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Sortir du nucléaire n°28

Septembre 2005

Alternatives

Lettre ouverte aux anti-éoliens

Septembre 2005




Bien sûr, il faut d’abord voir au cas par cas afin de ne pas faire comme avec le nucléaire qu’on a imposé partout sans égard à l’avis des populations. Il y a effectivement des sites à préserver, même de l’éolien.



Et je demanderais alors à entendre le pour et le contre. Ainsi, par exemple, le fait qu’il y ait des espèces d’oiseaux protégées près d’ un site n’est pas automatiquement incompatible avec l’éolien (qui en tue infiniment moins que les routes, les lignes THT et les vitres).

Mais de là à condamner tout l’éolien industriel…

Il me semble urgent de privilégier toutes les renouvelables possibles, bien sûr de préférence à plus petite échelle et installées de manière autonome, mais il faut aussi savoir raison garder. Tout le monde n’est pas dans une situation où il peut produire son énergie. Moi-même étant en location à la campagne, je n’installerais ni petite éolienne ni panneaux solaires car je ne peux investir dans la place. Et je ne parle pas des 80% de Français qui vivent en ville. Nous n’avons d’autres choix que d’envisager de produire de l’énergie pour d’autres à la fois et de la manière la moins nocive possible ; tout comme l’alimentation d’ailleurs, qui même en bio, doit - qu’on le veuille ou non - aujourd’hui être conçue pour nourrir la plupart des citadins.

Ainsi donc, j’ose croire que ceux qui sont contre l’éolien industriel sont cohérents et qu’il s’habillent, se nourrissent et se transportent uniquement avec des produits artisanaux et tout au moins faits à petite échelle. Sinon comment expliquer qu’on soit si remonté contre le méchant éolien industriel et qu’on accepte cette dimension industrielle dans tous les autres secteurs de sa vie (mais il est vrai que les usines de 4X4 ne sont pas à portée de vue).

Mon avis est qu’en s’attaquant aux éoliennes industrielles, on se trompe gravement de cible.

Comment expliquer qu’au Danemark près de 40% des éoliennes (les grosses y compris) appartiennent à des communautés de communes ? Si la propriété privée par de grosses compagnies constitue un problème, qu’est-ce qui empêche les communes françaises, à l’origine même d’un projet éolien, d’installer un processus pour prendre part activement aux choix, aux décisions et même au partage de propriété ?

Ce que je trouve fascinant, c’est qu’il y ait à cause du nucléaire un système hyper-centralisé avec 250 000 pylônes de lignes à haute tension + 95 000 km de câbles qui traversent la France de toutes parts. Et donc, 400 000 personnes qui vivent sous l’effet des champs électro-magnétiques (sans parler du bétail).

Ce que les anti-éoliens ne semblent jamais voir ; c’est sans doute un détail. Si bien que je propose d’installer une éolienne au bout de chaque dixième pylône. Peut-être les antis ne les remarqueront-ils pas plus ... et ça nous ferait déjà 25 000 éoliennes ; de quoi tout de suite se passer du nucléaire... (*)

Car par ailleurs, 550 éoliennes actuellement dispersées dans les régions dont le courant peut toujours être enterré (car moyenne tension) suscite des "vents de colère" - notons en passant que "la colère est mauvaise conseillère".

Et remarquons que la nouvelle centrale EPR prévue à Flamanville dans la Manche exigera pour elle seule l’installation d’entre 400 et 900 pylônes de plus (plus ou moins l’équivalent du nombre d’éoliennes actuellement érigées en France !).

Pourtant, à la différence du nucléaire, l’éolien (qu’il soit gros ou petit) ne produit pas des tonnes de déchets pour l’éternité, ne peut pas provoquer de catastrophes industrielles mondiales type Tchernobyl ni se transformer en armes de destruction massive. A la différence du nucléaire, l’éolien ne creuse pas un gouffre financier colossal que l’on peut combler uniquement en puisant par milliards dans les poches des contribuables sans leur demander leur avis. De plus, quand on n’en veut plus , une éolienne se démonte en quelques semaines (50 ans pour une centrale nucléaire + le fardeau des déchets pour les mille générations à suivre). Y’a pas photo ! Comparer les inconvénients de l’éolien (gros ou petit) avec ceux du nucléaire, pour moi c’est comme comparer le rhume avec le sida.

L’homme, par sa présence et ses besoins, transforme et modèle sans cesse ses paysages.

Ainsi, au début XIXe siècle, il y avait à peu près 19 000 moulins à vent en France. Et les phares sur les rivages maritimes ont fini par s’imposer comme partie intégrante du paysage côtier. Et notons de plus qu’il y a à peu près 40 000 châteaux d’eau dans le pays sans pour autant avoir l’impression de ne voir que cela partout. Par ailleurs, les autoroutes qui constituent d’énormes balafres visuelles et les millions de grands emballages plastiques imposés par l’agrobizness aux agriculteurs pour enrubannage, ensilage, etc. qui "étincellent" dans le paysage sont autant de signes d’un développement contestable.

On pourrait dire que le paysage évolue avec l’homme. Puissions-nous choisir les manières les moins nuisibles possibles pour faire évoluer ces paysages en tenant à la fois compte des nuisances cachées. Car le point de vue esthétique d’apparence peut aussi s’avérer être l’argument de ceux qui n’ont pas d’arguments. Ainsi, dans un groupe, on trouvera facilement autant de gens qui trouveront plutôt jolies - ou plutôt laides - les éoliennes. Est-ce bien là un argument de fond pour des populations qui ne se passeraient surtout plus d’électricité ?

Si nous voulons confronter honnêtement nos choix énergétiques, il vaut mieux des éoliennes à portée de vue dont on mesure l’impact (c’est d’ailleurs ce qui nous arrivera en proche région dans les prochains mois ; et nous en sommes fort aise) qu’une grosse centrale nucléaire à 100 km qui nous permet d’ignorer le problème et de le refiler à d’autres jusqu’à ce que, de toute façon, il finisse par nous retomber sur le dos. Car la myopie ne paie qu’à court terme... et à courte vue.

Si les anti-éoliens étaient honnêtes, ils pourraient s’inquiéter du fait qu’ils soient tant en "phase" avec le lobby nucléaire et la majorité des politiciens qui préconisent “un tout petit peu d’éolien, pour la vitrine, mais surtout pas question de remettre en cause le nucléaire".

Tandis que l’on chipote sur le gros et le petit, les nucléocrates les plus obsédés de la planète sont en train de tout faire pour nous installer un second parc nucléaire français pour les 50 prochaines années ; avec toujours plus de déchets ingérables et les risques en conséquence.

De grâce, ne nous trompons pas de combat. Sachons garder le sens des proportions dans l’évaluation des nuisances et des périls. Non pas que l’éolien industriel soit parfait. Mais il s’avère être actuellement une technologie de production d’énergie renouvelable assez mature pour commencer (avec le complément de toutes les autres renouvelables, il va sans dire) à sortir rapidement du nucléaire. Entre le "pas parfait" éolien et le "pire du pire" nucléaire, y’a-t-il lieu de tergiverser ?


Et le jour où il n’y aura plus du tout de nucléaire, ni civil ni militaire, pour nous faire vivre sur des volcans qui fument ; ce jour où il ne nous restera plus qu’à remplacer toutes les grandes éoliennes par une énergie encore plus anodine, innocente et discrète, nous nous réjouirons une nouvelle fois ; car cela signifiera que l’Humanité a bel et bien choisi depuis longtemps le respect des vivants.

Déjà, nous pouvons considérer que la France est "miraculée" d’avoir survécu à 30 ans de nucléaire. Survivra-t-elle à un second parc électro-nucléaire ? Car si Tchernobyl est considéré par ceux qui ont vendu leur âme à l’atome comme étant seulement un accident "soviétique", le premier Tchernobyl français (qu’on ne se souhaite évidemment pas) sera salué par les autres nations comme le résultat de l’arrogance techniciste française qui croyait savoir sans cesse tout contrôler...

La prétention au contrôle total est vraie jusqu’au jour où ça ne l’est plus. Un peu de science et de gros sous donnent-il le droit de jouer avec les destinées des multitudes ?

Le Titanic ne se qualifiait-il pas d’ "insubmersible" ? et l’armada espagnole d’"invincible"...

André Larivière
(*) Quoique deuxième pays européen en matière de capacité éolienne, la France est aujourd’hui seulement le 11ème producteur européen d’énergie éolienne.

Et je demanderais alors à entendre le pour et le contre. Ainsi, par exemple, le fait qu’il y ait des espèces d’oiseaux protégées près d’ un site n’est pas automatiquement incompatible avec l’éolien (qui en tue infiniment moins que les routes, les lignes THT et les vitres).

Mais de là à condamner tout l’éolien industriel…

Il me semble urgent de privilégier toutes les renouvelables possibles, bien sûr de préférence à plus petite échelle et installées de manière autonome, mais il faut aussi savoir raison garder. Tout le monde n’est pas dans une situation où il peut produire son énergie. Moi-même étant en location à la campagne, je n’installerais ni petite éolienne ni panneaux solaires car je ne peux investir dans la place. Et je ne parle pas des 80% de Français qui vivent en ville. Nous n’avons d’autres choix que d’envisager de produire de l’énergie pour d’autres à la fois et de la manière la moins nocive possible ; tout comme l’alimentation d’ailleurs, qui même en bio, doit - qu’on le veuille ou non - aujourd’hui être conçue pour nourrir la plupart des citadins.

Ainsi donc, j’ose croire que ceux qui sont contre l’éolien industriel sont cohérents et qu’il s’habillent, se nourrissent et se transportent uniquement avec des produits artisanaux et tout au moins faits à petite échelle. Sinon comment expliquer qu’on soit si remonté contre le méchant éolien industriel et qu’on accepte cette dimension industrielle dans tous les autres secteurs de sa vie (mais il est vrai que les usines de 4X4 ne sont pas à portée de vue).

Mon avis est qu’en s’attaquant aux éoliennes industrielles, on se trompe gravement de cible.

Comment expliquer qu’au Danemark près de 40% des éoliennes (les grosses y compris) appartiennent à des communautés de communes ? Si la propriété privée par de grosses compagnies constitue un problème, qu’est-ce qui empêche les communes françaises, à l’origine même d’un projet éolien, d’installer un processus pour prendre part activement aux choix, aux décisions et même au partage de propriété ?

Ce que je trouve fascinant, c’est qu’il y ait à cause du nucléaire un système hyper-centralisé avec 250 000 pylônes de lignes à haute tension + 95 000 km de câbles qui traversent la France de toutes parts. Et donc, 400 000 personnes qui vivent sous l’effet des champs électro-magnétiques (sans parler du bétail).

Ce que les anti-éoliens ne semblent jamais voir ; c’est sans doute un détail. Si bien que je propose d’installer une éolienne au bout de chaque dixième pylône. Peut-être les antis ne les remarqueront-ils pas plus ... et ça nous ferait déjà 25 000 éoliennes ; de quoi tout de suite se passer du nucléaire... (*)

Car par ailleurs, 550 éoliennes actuellement dispersées dans les régions dont le courant peut toujours être enterré (car moyenne tension) suscite des "vents de colère" - notons en passant que "la colère est mauvaise conseillère".

Et remarquons que la nouvelle centrale EPR prévue à Flamanville dans la Manche exigera pour elle seule l’installation d’entre 400 et 900 pylônes de plus (plus ou moins l’équivalent du nombre d’éoliennes actuellement érigées en France !).

Pourtant, à la différence du nucléaire, l’éolien (qu’il soit gros ou petit) ne produit pas des tonnes de déchets pour l’éternité, ne peut pas provoquer de catastrophes industrielles mondiales type Tchernobyl ni se transformer en armes de destruction massive. A la différence du nucléaire, l’éolien ne creuse pas un gouffre financier colossal que l’on peut combler uniquement en puisant par milliards dans les poches des contribuables sans leur demander leur avis. De plus, quand on n’en veut plus , une éolienne se démonte en quelques semaines (50 ans pour une centrale nucléaire + le fardeau des déchets pour les mille générations à suivre). Y’a pas photo ! Comparer les inconvénients de l’éolien (gros ou petit) avec ceux du nucléaire, pour moi c’est comme comparer le rhume avec le sida.

L’homme, par sa présence et ses besoins, transforme et modèle sans cesse ses paysages.

Ainsi, au début XIXe siècle, il y avait à peu près 19 000 moulins à vent en France. Et les phares sur les rivages maritimes ont fini par s’imposer comme partie intégrante du paysage côtier. Et notons de plus qu’il y a à peu près 40 000 châteaux d’eau dans le pays sans pour autant avoir l’impression de ne voir que cela partout. Par ailleurs, les autoroutes qui constituent d’énormes balafres visuelles et les millions de grands emballages plastiques imposés par l’agrobizness aux agriculteurs pour enrubannage, ensilage, etc. qui "étincellent" dans le paysage sont autant de signes d’un développement contestable.

On pourrait dire que le paysage évolue avec l’homme. Puissions-nous choisir les manières les moins nuisibles possibles pour faire évoluer ces paysages en tenant à la fois compte des nuisances cachées. Car le point de vue esthétique d’apparence peut aussi s’avérer être l’argument de ceux qui n’ont pas d’arguments. Ainsi, dans un groupe, on trouvera facilement autant de gens qui trouveront plutôt jolies - ou plutôt laides - les éoliennes. Est-ce bien là un argument de fond pour des populations qui ne se passeraient surtout plus d’électricité ?

Si nous voulons confronter honnêtement nos choix énergétiques, il vaut mieux des éoliennes à portée de vue dont on mesure l’impact (c’est d’ailleurs ce qui nous arrivera en proche région dans les prochains mois ; et nous en sommes fort aise) qu’une grosse centrale nucléaire à 100 km qui nous permet d’ignorer le problème et de le refiler à d’autres jusqu’à ce que, de toute façon, il finisse par nous retomber sur le dos. Car la myopie ne paie qu’à court terme... et à courte vue.

Si les anti-éoliens étaient honnêtes, ils pourraient s’inquiéter du fait qu’ils soient tant en "phase" avec le lobby nucléaire et la majorité des politiciens qui préconisent “un tout petit peu d’éolien, pour la vitrine, mais surtout pas question de remettre en cause le nucléaire".

Tandis que l’on chipote sur le gros et le petit, les nucléocrates les plus obsédés de la planète sont en train de tout faire pour nous installer un second parc nucléaire français pour les 50 prochaines années ; avec toujours plus de déchets ingérables et les risques en conséquence.

De grâce, ne nous trompons pas de combat. Sachons garder le sens des proportions dans l’évaluation des nuisances et des périls. Non pas que l’éolien industriel soit parfait. Mais il s’avère être actuellement une technologie de production d’énergie renouvelable assez mature pour commencer (avec le complément de toutes les autres renouvelables, il va sans dire) à sortir rapidement du nucléaire. Entre le "pas parfait" éolien et le "pire du pire" nucléaire, y’a-t-il lieu de tergiverser ?


Et le jour où il n’y aura plus du tout de nucléaire, ni civil ni militaire, pour nous faire vivre sur des volcans qui fument ; ce jour où il ne nous restera plus qu’à remplacer toutes les grandes éoliennes par une énergie encore plus anodine, innocente et discrète, nous nous réjouirons une nouvelle fois ; car cela signifiera que l’Humanité a bel et bien choisi depuis longtemps le respect des vivants.

Déjà, nous pouvons considérer que la France est "miraculée" d’avoir survécu à 30 ans de nucléaire. Survivra-t-elle à un second parc électro-nucléaire ? Car si Tchernobyl est considéré par ceux qui ont vendu leur âme à l’atome comme étant seulement un accident "soviétique", le premier Tchernobyl français (qu’on ne se souhaite évidemment pas) sera salué par les autres nations comme le résultat de l’arrogance techniciste française qui croyait savoir sans cesse tout contrôler...

La prétention au contrôle total est vraie jusqu’au jour où ça ne l’est plus. Un peu de science et de gros sous donnent-il le droit de jouer avec les destinées des multitudes ?

Le Titanic ne se qualifiait-il pas d’ "insubmersible" ? et l’armada espagnole d’"invincible"...

André Larivière
(*) Quoique deuxième pays européen en matière de capacité éolienne, la France est aujourd’hui seulement le 11ème producteur européen d’énergie éolienne.



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Energies renouvelables