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Revue de presse

Mai 2015 / Agora Vox

Nucléaire, le syndrome du Titanic



Source : Agora Vox

http://www.agoravox.fr/actualites/technologies/article/nucleaire-le-syndrome-du-titanic-167631

Nucléaire, le syndrome du Titanic

Tout comme le Titanic, en effet, lui qui était réputé insubmersible, les tenants de cette énergie étaient convaincus qu’elle était l’avenir, et malgré les catastrophes récentes, ils se refusent encore à imaginer pouvoir s’être trompé…et pourtant.

Longtemps, les promoteurs du nucléaire ont assuré que les probabilités d’un accident majeur étaient quasi nulles, voire nulles…jusqu’à la date fatidique du 26 avril 1986, ou, à Tchernobyl, suite à une cascade d’erreurs humaines, un réacteur est entré en fusion, générant un corium qui a traversé béton et métal sans trouver la moindre résistance.

À l’époque, on se souvient que les experts en nucléaire avaient affirmé que cette catastrophe n’avait été rendue possible qu'à cause d'une technologie défaillante…

Aujourd’hui les conséquences sanitaires de la catastrophe sont loin d’être réglées…lien

Le professeur Youri Bandajevski assure que, au-delà des victimes directes (entre 600 000 à 1 million de liquidateurs) il a détecté que, sur 3088 enfants et adolescents examinés, 81,9% d’entre eux souffrent d’anomalies cardiaques. lien

Auparavant, il y avait eu St Laurent des Eaux, le 17 octobre 1969, avec la fusion de 50 kilos d’uranium, accident qui a été bien caché, (lien) puis Three-Miles Island, un certain 28 mars 1979, ou l’on était passé à 2 doigts de la catastrophe, avec un début de fusion du cœur du réacteur…lien

Puis est arrivé Fukushima, et dans ce cas précis, il n’est plus possible d’avancer l'arguement d'une technologie défaillante, les japonais étant considérés par les nucléocrates comme parmi les plus performants en ce domaine.

Et pourtant, là aussi, une cascade d’erreurs humaines à provoqué la fusion de 3 réacteurs, dont on ne sait aujourd’hui où se trouvent les coriums en balade.

Aujourd’hui, la catastrophe continue malgré les efforts considérables des lobbys de vouloir minimiser à l’infini les conséquences actuelles et à venir.

Des centaines de milliers d’énormes sacs plastiques, emplis de terre polluée s’entassent sur des hectares photo..,

Quand une mère amène son enfant qui saigne du nez, craignant que ça soit un effet des radiations, il lui est répondu : « ne soyez pas idiote »…

Pourtant le docteur Sachihiko Fuse évoque l’augmentation certaine des cancers de la thyroïde, affirmant que « les gens qui sont morts après le tsunami sont bien plus nombreux que ceux qui sont morts pendant »…transmis à ceux qui affirment « Fukushima, zéro morts »…

Quand au gouvernement, il pousse les déplacés à revenir dans leurs maison, en zone contaminée, ce qui lui permettrait de mettre fin aux compensations financières…

Akemi Shima, mère de 2 ados, les trouve affaiblis : « mon enfant perdait ses cheveux (…) sa peau virait au rouge, tombait comme celle d’un serpent…sa sœur a eu un petit morceau d’os qui lui a poussé dans la jambe, les médecins l’ont enlevé en disant que ce n’était rien »…lien

Quant aux cancers thyroïdiens, dont on sait qu’ils sont rarissimes (de 1 à 3 cas par million d’enfants), ils connaissent au Japon une explosion exponentielle.

Sur les 385 000 enfants sous surveillance médicale, 103 présentent un cancer thyroïdien et depuis les 3 mois qui viennent de s’écouler, on a dénombré 16 nouveaux cas. lien

Récemment, 30 chercheurs ont autopsié 17 dauphins échoués sur une plage japonaise, et d’après Yuko Tajima, qui dirige les recherches, « les poumons de la majorité d’entre eux étaient blancs pour cause d’ischémie, une maladie vasculaire qui diminue l’apport sanguin vers un organe », ajoutant : « il a été démontré que les radiations ionisantes à petites doses et sous certaines conditions sont considérées comme étant un des mécanismes de base des maladies ischémiques ». lien

Tragique quand l’on sait que la traduction de « Fuku-Shima » est « l’ile du bonheur ».

Quittons le Japon pour l’Europe.

 

La filière nucléaire traverse depuis quelques mois une grave crise due en grande partie à de mauvais placements, et aux multiples défauts des EPR.

L’année 2014 s’est achevée pour le groupe nucléaire par une perte sèche de 52,03% de son action boursière. lien

Quant aux investissements faits par l’entreprise nucléaire, ils sont pour certains plus que discutables : 1,8 milliards investis pour l’achat d’Uramin, dont les actifs, des mines d’uranium en RCA, mais surtout en Namibie, se sont très vite avérés surévalués. lien

Et puis il y a eu les EPR…ce « fleuron » voulu par les tenants du nucléaire.

Celui de Finlande est à l’arrêt, peut-être définitivement, l’affaire se trouvant dans les mains de la justice internationale, et si la Finlande gagne les procédures, Areva sera en faillite, affirme le député EELV Pascal Canfin « on nous a dit pendant des années qu’Areva était le champion industriel français, que c’était la quintessence du savoir-faire français.(…) Le chantier qui a pris 9 ans de retard, pourrait encore lui faire perdre 4 milliards d’euros (…) le groupe vient de perdre 5 milliards d’euros et n’a absolument pas les moyens de payer les milliards d’euros de dédommagement liés au fait que le chantier accumule les retards  ». lien

Quant à celui de Flamanville, depuis qu’une « anomalie » a été découverte dans la cuve, l’IRSN « assure qu’ils feront leur propre calculs, et prendront l’avis d’experts extérieurs, français ou étrangers, si besoin ». lien

Chez Areva, on fait tout pour rassurer, (et se rassurer) et c’est compréhensible, car la fabrication d’une cuve demande plusieurs années, et pour Greenpeace, ce retard supplémentaire condamnerait définitivement les EPR, d’autant que 6 autres cuves pourraient connaitre les mêmes problèmes, dont celles de Taishan en Chine, et celle de Hinkley, en Grande Bretagne, centrale nucléaire dont la construction était déjà hypothétique. lien

Au-delà de ces "péripéties", il est amusant de constater à quel point, chez les pratiquants nucléaires, on aime jouer sur les mots, en se refusant à évoquer « des défauts majeurs », lui préférant « anomalie ».

Pourtant, comment ne pas qualifier de « défaut majeur  » des fragilités dans la composition de l’acier de la cuve, pièce maitresse d’une centrale nucléaire puisqu’elle est soumise à des pressions redoutables ?

C’est dans le même ordre d’idée que lors des récents accidents qu’à connu la centrale de Fessenheim, EDF s’en tenait au mot « incident ».

Pourtant, le 13 décembre 2014, à 0h37, lorsque des pompes gigantesques capables de vider une piscine olympique en 1 heure, s’emballent et se mettent à tourner à plus de 5200 tours/minute, lorsque plusieurs soupapes basse pression éclatent, lorsqu’il y a rupture d’une ligne d’admission de soupapes par fatigue vibratoire, et lorsque la gravité de la situation amène EDF a faire appel à sa Task-force nationale, le mot « incident » semble bien peu approprié. lien

On se souvient qu’il n’y a pas si longtemps, dans cette même centrale nucléaire, la rupture brutale d’une canalisation, provoquant la fuite de plus de 100 mètres cube d’eau, avait été qualifiée de « défaut d’étanchéité  ». lien

Mais revenons à Flamanville.

Le bilan n’est donc pas fameux : déjà plus de 4 ans de retard avant la mise en service, et, si la cuve doit être refaite, quelques années de plus s’ajouteront…le budget initial a été déjà multiplié par 3, et va continuer de grimper, ce qui met d’ores et déjà l’énergie nucléaire plus chère que les énergies propres et renouvelables.

En effet, déjà début avril 2015, un rapport caché, commandé par l’ADEME, révélait déjà que 100% d’énergies renouvelables ne coûterait pas beaucoup plus cher que de maintenir le nucléaire. lien

Mais si tout le nucléaire français provenait des réacteurs EPR, ce qui est le but avoué du gouvernement actuel, le prix de l’électricité nucléaire dépasserait largement celui des énergies propres, ce qui était déjà prouvé dès 2013. lien

C’est aussi la réflexion que s’est fait récemment Daniel Lincot, médaille d’argent au CNRS, se basant sur la contribution de Géraud Guibert, président de la Fabrique Ecologique. lien

Dommage que le 1er ministre toujours dressé sur ses ergots continue à ignorer la réalité de la situation, et a affirmer contre toute attente que « le nucléaire a un avenir », assurant que c’est « une force pour la France » (lien), alors qu’il est de plus en plus évident qu’il en est le talon d’Achille.

Déclaration d’autant plus surprenante que le 20 mai 2015, les députés ont confirmé la réduction de la part du nucléaire… lien

Comme dit mon vieil ami africain : « mille sages ne peuvent retirer la pierre que le fou a jeté dans le puits ». 

le dessin illustrant l’article est de la main de Jart

Merci aux internautes de leur aide précieuse

Olivier Cabanel

 

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