructeurs, acquérir une capacité d’indépendant généraliste capable de se passer de la dépendance aux experts (ingénieurs, architectes) et produits finis industriels, dont le premier est le capteur solaire tout fait. Des "gens de métier" taillés pour la transition post pic pétrolier, qui devront à l’autoconstruction leur formation, statut, réputation et auront à s’en souvenir. Le sauront-ils ? Question à laquelle seul le long terme peut répondre.

Les installateurs

Issus des filières classiques du sanitaire-chauffage ou de la nôtre, ils doivent suivre une charte éthique qui les oblige à ne pas dénigrer l’autoconstruction, renoncer aux marges sur le matériel, accepter un contrôle de leurs offres, respecter un cahier des charges global et public, dont une des exigences est la non-externalisation des travaux qui gênent versus ceux qui rapportent. En contrepartie ils bénéficient de l’infrastructure et des conditions de Sebasol, de 15 ans de réputation, de la promotion via le site internet, les militants et les parrains, des chantiers amenés par l’association, d’un fond de garantie coopératif, de l’accès aux compétences, des découvertes en techniques adaptées, souvent issues de l’autoconstruction.

Leurs installations sont connues pour leur qualité, leur prix, et leur recours à l’économie locale. Certaines font parties de bâtiments exemplaires ou primés. Des bureaux prestigieux font appel à eux. Ils traitent leurs problèmes en assemblée annuelle, y décidant en particulier de la valeur de leur travail. Ceux qui en veulent toujours plus et n’arrivent pas à leurs fins s’en vont. Ceux qui tentent de tordre la charte ou de faire du clientélisme se cassent les dents sur la résistance d’une association qui n’a pas besoin d’eux pour vivre, et sont débarqués.

Vers l’autoconstruction à plus grande échelle ?

L’autoconstructeur œuvre pour lui, mais sa capacité acquise sert déjà à ses proches et amis. Parrain, il passe à un stade plus universel, soutient des autoconstructeurs inconnus, et incarne la culture sebasolienne. Peut-on faire mieux ? Les villages, les quartiers ? Les locataires, qui font 62 % de la population en Suisse ? Essayons. Nous espérons proposer bientôt le statut juridique "d’autoconstreprises" ponctuelles locales. Y entreront un nombre limité aux doigts de la main d’habitants socialement intégrés d’un quartier ou d’un village. Ils seront autoconstructeurs d’une installation quelque part dans leur proche environnement. Ailleurs d’autres comme eux peuvent faire pareil et c’est eux que nous soutiendrons. Et ponctuelles car tout projet devra se faire avec une autoconstreprise comprenant au moins 2/3 de nouvelles personnes, pour éviter notre exploitation à fins de profit personnel systématique et la récupération par le marché de gens formés par la société civile pour vassaliser ceux-là mêmes dont ils sont issus.

Comment faire des installations sur des immeubles sans crédit ? Quelles responsabilités entre l’objet construit et celui sur lequel on construit ? Quelles formes de rétribution, car nul ne s’appellera Cosette ? Comment assurer le suivi technique, remplacer ceux qui meurent, déménagent, abandonnent ? Comment flinguer les opportunistes qui viendront ensuite renifler la bonne sousoupe, pour sûr habillés en vert, bombardés experts, médaillés durables ? Et tout cela en restant concret, car il faut que ca marche. Passionnantes questions, sujettes des contrats "d’autoconstruction de proximité" que nous avons sur le feu, véritables casse-têtes d’équilibrages, mais on en viendra à bout.

Bâtir l’indépendance citoyenne et anticiper l’effondrement

Sebasol est un mouvement social local, non croissanciste, héritier du philosophe Ivan Illich, sans salariés, ni recours à la pub, indépendant de toute subvention et n’en réclamant aucune, avec une structure interne complexe née de la nécessité de l’intégration sociale. Nous nous cachons sous un service concret à la population pour offrir bien d’avantage en contrebande… à ceux qui comprennent.

Via la conception de techniques appropriables, de pratiques et de transmission de savoir-faire parfois anciens, le but est de bâtir l’indépendance citoyenne à l’égard des monopoles énergétiques et d’anticiper les conséquences économiques et sociales de l’effondrement écologique et économique à venir. Nous façonnons des briques humaines avec l’outil qui s’appelle autoconstruction. Ce sera à la société de bâtir avec le moment venu. On appelle cela faire de la politique.

Rendez-vous au prochain numéro de la revue Sortir du nucléaire, pour la deuxième partie, consacrée cette fois au volet technique.

Pascal Cretton
Sebasol

Sur les cartes postales, la Suisse est un pays de chocolat, montagnes, horloges et vaches. Mais dans la réalité ce n’est bientôt plus qu’un gigantesque bureau qui vit d’import-export, de transactions financières, et de conseil.

La Suisse, c’est aussi une densité de population élevée, ce qui en fait un pays différent de la France. Pas de cambrousse profonde ici, ou si peu. Un territoire restreint dont l’aménagement fait l’objet de débats intenses, initiatives et référendums à l’appui. L’effondrement écologique et économique prédit dans les années 70 pour la moitié de ce siècle étant de moins en moins contesté, la transition choisie ou subie vers une économie de basse consommation est inévitable. Elle sera plus difficile à négocier ici, sur si peu d’espace. Nos solutions devront être denses et sociétales.

La Suisse a aussi décidé de sortir du nucléaire. Ceci grâce à un hasard dont l’histoire a l’ironie : quatre femmes à l’exécutif au moment de Fukushima, qui bondirent sur l’occasion de minoriser leurs trois collègues masculins. La population, pour l’instant suit. Mais le lobby nucléaire joue déjà de l’oubli et de la peur pour revenir par la fenêtre. Reste aussi, du côté du changement, à définir ce qu’on veut. Et là pas de surprise : la croissance est la solution, la technique va résoudre les problèmes sociaux. Et donc "d’atteindre des productions de masse" (i.e. de la concentration industrielle), de faire des "systèmes intégrés" (i.e. des produits "boîtes noires" soumis à obsolescence), d’assurer la prépondérance des filières professionnelles (i.e. s’assurer des marchés captifs). Cette idéologie s’appelle ici le "clean tech".

Sortir du nucléaire, seulement ?

Dans ce conte de fées qui fait penser au Grand Soir, Sebasol, dont le nom vient de "self bâtir solaire", fait tache depuis le milieu des années 90. Nous apprenons aux gens à faire à partir d’éléments génériques des installations solaires thermiques, systèmes de chauffage, branchements de poêles, ventilations, etc. Et à coupler leur usage aux comportements pour couvrir le maximum de besoins avec un minimum d’investissements, entretien et service. Intégrés au tissu économique, nous nous voulons un mouvement social. Bientôt nous fêterons notre millième installation. En permanence, nous coachons ou contrôlons environ soixante-dix chantiers simultanément. Pour l’essentiel de l’autoconstruction, mais aussi du clef-en-main sous charte éthique, des projets de jeunes, etc.

Si nous luttons contre le nucléaire en virant l’électricité de la production de chaleur, avec économies financières monstrueuses à la clef, le but n’est pas de remplacer cette hubris par sa version cravatée renouvelable. Mais de combattre un dévoiement de la connaissance, ici technique, qui vassalise la population. Nos installations doivent être recyclables, robustes, réparables, cohérentes, compréhensibles à l’usager. Celui qui se donne la peine de les monter acquiert des techniques qui lui servent à vie. Leur coût économique doit battre tout ce qui se fait à cahier des charges égal. Et c’est le cas. Les tests officiels le montrent, elles sont aussi efficaces. Mais pour nous, ce point n’est qu’une cerise sur le gâteau des exigences énoncées plus haut. Nous soutenons tout projet pour peu qu’il soit sensé, dans notre région, et que nos règles soient acceptées. Ce dont nous nous assurons via de l’argent déposé d’avance et la signature d’un contrat étonnant dans ses objectifs.

Un équilibre particulier

Une de nos difficiles tâches est de ne pas nous faire capter par le marché. Notre compétence et notre réputation dans l’économie réelle nous soumettent en effet à toutes sortes de convoitises, autant externes qu’internes. Pour faire pièce, quelques règles. Un : pas de salariat. Deux : pas de déficit, quitte à décroître s’il le faut. Trois : répartir l’expertise entre diverses "cultures", chacune avec ses règles, limitations et objectifs. Le but est la complémentarité, l’émulation, l’échange, et le service à la société. Nous écoutons tout le monde, puis nos fondamentaux, le passé du travail, de la technique, nos rêves, notre imagination, nos archives, et décidons en toute souveraineté. Car bénévoles, nous exerçons le pouvoir. Quatre cultures contribuent pour l’instant à Sebasol : les autoconstructeurs, les parrains, les apprentis et les installateurs.

Les autoconstructeurs

Ce sont les citoyens qui font pour eux-mêmes, en grande majorité des petits propriétaires. Le concept est juridique : est autoconstructeur celui qui signe le contrat et pose l’argent. Il peut ensuite se faire aider, étant seul responsable de son installation.

Notre support est à la fois étendu - administratif, commande de matériel à la pièce, prix grossiste sans marge (mais pour le projet !), livraisons sur chantier, outillage spécial, schéma techniques, pages internes web, moteurs de recherche évolués, procès-verbal de mise en service - et limité : réponse avec délai pour forcer à ralentir, à la réflexion personnelle, au contrôle des coûts, à l’usage des outils fournis, apprentis pour le coup de feu, parrain pour le coaching, tests de capacités pour accéder à des projets plus avancés ou sensibles. Le but est d’obtenir une personne autonome, un véritable autoconstructeur. L’illusion du "pour rien et sans effort grâce au brico" est laissée aux moutons de Panurge.

Une fois leur installation terminée, les autoconstructeurs peuvent faire partie de Sebasol. Eux seuls le peuvent, d’ailleurs.

Les parrains

Ce sont les plus capables et motivés des autoconstructeurs, des "anciens" devenus coachs. Soutien psychologique, explication de la philosophie sebasolienne, communication publique des coûts et options, aide pour les points techniques mal compris. Ils suivent une formation continue, avec exercices de maintien à niveau. Ils apprennent à présenter l’autoconstruction, argumenter chiffres physiques et économiques à l’appui, connaître les principales escroqueries, détecter les profiteurs, se protéger des exploiteurs, encadrer leurs "poulains" sans les perfuser.

Tout cela est gratuit, de même les fêtes, les bouteilles, la camaraderie. Bénévoles, leurs frais sont payés. Le poulain doit être un(e) inconnu(e) qu’on aide parce qu’il est autoconstructeur, et non parce ce que c’est Tartempion qu’a marié ma sœur. Ils ne peuvent donc les avoir dans leur environnement local ou leurs proches. Ils ne peuvent non plus les aider physiquement. Cela priverait les apprentis de formation et se substituerait à l’entraide locale. Enfin, ils ne peuvent user de leur statut à des fins commerciales. En cas de manquement à ces règles ils sont exclus de l’association, grillés chez tous nos contacts, fournisseurs, sympathisants, ne peuvent plus se revendiquer de Sebasol. Nos juristes sont là pour y veiller.

Les apprentis

Ils profitent du phénomène social ainsi généré pour acquérir un métier via des engagements sur les chantiers en cours. Rien à voir avec un stage ou un chantier participatif. C’est une formation d’adulte exigeante, qui dure plusieurs années et a le caractère d’un apprentissage, avec examens, travaux à rendre, suivi, etc. Nous cherchons des gens stables, intégrés dans la vie économique locale, pouvant subvenir à leurs besoins pendant ce temps. On ne peut rien faire pour les romantiques, velléitaires, précaires, blasés, révoltés, indécis, déprimés, mythomanes. Les postulants doivent accepter l’objectif de leur formation : ne pas perfuser les autoconstructeurs, acquérir une capacité d’indépendant généraliste capable de se passer de la dépendance aux experts (ingénieurs, architectes) et produits finis industriels, dont le premier est le capteur solaire tout fait. Des "gens de métier" taillés pour la transition post pic pétrolier, qui devront à l’autoconstruction leur formation, statut, réputation et auront à s’en souvenir. Le sauront-ils ? Question à laquelle seul le long terme peut répondre.

Les installateurs

Issus des filières classiques du sanitaire-chauffage ou de la nôtre, ils doivent suivre une charte éthique qui les oblige à ne pas dénigrer l’autoconstruction, renoncer aux marges sur le matériel, accepter un contrôle de leurs offres, respecter un cahier des charges global et public, dont une des exigences est la non-externalisation des travaux qui gênent versus ceux qui rapportent. En contrepartie ils bénéficient de l’infrastructure et des conditions de Sebasol, de 15 ans de réputation, de la promotion via le site internet, les militants et les parrains, des chantiers amenés par l’association, d’un fond de garantie coopératif, de l’accès aux compétences, des découvertes en techniques adaptées, souvent issues de l’autoconstruction.

Leurs installations sont connues pour leur qualité, leur prix, et leur recours à l’économie locale. Certaines font parties de bâtiments exemplaires ou primés. Des bureaux prestigieux font appel à eux. Ils traitent leurs problèmes en assemblée annuelle, y décidant en particulier de la valeur de leur travail. Ceux qui en veulent toujours plus et n’arrivent pas à leurs fins s’en vont. Ceux qui tentent de tordre la charte ou de faire du clientélisme se cassent les dents sur la résistance d’une association qui n’a pas besoin d’eux pour vivre, et sont débarqués.

Vers l’autoconstruction à plus grande échelle ?

L’autoconstructeur œuvre pour lui, mais sa capacité acquise sert déjà à ses proches et amis. Parrain, il passe à un stade plus universel, soutient des autoconstructeurs inconnus, et incarne la culture sebasolienne. Peut-on faire mieux ? Les villages, les quartiers ? Les locataires, qui font 62 % de la population en Suisse ? Essayons. Nous espérons proposer bientôt le statut juridique "d’autoconstreprises" ponctuelles locales. Y entreront un nombre limité aux doigts de la main d’habitants socialement intégrés d’un quartier ou d’un village. Ils seront autoconstructeurs d’une installation quelque part dans leur proche environnement. Ailleurs d’autres comme eux peuvent faire pareil et c’est eux que nous soutiendrons. Et ponctuelles car tout projet devra se faire avec une autoconstreprise comprenant au moins 2/3 de nouvelles personnes, pour éviter notre exploitation à fins de profit personnel systématique et la récupération par le marché de gens formés par la société civile pour vassaliser ceux-là mêmes dont ils sont issus.

Comment faire des installations sur des immeubles sans crédit ? Quelles responsabilités entre l’objet construit et celui sur lequel on construit ? Quelles formes de rétribution, car nul ne s’appellera Cosette ? Comment assurer le suivi technique, remplacer ceux qui meurent, déménagent, abandonnent ? Comment flinguer les opportunistes qui viendront ensuite renifler la bonne sousoupe, pour sûr habillés en vert, bombardés experts, médaillés durables ? Et tout cela en restant concret, car il faut que ca marche. Passionnantes questions, sujettes des contrats "d’autoconstruction de proximité" que nous avons sur le feu, véritables casse-têtes d’équilibrages, mais on en viendra à bout.

Bâtir l’indépendance citoyenne et anticiper l’effondrement

Sebasol est un mouvement social local, non croissanciste, héritier du philosophe Ivan Illich, sans salariés, ni recours à la pub, indépendant de toute subvention et n’en réclamant aucune, avec une structure interne complexe née de la nécessité de l’intégration sociale. Nous nous cachons sous un service concret à la population pour offrir bien d’avantage en contrebande… à ceux qui comprennent.

Via la conception de techniques appropriables, de pratiques et de transmission de savoir-faire parfois anciens, le but est de bâtir l’indépendance citoyenne à l’égard des monopoles énergétiques et d’anticiper les conséquences économiques et sociales de l’effondrement écologique et économique à venir. Nous façonnons des briques humaines avec l’outil qui s’appelle autoconstruction. Ce sera à la société de bâtir avec le moment venu. On appelle cela faire de la politique.

Rendez-vous au prochain numéro de la revue Sortir du nucléaire, pour la deuxième partie, consacrée cette fois au volet technique.

Pascal Cretton
Sebasol



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