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Sortir du nucléaire n°67

Novembre 2015

Livres

Nous avons lu...

Novembre 2015




La sélection littérature écologiste et antinucléaire en chroniques pour cet hiver :



Saison Brune

Philippe Squarzoni, Éd. Delcourt, 2012, 29,95 €, à commander en librairie

Saison Brune est un roman graphique sur les changements climatiques. L’auteur, profane, va se questionner sur les causes de ces bouleversements, et les solutions qu’on peut y apporter. Une critique très complète de la société de consommation et du capitalisme grâce à une approche systémique, dans laquelle se succèdent les interviews d’experts, entrecoupée d’instants de vie de Philippe Squarzoni. De nombreuses références à des films comme "2001 l’Odyssée de l’espace" de Kubrick, ou encore à "Ran" de Kurosawa, relèvent encore la qualité du récit.

La position de l’auteur est très intéressante car elle ne part d’aucun a priori et ne préjuge de rien. Ainsi, sur les solutions, son entretien avec Jean Jouzel – membre du GIEC et du CEA – l’entraînera petit à petit sur la question du nucléaire comme solution face aux changement climatique. Une solution qu’il rejettera plus tard dans l’enquête, suite notamment à son entretien avec Bernard Laponche. La poursuite du nucléaire, nous dit l’auteur, est "un déni de réalité, un mirage technologique, une fuite en avant, une illusion".

La force de ce livre tient dans la qualité de l’enquête, un roman assez noir, mais tristement réaliste. L’ouvrage a reçu en 2012 le prix du jury de la BD de Lyon et le prix de l’Académie Française.

Mélisande Seyzériat

Tchernobyl - Conséquences de la catastrophe sur la population et l’environnement

Alexey Yablokov, Vassily Nesterenko, Alexey Nesterenko Télécharger gratuitement le livre ou en acheter un exemplaire imprimé : http://independentwho.org/fr/2015/04/17/livre-tchernobyl-consequences

Publié en russe en 2007, en anglais en 2009 et en japonais en 2013, ce livre fondamental paraît enfin en français. Il a été écrit par trois immenses chercheurs qui ont collationné et résumé plusieurs milliers de publications scientifiques, dont une large part n’était jusqu’en 2009 accessible qu’aux russophones, concernant les effets de la catastrophe dans le monde entier.

La présente édition a été revue et complétée par Yablokov avec les nouvelles publications scientifiques jusqu’en 2012. Un élément précieux a été rajouté : des textes administratifs et juridiques russes montrant l’acharnement des autorités de ce pays, comme du nôtre, à falsifier les données, camoufler les effets, nier la réalité des faits.

Il faut lire ce livre majeur pour prendre la mesure des effets dévastateurs des contaminations radioactives pour la santé humaine et tout ce qui vit sur terre. Par exemple, j’ai été choquée d’y découvrir la corrélation entre la proportion de nouveaux-nés de moins de 1,5 kg et le taux de strontium-90 dans le sol... au Pays de Galles, à 2300 km de là ! (p. 69). Plus tard, en traduisant les chapitres consacrés à la vie animale, végétale, aux micro- organismes, j’ai découvert que toute vie est lésée par la radioactivité.

Marie-Élise Hanne

Faute de temps

John Brunner, Éd. Le Passager clandestin, 2015, 126 p., 7 €, à commander en librairie.

Haletante et glaçante, cette novella de John Brunner, écrite en 1963 et ré-éditée par les éditions du Passager clandestin dans leur excellente collection Dyschroniques, mêle habilement anticipation et fantastique pour dénoncer la menace d’anéantissement de la civilisation humaine par les arsenaux nucléaires. Tourmenté dans ses rêves par d’étranges personnages décharnés depuis la mort de son fils unique, le docteur Max Harlow voit un soir débarquer chez lui un clochard famélique, à l’agonie, qui tient serré dans sa main une phalange ; celle-là même que le médecin vient de voir dans son sommeil... Harlow est l’un des rares médecins susceptibles d’identifier la maladie rare dont l’individu est affecté, et qui est en train de le tuer après qu’il a mangé des frites et du poisson. Coïncidences ? Mais impossible d’en apprendre plus au réveil de l’individu, qui ne parle pas anglais... Au fil du récit, l’angoisse d’Harlow grandit, tandis que s’échafaude peu à peu dans sa tête une théorie qui relie en un tout cohérent les éléments disparates de ce mystère, qu’expliquerait l’annihilation future de la civilisation par les armes atomiques. Prescience ou folie d’un médecin gravement affecté par le décès prématuré de son enfant ?

Xavier Rabilloud

Atlas mondial du nucléaire – une étape dans la transition énergétique

Corinne Lepage et Xemartin Laborde, Éd. Autrement, 2015, 19,90 €, à commander en librairie.

Avec cet Atlas mondial du nucléaire, Corinne Lepage dresse un panorama très complet du nucléaire dans le monde, avec une mise en perspective des différentes stratégies. Grâce à un précieux travail de cartographie, cet ouvrage est une mine d’informations. On y retrouve les cartes de risques, de contaminations... L’autrice s’attarde évidemment sur la France, pays le plus nucléarisé au monde. Tout est passé en revue, des projets en cours aux acteurs. Le graphique sur "la constellation" du lobby nucléaire est particulièrement éloquent, il permet de distinguer à quel point les partis, les entreprises et les think-tank s’imbriquent pour former ce mastodonte que nous combattons.

Nous avons apprécié le chapitre sur la transition énergétique allemande, tout le temps décriée dans les médias pour son recours au charbon, mais qui en réalité devrait réussir le pari d’une réduction de 80% de ses émissions de gaz à effet de serre avant 2050.

Malheureusement, et c’est le risque avec ce type d’ouvrage, il est déjà un peu daté alors qu’il est paru cette année. Dans sa conclusion Corinne Lepage parle des trois scénarios de l’ADEME, dont le plus "radical" portait à 18% la part du nucléaire en France, pourtant, l’agence a depuis sorti un scénario à 100% d’énergie renouvelable.

Mélisande Seyzériat

Black out - Demain il sera trop tard

Marc Elsberg, Éd Piranha, 2015, 476 p., 22 €, à commander en librairie.

Ce gros roman qu’on lâche difficilement une fois commencé, très bien écrit (best-seller en Allemagne et traduit en plusieurs langues) et très bien documenté dévoile au fil d’un récit haletant la dépendance totale de nos sociétés industrialisées à l’électricité. Mieux que 20 rapports sur la question de la vulnérabilité des réseaux électriques, il fait saisir à quel point des millions de vies, les nôtres, ne tiennent qu’à un fil, ou plutôt à une ligne à haute tension. Sur le mode du thriller, l’auteur nous plonge dans le noir, mais aussi dans l’implosion ultra-rapide du tissu social, lors d’une panne électrique à grande échelle sur le continent européen. Où l’on assiste – par exemple - à l’effet domino sur des centrales nucléaires privées de refroidissement... En parallèle, il nous tient en haleine dans les pas de l’ex-hacker Piero Manzano qui se retrouve jusqu’au coup impliqué dans une enquête policière sous haute pression.

Xavier Rabilloud

Du vent ! - Nouvelles du monde qui vient et images de demain

Éd. du Larzac, www.lherbesouslepied.fr, 52 pages et 6 cartes postales, 13 €, à commander en librairie.

Pour ce livre, tout est parti des "littérales", six cartes postales militantes incluses dans l’ouvrage. Sur le principe une carte/un auteur, elles ont été proposées comme libre support d’inspiration à six auteurs liés au Larzac par leur engagement. Chaque texte, largement illustré, fait entendre la voix singulière de son auteur, répondant à tous les autres.

Patrick Herman y évoque la désastreuse histoire des parasurtenseurs sur les lignes téléphoniques, munis d’ampoules en verre contenant des produits radioactifs. Des agents PTT ont reçu des doses en toute ignorance jusqu’en 1978 où leur usage fut interdit, mais rien ne fut fait pour les récupérer jusqu’en 2008 ! Combien de cancers de la thyroïde, de la vessie, de la prostate chez les ex-agents des PTT ? Valéry Borraz, promoteur de l’autonomie énergétique, revient sur l’aventure de Jean Pain qui va promouvoir le compost de broussailles avec broyat des déchets verts et récupération du biogaz dans les années 70. Les procédés de compostage et de méthanisation respectent les cycles de la matière tout en libérant de l’énergie sous forme de chaleur et de gaz. Et Borraz repose les questions d’un comportement sobre à tous les niveaux.

Également à découvrir dans le livre des textes de Fabrice Nicolino, Christian Roqueirol, Morgane Blanc et Solveig Lefort.

Alain Joffre

Saison Brune

Philippe Squarzoni, Éd. Delcourt, 2012, 29,95 €, à commander en librairie

Saison Brune est un roman graphique sur les changements climatiques. L’auteur, profane, va se questionner sur les causes de ces bouleversements, et les solutions qu’on peut y apporter. Une critique très complète de la société de consommation et du capitalisme grâce à une approche systémique, dans laquelle se succèdent les interviews d’experts, entrecoupée d’instants de vie de Philippe Squarzoni. De nombreuses références à des films comme "2001 l’Odyssée de l’espace" de Kubrick, ou encore à "Ran" de Kurosawa, relèvent encore la qualité du récit.

La position de l’auteur est très intéressante car elle ne part d’aucun a priori et ne préjuge de rien. Ainsi, sur les solutions, son entretien avec Jean Jouzel – membre du GIEC et du CEA – l’entraînera petit à petit sur la question du nucléaire comme solution face aux changement climatique. Une solution qu’il rejettera plus tard dans l’enquête, suite notamment à son entretien avec Bernard Laponche. La poursuite du nucléaire, nous dit l’auteur, est "un déni de réalité, un mirage technologique, une fuite en avant, une illusion".

La force de ce livre tient dans la qualité de l’enquête, un roman assez noir, mais tristement réaliste. L’ouvrage a reçu en 2012 le prix du jury de la BD de Lyon et le prix de l’Académie Française.

Mélisande Seyzériat

Tchernobyl - Conséquences de la catastrophe sur la population et l’environnement

Alexey Yablokov, Vassily Nesterenko, Alexey Nesterenko Télécharger gratuitement le livre ou en acheter un exemplaire imprimé : http://independentwho.org/fr/2015/04/17/livre-tchernobyl-consequences

Publié en russe en 2007, en anglais en 2009 et en japonais en 2013, ce livre fondamental paraît enfin en français. Il a été écrit par trois immenses chercheurs qui ont collationné et résumé plusieurs milliers de publications scientifiques, dont une large part n’était jusqu’en 2009 accessible qu’aux russophones, concernant les effets de la catastrophe dans le monde entier.

La présente édition a été revue et complétée par Yablokov avec les nouvelles publications scientifiques jusqu’en 2012. Un élément précieux a été rajouté : des textes administratifs et juridiques russes montrant l’acharnement des autorités de ce pays, comme du nôtre, à falsifier les données, camoufler les effets, nier la réalité des faits.

Il faut lire ce livre majeur pour prendre la mesure des effets dévastateurs des contaminations radioactives pour la santé humaine et tout ce qui vit sur terre. Par exemple, j’ai été choquée d’y découvrir la corrélation entre la proportion de nouveaux-nés de moins de 1,5 kg et le taux de strontium-90 dans le sol... au Pays de Galles, à 2300 km de là ! (p. 69). Plus tard, en traduisant les chapitres consacrés à la vie animale, végétale, aux micro- organismes, j’ai découvert que toute vie est lésée par la radioactivité.

Marie-Élise Hanne

Faute de temps

John Brunner, Éd. Le Passager clandestin, 2015, 126 p., 7 €, à commander en librairie.

Haletante et glaçante, cette novella de John Brunner, écrite en 1963 et ré-éditée par les éditions du Passager clandestin dans leur excellente collection Dyschroniques, mêle habilement anticipation et fantastique pour dénoncer la menace d’anéantissement de la civilisation humaine par les arsenaux nucléaires. Tourmenté dans ses rêves par d’étranges personnages décharnés depuis la mort de son fils unique, le docteur Max Harlow voit un soir débarquer chez lui un clochard famélique, à l’agonie, qui tient serré dans sa main une phalange ; celle-là même que le médecin vient de voir dans son sommeil... Harlow est l’un des rares médecins susceptibles d’identifier la maladie rare dont l’individu est affecté, et qui est en train de le tuer après qu’il a mangé des frites et du poisson. Coïncidences ? Mais impossible d’en apprendre plus au réveil de l’individu, qui ne parle pas anglais... Au fil du récit, l’angoisse d’Harlow grandit, tandis que s’échafaude peu à peu dans sa tête une théorie qui relie en un tout cohérent les éléments disparates de ce mystère, qu’expliquerait l’annihilation future de la civilisation par les armes atomiques. Prescience ou folie d’un médecin gravement affecté par le décès prématuré de son enfant ?

Xavier Rabilloud

Atlas mondial du nucléaire – une étape dans la transition énergétique

Corinne Lepage et Xemartin Laborde, Éd. Autrement, 2015, 19,90 €, à commander en librairie.

Avec cet Atlas mondial du nucléaire, Corinne Lepage dresse un panorama très complet du nucléaire dans le monde, avec une mise en perspective des différentes stratégies. Grâce à un précieux travail de cartographie, cet ouvrage est une mine d’informations. On y retrouve les cartes de risques, de contaminations... L’autrice s’attarde évidemment sur la France, pays le plus nucléarisé au monde. Tout est passé en revue, des projets en cours aux acteurs. Le graphique sur "la constellation" du lobby nucléaire est particulièrement éloquent, il permet de distinguer à quel point les partis, les entreprises et les think-tank s’imbriquent pour former ce mastodonte que nous combattons.

Nous avons apprécié le chapitre sur la transition énergétique allemande, tout le temps décriée dans les médias pour son recours au charbon, mais qui en réalité devrait réussir le pari d’une réduction de 80% de ses émissions de gaz à effet de serre avant 2050.

Malheureusement, et c’est le risque avec ce type d’ouvrage, il est déjà un peu daté alors qu’il est paru cette année. Dans sa conclusion Corinne Lepage parle des trois scénarios de l’ADEME, dont le plus "radical" portait à 18% la part du nucléaire en France, pourtant, l’agence a depuis sorti un scénario à 100% d’énergie renouvelable.

Mélisande Seyzériat

Black out - Demain il sera trop tard

Marc Elsberg, Éd Piranha, 2015, 476 p., 22 €, à commander en librairie.

Ce gros roman qu’on lâche difficilement une fois commencé, très bien écrit (best-seller en Allemagne et traduit en plusieurs langues) et très bien documenté dévoile au fil d’un récit haletant la dépendance totale de nos sociétés industrialisées à l’électricité. Mieux que 20 rapports sur la question de la vulnérabilité des réseaux électriques, il fait saisir à quel point des millions de vies, les nôtres, ne tiennent qu’à un fil, ou plutôt à une ligne à haute tension. Sur le mode du thriller, l’auteur nous plonge dans le noir, mais aussi dans l’implosion ultra-rapide du tissu social, lors d’une panne électrique à grande échelle sur le continent européen. Où l’on assiste – par exemple - à l’effet domino sur des centrales nucléaires privées de refroidissement... En parallèle, il nous tient en haleine dans les pas de l’ex-hacker Piero Manzano qui se retrouve jusqu’au coup impliqué dans une enquête policière sous haute pression.

Xavier Rabilloud

Du vent ! - Nouvelles du monde qui vient et images de demain

Éd. du Larzac, www.lherbesouslepied.fr, 52 pages et 6 cartes postales, 13 €, à commander en librairie.

Pour ce livre, tout est parti des "littérales", six cartes postales militantes incluses dans l’ouvrage. Sur le principe une carte/un auteur, elles ont été proposées comme libre support d’inspiration à six auteurs liés au Larzac par leur engagement. Chaque texte, largement illustré, fait entendre la voix singulière de son auteur, répondant à tous les autres.

Patrick Herman y évoque la désastreuse histoire des parasurtenseurs sur les lignes téléphoniques, munis d’ampoules en verre contenant des produits radioactifs. Des agents PTT ont reçu des doses en toute ignorance jusqu’en 1978 où leur usage fut interdit, mais rien ne fut fait pour les récupérer jusqu’en 2008 ! Combien de cancers de la thyroïde, de la vessie, de la prostate chez les ex-agents des PTT ? Valéry Borraz, promoteur de l’autonomie énergétique, revient sur l’aventure de Jean Pain qui va promouvoir le compost de broussailles avec broyat des déchets verts et récupération du biogaz dans les années 70. Les procédés de compostage et de méthanisation respectent les cycles de la matière tout en libérant de l’énergie sous forme de chaleur et de gaz. Et Borraz repose les questions d’un comportement sobre à tous les niveaux.

Également à découvrir dans le livre des textes de Fabrice Nicolino, Christian Roqueirol, Morgane Blanc et Solveig Lefort.

Alain Joffre