Passé par Matignon et Aéroports de Paris, cet ingénieur, fils de l’ancien Premier ministre, est le nouveau PDG de la Société technique pour l’énergie atomique, ex-Areva TA.

C'est l'un des derniers décrets signés par François Hollande président de la République : la nomination, au poste de « président-directeur général de la société technique pour l'énergie atomique », de Loïc Rocard. L'entreprise -TechnicAtome, ex-Areva TA- est née à peu près au même moment que lui, il y a 45 ans, pour développer les réacteurs nucléaires de recherche et ceux de propulsion navale -sous-marins et porte-avions. 

Loïc Rocard n'avait pas immédiatement imaginé succéder à Carolle Foissaud à la tête de cette ancienne filiale d'Areva au printemps dernier : en charge des dossiers Energie, transports et logement à Matignon, il a vu de près le sauvetage financier de l'équipementier nucléaire. Mais la sortie totale d'Areva du capital de sa filiale, désormais détenue par l'Etat, DCNS, le CEA et EDF, a levé le sujet du conflit d'intérêt.. Et avec des actionnaires veillant à l'équilibre des forces en présence, ne pas être un « nucléaire pratiquant » l'a finalement servi. 

« J'étais vacciné d'emblée »

De son passage à Matignon, le dossier de la SNCM a été le plus marquant. « Ce dossier a été le cauchemar de tous les gouvernements pendant quinze ans. Il a fallu de l'énergie et de la constance dans la tempête », défend ce coureur de fond (marathon), dont le choix de rejoindre un cabinet ministériel à 40 ans passés pourrait, compte tenu de son statut familial -fils de Michel Rocard-, interpeller. « J'avais jusque-là exclu de travailler en cabinet parce que j'étais vacciné d'emblée, je n'avais pas une image très positive du monde politico-médiatique et aucune naïveté par rapport à cet univers. Mais je me suis dit à ce moment de ma carrière qu'il pouvait être passionnant d'apporter une vision différente, notamment à des gens qui connaissent souvent mal l'entreprise », explique-t-il. 

D'ADP à Vinci

« Loïc Rocard a passé trois ans en cabinet mais c'est d'abord un ingénieur et un homme d'entreprise. C'est quelqu'un d'extrêmement fiable et posé, contrôlé », juge David Azéma, qui dirigeait Vinci Concessions quand il l'a recruté en 2007. C'était l'époque des partenariats publics-privés, Vinci voulait se développer dans le ferroviaire et l'aéroportuaire, et Loïc Rocard, diplômé de Polytechnique (où il a rencontré sa femme aujourd'hui magistrate à la Cour des comptes) et de l'Ecole nationale de l'aviation civile (il a piloté des petits avions jusqu'à la fin des années 90) venait de passer plusieurs années chez Aéroports de Paris, sur les pistes et dans les terminaux - « vous êtes taulier d'une vaste tuyauterie qui dysfonctionne toujours plus ou moins »- puis sur le chantier de la navette de l'aéroport CDGVal. Chez Vinci, il travaille sur la ligne à grande vitesse Tours-Bordeaux, avant de passer chez Cofiroute, comme directeur d'exploitation puis directeur général. 

 

« Sortir les projets »

Avec TechnicAtome, ce père de trois garçons de 9 à 15 ans, qui cite la vie de famille et le piano comme ses deux sources d'équilibre, n'a pas gagné une sinécure.

Véronique Le Billon