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Sortir du nucléaire n°76

Hiver 2018

Nucléaire militaire

Prix Nobel de la paix 2017 à ICAN

Hiver 2018




Oslo, 10 décembre 2017 : le comité Nobel remet le prix Nobel de la paix à ICAN, Campagne internationale pour abolir les armes nucléaires "pour ses efforts inédits visant à obtenir l’interdiction de ces armes au moyen d’un traité". Retour sur un hommage rendu aux efforts de millions de personnes engagées dans le monde entier depuis l’aube de l’ère atomique et à toutes les victimes de ces armes.



"Le message principal d’ICAN est que le monde ne peut jamais être sûr, aussi longtemps que nous avons des armes nucléaires", a rappelé Bent Reiss-Andersen, la présidente du comité Nobel, lors de la remise du prix. "Ce message résonne auprès de millions de personnes qui ont le sentiment que la menace d’une guerre nucléaire est la plus élevée depuis longtemps, surtout à cause de la situation en Corée du Nord", a-t-elle ajouté.

"Les armes nucléaires ne sont pas un mal nécessaire, elles sont le mal ultime" a répondu Mme Setsuko Thurlow, survivante à la bombe d’Hiroshima, qui a reçu le prix avec Beatrice Fihn, directrice internationale d’ICAN, précisant : "Notre lumière maintenant est le traité d’interdiction des armes nucléaires."

Ce prix Nobel de la paix vient récompenser à la fois un objectif atteint — l’adoption du traité d’interdiction des armes nucléaires, le 7 juillet dernier (cf. le précédent numéro de la revue) — et une méthode de travail reposant sur une campagne internationale collective. En effet, ICAN est une coalition regroupant près de 500 associations réparties dans une centaine de pays.

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"Les armes nucléaires ne sont pas un mal nécessaire, elles sont le mal ultime." - Setsuko Thurlow

Focus humanitaire

La campagne pour abolir les armes nucléaires a été lancée en 2007 à Melbourne en Australie, sur une initiative de l’Association internationale des médecins pour la prévention de la guerre nucléaire (IPPNW). L’objectif était de sortir le débat sur les enjeux des armes nucléaires des mains des puissances nucléaires pour le repositionner sur les conséquences humanitaires de ces armes de destruction massive. Sur les risques ingérables qu’une utilisation, même accidentelle, entraînerait tant au niveau de la population que de l’environnement.

Sur la méthode de travail adoptée, ICAN a coordonné des journées d’action mondiales, sensibilisé le public et s’est engagée dans des actions de plaidoyer à l’ONU comme dans les parlements nationaux. Un accent particulier a été porté non seulement sur les survivants des bombardements atomiques américains d’Hiroshima et de Nagasaki, mais également sur ceux des plus de 2 000 essais nucléaires réalisés dans le monde, dont 210 par la France.

En France, dès 2007, à l’initiative alors du Mouvement de la paix, les organisations luttant pour le désarmement nucléaire se sont regroupées pour développer la nouvelle campagne et participer aux différentes initiatives. À partir de 2013, le collectif ICAN France s’est doté d’une structure associative qui s’est ensuite élargie aux individus et a engagé de nombreuses actions en direction notamment des étudiants.

D’ailleurs, ICAN France a envoyé à Oslo une délégation de cinq personnes — dont quatre jeunes femmes — Izadora, Jade, Marion et Stella — pour participer aux festivités autour de la remise du prix Nobel. Et au printemps 2018, une nouvelle ICAN Académie sera organisée à Paris pour une quarantaine de jeunes francophones [1] .

Déconstruire le mythe sécuritaire de la bombe

Certes, si ce prix Nobel de la paix vient récompenser le travail accompli depuis une dizaine d’années pour l’adoption du traité d’interdiction, il souligne également tout le chemin qu’il nous reste à accomplir pour obtenir l’élimination de la menace nucléaire. C’est une responsabilité importante qui est déposée entre les mains de la société civile après ce qu’il faut bien appeler l’échec — le refus ! — des États nucléaires à aller vers un monde sans armes nucléaires, malgré leurs nombreux engagements... Dont notamment celui pris dans le cadre du Traité de non-prolifération (TNP).

Cela explique pourquoi les puissances nucléaires, après avoir ignoré la dynamique initiée par ICAN, n’ont eu de cesse de critiquer le traité d’interdiction, pratiquant la politique de la chaise vide durant les négociations. Et maintenant que le traité est ouvert à la signature, de faire pression sur les États pour qu’ils ne le signent pas, avec, ceci dit, le plus grand mépris des valeurs démocratiques que la plupart d’entre eux prétendent défendre au sein de l’ONU.

Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, allant même jusqu’à déclarer à l’encontre des 122 États qui ont adopté le traité d’interdiction : "Sur ce sujet, la politique de l’incantation confine à l’irresponsabilité." Plusieurs initiatives (conférences, déplacement de la ministre des Armées, tribunes dans les médias), ont été organisées ces derniers mois pour promouvoir la politique de dissuasion nucléaire et la nécessité de renouveler l’arsenal... Des manifestions qui vont se développer et qui montrent à quel point les "penseurs de la bombe" sont sur la défensive !

De son côté, ICAN France va poursuivre le travail de déconstruction du mythe sécuritaire de la dissuasion nucléaire et promouvoir le Traité d’interdiction des armes nucléaires pour sortir de la logique de terreur et des crises à répétition provoquées par la prolifération nucléaire (hier l’Iran, aujourd’hui la Corée du Nord, et demain ???). Ce travail d’information et de conscientisation sur les enjeux sécuritaires, humanitaires, sanitaires, environnementaux, économiques de l’arme nucléaire se fera bien évidemment en direction de tous les publics : étudiants, organisations de jeunesse, ONG, grand public, parlementaires et journalistes.

De même la confrontation des idées se poursuivra avec les décideurs politiques pour leur rappeler que ce n’est pas par l’exercice de la terreur que l’on peut renforcer la sécurité, mais au contraire en renforçant la sécurité de l’autre que l’on assure notre sécurité. Prétendre assurer notre sécurité par la dissuasion nucléaire, est au contraire le plus grand facteur de la prolifération nucléaire.

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Une grue en origami, symbole de paix.

C’est par l’ouverture d’un véritable débat que l’opinion publique française — aujourd’hui encore acquise pour une large part à la croyance en la dissuasion nucléaire comme facteur de paix — réalisera le risque et les conséquences catastrophiques de cette politique pour la survie de l’humanité, à l’égal, par exemple, de la crise climatique. Un enjeu énorme nécessitant la participation de toutes et tous. Pour que le prix Nobel ne reste pas un symbole vain.

Patrice Bouveret Membre du comité d’animation de ICAN France et co-fondateur de l’Observatoire des armements

Choisir entre "la fin des armes nucléaires, ou notre fin"

Dans son intervention lors de la remise du prix Nobel [2], Béatrice Fihn a invité les États à adhérer au Traité d’interdiction des armes nucléaires : "Il n’est pas irrationnel de penser que les pays possédant l’arme nucléaire peuvent désarmer. Il n’est pas idéaliste de croire en la vie plutôt que la mort, c’est une nécessité. Chacun d’entre nous fait face à ce choix. Que les États-Unis choisissent la liberté plutôt que la peur. Que la Russie choisisse le désarmement plutôt que la destruction. Que le Royaume-Uni choisisse l’état de droit plutôt que l’oppression. Que la France choisisse les droits de l’Homme plutôt que la terreur. Que la Chine choisisse la raison plutôt que l’irrationalité. Que l’Inde choisisse le discernement plutôt que l’absurdité. Que le Pakistan choisisse la logique plutôt que l’apocalypse. Qu’Israël choisisse le bon sens plutôt que l’anéantissement. Que la Corée du Nord choisisse la sagesse plutôt que la ruine."


Notes

[1Pour en savoir plus sur ICAN France et ses activités : www.icanfrance.org/

[2La vidéo de la cérémonie de remise du prix Nobel de la paix est disponible sur : www.youtube.com/watch?v=P1daV8n6fTY

"Le message principal d’ICAN est que le monde ne peut jamais être sûr, aussi longtemps que nous avons des armes nucléaires", a rappelé Bent Reiss-Andersen, la présidente du comité Nobel, lors de la remise du prix. "Ce message résonne auprès de millions de personnes qui ont le sentiment que la menace d’une guerre nucléaire est la plus élevée depuis longtemps, surtout à cause de la situation en Corée du Nord", a-t-elle ajouté.

"Les armes nucléaires ne sont pas un mal nécessaire, elles sont le mal ultime" a répondu Mme Setsuko Thurlow, survivante à la bombe d’Hiroshima, qui a reçu le prix avec Beatrice Fihn, directrice internationale d’ICAN, précisant : "Notre lumière maintenant est le traité d’interdiction des armes nucléaires."

Ce prix Nobel de la paix vient récompenser à la fois un objectif atteint — l’adoption du traité d’interdiction des armes nucléaires, le 7 juillet dernier (cf. le précédent numéro de la revue) — et une méthode de travail reposant sur une campagne internationale collective. En effet, ICAN est une coalition regroupant près de 500 associations réparties dans une centaine de pays.

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"Les armes nucléaires ne sont pas un mal nécessaire, elles sont le mal ultime." - Setsuko Thurlow

Focus humanitaire

La campagne pour abolir les armes nucléaires a été lancée en 2007 à Melbourne en Australie, sur une initiative de l’Association internationale des médecins pour la prévention de la guerre nucléaire (IPPNW). L’objectif était de sortir le débat sur les enjeux des armes nucléaires des mains des puissances nucléaires pour le repositionner sur les conséquences humanitaires de ces armes de destruction massive. Sur les risques ingérables qu’une utilisation, même accidentelle, entraînerait tant au niveau de la population que de l’environnement.

Sur la méthode de travail adoptée, ICAN a coordonné des journées d’action mondiales, sensibilisé le public et s’est engagée dans des actions de plaidoyer à l’ONU comme dans les parlements nationaux. Un accent particulier a été porté non seulement sur les survivants des bombardements atomiques américains d’Hiroshima et de Nagasaki, mais également sur ceux des plus de 2 000 essais nucléaires réalisés dans le monde, dont 210 par la France.

En France, dès 2007, à l’initiative alors du Mouvement de la paix, les organisations luttant pour le désarmement nucléaire se sont regroupées pour développer la nouvelle campagne et participer aux différentes initiatives. À partir de 2013, le collectif ICAN France s’est doté d’une structure associative qui s’est ensuite élargie aux individus et a engagé de nombreuses actions en direction notamment des étudiants.

D’ailleurs, ICAN France a envoyé à Oslo une délégation de cinq personnes — dont quatre jeunes femmes — Izadora, Jade, Marion et Stella — pour participer aux festivités autour de la remise du prix Nobel. Et au printemps 2018, une nouvelle ICAN Académie sera organisée à Paris pour une quarantaine de jeunes francophones [1] .

Déconstruire le mythe sécuritaire de la bombe

Certes, si ce prix Nobel de la paix vient récompenser le travail accompli depuis une dizaine d’années pour l’adoption du traité d’interdiction, il souligne également tout le chemin qu’il nous reste à accomplir pour obtenir l’élimination de la menace nucléaire. C’est une responsabilité importante qui est déposée entre les mains de la société civile après ce qu’il faut bien appeler l’échec — le refus ! — des États nucléaires à aller vers un monde sans armes nucléaires, malgré leurs nombreux engagements... Dont notamment celui pris dans le cadre du Traité de non-prolifération (TNP).

Cela explique pourquoi les puissances nucléaires, après avoir ignoré la dynamique initiée par ICAN, n’ont eu de cesse de critiquer le traité d’interdiction, pratiquant la politique de la chaise vide durant les négociations. Et maintenant que le traité est ouvert à la signature, de faire pression sur les États pour qu’ils ne le signent pas, avec, ceci dit, le plus grand mépris des valeurs démocratiques que la plupart d’entre eux prétendent défendre au sein de l’ONU.

Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, allant même jusqu’à déclarer à l’encontre des 122 États qui ont adopté le traité d’interdiction : "Sur ce sujet, la politique de l’incantation confine à l’irresponsabilité." Plusieurs initiatives (conférences, déplacement de la ministre des Armées, tribunes dans les médias), ont été organisées ces derniers mois pour promouvoir la politique de dissuasion nucléaire et la nécessité de renouveler l’arsenal... Des manifestions qui vont se développer et qui montrent à quel point les "penseurs de la bombe" sont sur la défensive !

De son côté, ICAN France va poursuivre le travail de déconstruction du mythe sécuritaire de la dissuasion nucléaire et promouvoir le Traité d’interdiction des armes nucléaires pour sortir de la logique de terreur et des crises à répétition provoquées par la prolifération nucléaire (hier l’Iran, aujourd’hui la Corée du Nord, et demain ???). Ce travail d’information et de conscientisation sur les enjeux sécuritaires, humanitaires, sanitaires, environnementaux, économiques de l’arme nucléaire se fera bien évidemment en direction de tous les publics : étudiants, organisations de jeunesse, ONG, grand public, parlementaires et journalistes.

De même la confrontation des idées se poursuivra avec les décideurs politiques pour leur rappeler que ce n’est pas par l’exercice de la terreur que l’on peut renforcer la sécurité, mais au contraire en renforçant la sécurité de l’autre que l’on assure notre sécurité. Prétendre assurer notre sécurité par la dissuasion nucléaire, est au contraire le plus grand facteur de la prolifération nucléaire.

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Une grue en origami, symbole de paix.

C’est par l’ouverture d’un véritable débat que l’opinion publique française — aujourd’hui encore acquise pour une large part à la croyance en la dissuasion nucléaire comme facteur de paix — réalisera le risque et les conséquences catastrophiques de cette politique pour la survie de l’humanité, à l’égal, par exemple, de la crise climatique. Un enjeu énorme nécessitant la participation de toutes et tous. Pour que le prix Nobel ne reste pas un symbole vain.

Patrice Bouveret Membre du comité d’animation de ICAN France et co-fondateur de l’Observatoire des armements

Choisir entre "la fin des armes nucléaires, ou notre fin"

Dans son intervention lors de la remise du prix Nobel [2], Béatrice Fihn a invité les États à adhérer au Traité d’interdiction des armes nucléaires : "Il n’est pas irrationnel de penser que les pays possédant l’arme nucléaire peuvent désarmer. Il n’est pas idéaliste de croire en la vie plutôt que la mort, c’est une nécessité. Chacun d’entre nous fait face à ce choix. Que les États-Unis choisissent la liberté plutôt que la peur. Que la Russie choisisse le désarmement plutôt que la destruction. Que le Royaume-Uni choisisse l’état de droit plutôt que l’oppression. Que la France choisisse les droits de l’Homme plutôt que la terreur. Que la Chine choisisse la raison plutôt que l’irrationalité. Que l’Inde choisisse le discernement plutôt que l’absurdité. Que le Pakistan choisisse la logique plutôt que l’apocalypse. Qu’Israël choisisse le bon sens plutôt que l’anéantissement. Que la Corée du Nord choisisse la sagesse plutôt que la ruine."



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