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Sortir du nucléaire n°49

Printemps 2011

Écoblanchiment

Quand Areva fait son cinéma...

Printemps 2011




Chouette ! Pour les dix ans de sa marque, Areva a décidé de nous emmener au cinéma pour nous montrer, en soixante secondes top chrono, "la grande épopée de l’énergie".



Un audacieux travelling historique nous transporte depuis l’Egypte et les voiles gonflées par le dieu du vent Amon-Ra jusqu’au moulin hydraulique au Moyen-Age. Les images glissent ensuite à toute allure du 19e siècle de la vapeur et du charbon, jusqu’au 20e des puits de pétrole et de la station-service, piliers du rêve américain. Musique
symphonique de superproduction, travelling saisissant, budget colossal de plus de 15 millions d’euros. Rien ne manque, sauf peut-être Indiana Jones.

Passant symboliquement du passé à l’avenir en franchissant l’écran d’un drive-in, on pénètre enfin dans un paysage idyllique (mer azur et monts embrumés d’or) où trônent, en bord de mer, les deux réacteurs d’une centrale nucléaire. Curieusement aucun panache de vapeur, aucune ligne à très haute tension ne vient gâcher le paysage, mais on sent bien que la centrale n’est pas une simple figurante. En mer, un champ d’éoliennes – encore une centrale – posées si près des côtes que l’on n’est certainement pas dans la France des ZDE et du NIMBY post-Grenelle. Un peu plus loin, une centrale photovoltaïque au sol – toujours une centrale – resplendit de tous ses feux.

Enfin, dans les dernières secondes du travelling, le monde merveilleux d’Areva se dévoile : un front de mer façon Rio de Janeiro où, sur les terrasses d’immeubles-tours, une jeunesse aisée danse, insouciante, éclairée en plein jour par de puissants sunlights.

Un monde de rêve, de teufs et de cigales qui dansent tout l’été. Sea, sex and nuke !

Le message est limpide : consommez sans inquiétude, nos centrales nucléaires ronronnent, fournissant le miel énergétique dont rêve l’humanité depuis des millénaires, depuis les premiers kWh produits dans l’effort, la sueur et le carbone. Areva, fournisseur officiel de la corne d’abondance. Le modèle énergétique est clair : l’énergie ne peut être que centralisée, le nucléaire-qui-n’émet-pas-de-CO2 a les mêmes vertus que les renouvelables, il est propre sur lui et inépuisable.

Pas un mot sur l’envers du décor de cette superproduction : la prédation sur les mines d’uranium, les sous-intérimaires surpressurisés, les risques de prolifération, les déchets enfouis comme des autruches pour les siècles des siècles, les réserves de minerai limitées à quelques décennies, l’accident aux conséquences si incalculables qu’on préfère, justement, ne pas le calculer. Pas un mot sur le démantèlement dont la seule certitude est qu’il sera d’un coût pharaonique. Pas un mot sur tous ces fardeaux pour les générations à venir : ils sont gommés par ce clip habile, saupoudrés des vertes paillettes du développement durable, ce si bel
oxymore anesthésiant.

Pas un mot enfin, dans cette "épopée de l’énergie", sur ce qui est dès à présent, au 21e siècle, notre plus grande réserve d’énergie : le formidable gisement issu du non-gaspillage, de la sobriété et de l’efficacité énergétique. Pas une image sur qui devrait être notre véritable futur énergétique : un urbanisme à l’échelle humaine, des productions d’énergies décentralisées fondées sur des flux naturels et non sur les dernières ressources stockées dans le sol de notre seule planète.

"... en ce sens, ce film est porteur d’enthousiasme et d’humilité" ose dire sans rire le porte-parole d’Areva.

Le minimum de sagesse et, justement, d’humilité devrait nous imposer une conduite de fourmis prévoyantes et non d’insouciantes cigales dansant sur les toits de gratte-ciel, comme dansaient les passagers en first class dans le luxueux salon du Titanic.

Cette pub subliminale a cependant un mérite, un seul : elle nous confirme que lorsque Areva fait son cinéma, elle dispose d’un vrai talent dans la fiction nucléaire.

Thierry Salomon
Ingénieur énergéticien

Un audacieux travelling historique nous transporte depuis l’Egypte et les voiles gonflées par le dieu du vent Amon-Ra jusqu’au moulin hydraulique au Moyen-Age. Les images glissent ensuite à toute allure du 19e siècle de la vapeur et du charbon, jusqu’au 20e des puits de pétrole et de la station-service, piliers du rêve américain. Musique
symphonique de superproduction, travelling saisissant, budget colossal de plus de 15 millions d’euros. Rien ne manque, sauf peut-être Indiana Jones.

Passant symboliquement du passé à l’avenir en franchissant l’écran d’un drive-in, on pénètre enfin dans un paysage idyllique (mer azur et monts embrumés d’or) où trônent, en bord de mer, les deux réacteurs d’une centrale nucléaire. Curieusement aucun panache de vapeur, aucune ligne à très haute tension ne vient gâcher le paysage, mais on sent bien que la centrale n’est pas une simple figurante. En mer, un champ d’éoliennes – encore une centrale – posées si près des côtes que l’on n’est certainement pas dans la France des ZDE et du NIMBY post-Grenelle. Un peu plus loin, une centrale photovoltaïque au sol – toujours une centrale – resplendit de tous ses feux.

Enfin, dans les dernières secondes du travelling, le monde merveilleux d’Areva se dévoile : un front de mer façon Rio de Janeiro où, sur les terrasses d’immeubles-tours, une jeunesse aisée danse, insouciante, éclairée en plein jour par de puissants sunlights.

Un monde de rêve, de teufs et de cigales qui dansent tout l’été. Sea, sex and nuke !

Le message est limpide : consommez sans inquiétude, nos centrales nucléaires ronronnent, fournissant le miel énergétique dont rêve l’humanité depuis des millénaires, depuis les premiers kWh produits dans l’effort, la sueur et le carbone. Areva, fournisseur officiel de la corne d’abondance. Le modèle énergétique est clair : l’énergie ne peut être que centralisée, le nucléaire-qui-n’émet-pas-de-CO2 a les mêmes vertus que les renouvelables, il est propre sur lui et inépuisable.

Pas un mot sur l’envers du décor de cette superproduction : la prédation sur les mines d’uranium, les sous-intérimaires surpressurisés, les risques de prolifération, les déchets enfouis comme des autruches pour les siècles des siècles, les réserves de minerai limitées à quelques décennies, l’accident aux conséquences si incalculables qu’on préfère, justement, ne pas le calculer. Pas un mot sur le démantèlement dont la seule certitude est qu’il sera d’un coût pharaonique. Pas un mot sur tous ces fardeaux pour les générations à venir : ils sont gommés par ce clip habile, saupoudrés des vertes paillettes du développement durable, ce si bel
oxymore anesthésiant.

Pas un mot enfin, dans cette "épopée de l’énergie", sur ce qui est dès à présent, au 21e siècle, notre plus grande réserve d’énergie : le formidable gisement issu du non-gaspillage, de la sobriété et de l’efficacité énergétique. Pas une image sur qui devrait être notre véritable futur énergétique : un urbanisme à l’échelle humaine, des productions d’énergies décentralisées fondées sur des flux naturels et non sur les dernières ressources stockées dans le sol de notre seule planète.

"... en ce sens, ce film est porteur d’enthousiasme et d’humilité" ose dire sans rire le porte-parole d’Areva.

Le minimum de sagesse et, justement, d’humilité devrait nous imposer une conduite de fourmis prévoyantes et non d’insouciantes cigales dansant sur les toits de gratte-ciel, comme dansaient les passagers en first class dans le luxueux salon du Titanic.

Cette pub subliminale a cependant un mérite, un seul : elle nous confirme que lorsque Areva fait son cinéma, elle dispose d’un vrai talent dans la fiction nucléaire.

Thierry Salomon
Ingénieur énergéticien



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