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Non, l’Allemagne n’a pas recours au charbon pour sortir du nucléaire




Grâce à un soutien institutionnel inscrit dans la durée, la transition énergétique permet à l’Allemagne de mener à bien une sortie du nucléaire qui sera totale en 2022, tout en maintenant ses émissions de gaz à effet de serre (GES) en baisse quasi continue depuis 25 ans. Le pays vise une réduction de ses émissions de 55 % en 2030 par rapport à 1990.

En dix ans seulement, la part d’électricité renouvelable en Allemagne est passée de 9 % à 26 % en moyenne annuelle [1], dépassant parfois 50 % les jours ensoleillés ou venteux. [2] Depuis Fukushima, l’essor des renouvelables et l’efficacité ont plus que compensé la réduction du nucléaire allemand. [3]

Contrairement à l’idée reçue, l’Allemagne n’a pas recours au charbon pour sortir du nucléaire. [4]

La première loi de sortie du nucléaire a été votée en 2002 par les parlementaires allemands de la coalition SPD-Grünen (sociaux-démocrates et écologistes) du chancelier Gehrard Schröder. Mi-novembre 2003, le réacteur nucléaire de Stade ferme définitivement, puis en 2005 c’est au tour du réacteur d’Obrigheim. En 2010, le gouvernement d’Angela Merkel enterre la sortie du nucléaire, puis face à la pression populaire et politique la remet à l’ordre du jour en 2011 après la catastrophe de Fukushima. Huit réacteurs nucléaires sont alors fermés définitivement en août 2011. Un neuvième réacteur, Grafenrheinsfeld, est fermé définitivement en juin 2015.

De 2003 à 2014, l’accroissement continu de la production électrique issue des énergies renouvelables a plus que compensé - et cela non pas seulement en moyenne sur la période, mais bien chaque année -, la réduction de la production électrique nucléaire annuelle par rapport à l’année 2002 (avant la fermeture du premier réacteur). Sur la période 2011-2014, qui a connu la fermeture de 8 réacteurs, la réduction du parc nucléaire par rapport à 2002 a représenté un "manque" de production électrique de 257,3 TWh, mais les renouvelables ont produit dans le même temps 396,2 TWh, soit un excédent de 138,9 TWh ! [5]

Certes, plusieurs centrales à charbon mises en chantier entre 2005 et 2009 sont entrées en service de 2012 à 2015. Quatre centrales à charbon mises en chantier avant Fukushima devraient encore entrer prochainement en service : Moorburg A (766 MW) et Wilhelmshaven (731 MW) d’ici fin 2015, et, à des échéances reportées et désormais inconnues, Datteln (1055 MW) ainsi que Hamm D (765 MW) dont un problème technique retarde la mise en service depuis novembre 2013. [6] [7]

Depuis l’arrêt définitif de 8 réacteurs nucléaires en 2011, aucun nouveau chantier de centrale à charbon n’a démarré, et pas moins de 6 projets ont été définitivement annulés ! [8] Seuls deux projets de centrales à charbon destinées à alimenter le réseau électrique ont été annoncés après Fukushima : Profen, suspendu depuis avril 2015 [9], et BoAplus Niederaussem, qui pourrait ne jamais être concrétisé faute de rentabilité prévisible et qui a été initialement prévu par RWE pour remplacer divers moyens de production (dont aucun réacteur nucléaire) qui seront fermés en 2025.

Le prix mondial du charbon a accusé une baisse considérable de plus de 30 % depuis 2011 [10]. Les prix ont subi les effets d’une offre surabondante, en partie à cause du boom du gaz de schiste aux États-Unis, mais également de l’augmentation de la capacité de production en Asie. [11]

En Allemagne, la concurrence des renouvelables fait baisser les prix de gros de l’électricité. Or, au niveau mondial, le gaz est actuellement plus cher que le charbon, et les dépenses en combustible représentent une part importante des frais de fonctionnement des centrales à gaz. : les opérateurs allemands ferment donc d’abord des centrales à gaz, moins émettrices de CO2 mais plus chères à faire tourner que les centrales à charbon.

En 2014, la production électrique à base de charbon a baissé de 6 % par rapport à 2013 [12] et les émissions de gaz à effet de serre du pays de 4,3 %, tandis que sa consommation totale d’énergies fossiles atteignait son plus bas niveau en 35 ans. [13] Certes, l’hiver particulièrement doux y a nettement contribué par la réduction des besoins en chauffage, mais même en corrigeant cet effet climatique, une baisse de 1,5 à 2% reste observée. [14] Et alors même que l’hiver plus rigoureux a vu la consommation totale d’énergie remonter de 3% au premier semestre 2015 par rapport à la même période l’année précédente, la production électrique à base de charbon a encore baissé de plus de 1%. [15] De plus, d’ici 2020, plusieurs centrales à charbon totalisant 2,7 GW seront mises durablement « sous cocon », inactives sauf urgence. [16] Après la sortie du nucléaire, l’Allemagne a en perspective la sortie du charbon.


Notes

[1Plus précisément, de 9,2 % en 2004 à 26,2 % en 2014. AG Energiebilanzen, "Bruttostromerzeugung in Deutschland ab 1990 nach Energieträgern", 27 février 2015

[2En l’état des données en février 2015, le record historique s’est établi à 80 % de la consommation d’électricité allemande assurée par les énergies renouvelables à midi le 11 mai 2014. Agora Energiewende, "Report on the German power system", février 2015, p.14

[3De 2010 à 2014, la production d’électricité nucléaire a baissé de 43,5 TWh/an tandis que la production d’électricité renouvelable a augmenté de 55,8 TWh/an. Agora Energiewende, "Zuwachs bei Erneuerbaren Energien macht Grafenrheinfeld-Aus spielend wett", 2 juillet 2015

[4Voir également : Conrad Kunze, Paul Lehmann, Energy Post, "The myth of the dark side of the Energiewende", 17 février 2015 ; traduction française par le Réseau "Sortir du nucléaire".

[5Calcul à partir des statistiques de production électrique d’AG Energiebilanzen.

[6Bundesnetzagentur, Kraftwerkliste, 1er juin 2015

[8Craig Morris, "Germany builds minus six coal plants after nuclear phaseout", 29 avril 2013 ; Craig Morris, "Zero German coal plants as a reaction to Fukushima", 27 mai 2015 ; Deutsche Umwelthilfe (DUH), "Kohlekraftwerksprojekte in Deutschland", octobre 2013 ; Bundesverband der Energie- und Wasserwirtschaft (BDEW), "BDEW-Kraftwerksliste", 13 avril 2015, et version anglaise établie par Reuters

[11Conrad Kunze, Paul Lehman, "The myth of the dark side of the Energiewende", 17 février 2015, traduction française

[12Charbon et lignite ont produit 282,6 TWh en 2013, et 264,8 TWh en 2014. AG Energiebilanzen, "Bruttostromerzeugung in Deutschland ab 1990 nach Energieträgern", 27 février 2015

[13Thomas Gerke, "Plummeting demand, renewables slightly up and fossil power generation at a 35 year low", Renewables International, 22 décembre 2014

[14Craig Morris, "Lower energy consumption in Germany explained", 12 mars 2015

[16Voir par exemple : Denis Cosnard, "L’Allemagne va arrêter plusieurs vieilles centrales au charbon", Le Monde, 2 juillet 2015

Grâce à un soutien institutionnel inscrit dans la durée, la transition énergétique permet à l’Allemagne de mener à bien une sortie du nucléaire qui sera totale en 2022, tout en maintenant ses émissions de gaz à effet de serre (GES) en baisse quasi continue depuis 25 ans. Le pays vise une réduction de ses émissions de 55 % en 2030 par rapport à 1990.

En dix ans seulement, la part d’électricité renouvelable en Allemagne est passée de 9 % à 26 % en moyenne annuelle [1], dépassant parfois 50 % les jours ensoleillés ou venteux. [2] Depuis Fukushima, l’essor des renouvelables et l’efficacité ont plus que compensé la réduction du nucléaire allemand. [3]

Contrairement à l’idée reçue, l’Allemagne n’a pas recours au charbon pour sortir du nucléaire. [4]

La première loi de sortie du nucléaire a été votée en 2002 par les parlementaires allemands de la coalition SPD-Grünen (sociaux-démocrates et écologistes) du chancelier Gehrard Schröder. Mi-novembre 2003, le réacteur nucléaire de Stade ferme définitivement, puis en 2005 c’est au tour du réacteur d’Obrigheim. En 2010, le gouvernement d’Angela Merkel enterre la sortie du nucléaire, puis face à la pression populaire et politique la remet à l’ordre du jour en 2011 après la catastrophe de Fukushima. Huit réacteurs nucléaires sont alors fermés définitivement en août 2011. Un neuvième réacteur, Grafenrheinsfeld, est fermé définitivement en juin 2015.

De 2003 à 2014, l’accroissement continu de la production électrique issue des énergies renouvelables a plus que compensé - et cela non pas seulement en moyenne sur la période, mais bien chaque année -, la réduction de la production électrique nucléaire annuelle par rapport à l’année 2002 (avant la fermeture du premier réacteur). Sur la période 2011-2014, qui a connu la fermeture de 8 réacteurs, la réduction du parc nucléaire par rapport à 2002 a représenté un "manque" de production électrique de 257,3 TWh, mais les renouvelables ont produit dans le même temps 396,2 TWh, soit un excédent de 138,9 TWh ! [5]

Certes, plusieurs centrales à charbon mises en chantier entre 2005 et 2009 sont entrées en service de 2012 à 2015. Quatre centrales à charbon mises en chantier avant Fukushima devraient encore entrer prochainement en service : Moorburg A (766 MW) et Wilhelmshaven (731 MW) d’ici fin 2015, et, à des échéances reportées et désormais inconnues, Datteln (1055 MW) ainsi que Hamm D (765 MW) dont un problème technique retarde la mise en service depuis novembre 2013. [6] [7]

Depuis l’arrêt définitif de 8 réacteurs nucléaires en 2011, aucun nouveau chantier de centrale à charbon n’a démarré, et pas moins de 6 projets ont été définitivement annulés ! [8] Seuls deux projets de centrales à charbon destinées à alimenter le réseau électrique ont été annoncés après Fukushima : Profen, suspendu depuis avril 2015 [9], et BoAplus Niederaussem, qui pourrait ne jamais être concrétisé faute de rentabilité prévisible et qui a été initialement prévu par RWE pour remplacer divers moyens de production (dont aucun réacteur nucléaire) qui seront fermés en 2025.

Le prix mondial du charbon a accusé une baisse considérable de plus de 30 % depuis 2011 [10]. Les prix ont subi les effets d’une offre surabondante, en partie à cause du boom du gaz de schiste aux États-Unis, mais également de l’augmentation de la capacité de production en Asie. [11]

En Allemagne, la concurrence des renouvelables fait baisser les prix de gros de l’électricité. Or, au niveau mondial, le gaz est actuellement plus cher que le charbon, et les dépenses en combustible représentent une part importante des frais de fonctionnement des centrales à gaz. : les opérateurs allemands ferment donc d’abord des centrales à gaz, moins émettrices de CO2 mais plus chères à faire tourner que les centrales à charbon.

En 2014, la production électrique à base de charbon a baissé de 6 % par rapport à 2013 [12] et les émissions de gaz à effet de serre du pays de 4,3 %, tandis que sa consommation totale d’énergies fossiles atteignait son plus bas niveau en 35 ans. [13] Certes, l’hiver particulièrement doux y a nettement contribué par la réduction des besoins en chauffage, mais même en corrigeant cet effet climatique, une baisse de 1,5 à 2% reste observée. [14] Et alors même que l’hiver plus rigoureux a vu la consommation totale d’énergie remonter de 3% au premier semestre 2015 par rapport à la même période l’année précédente, la production électrique à base de charbon a encore baissé de plus de 1%. [15] De plus, d’ici 2020, plusieurs centrales à charbon totalisant 2,7 GW seront mises durablement « sous cocon », inactives sauf urgence. [16] Après la sortie du nucléaire, l’Allemagne a en perspective la sortie du charbon.


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