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Sortir du nucléaire n°44

Automne 2009

Billet d’humeur

Les jolies filles d’Eole

Automne 2009




J’y pense chaque matin en me rasant ! Allons bon ! allez-vous dire, lui aussi... Mais non, mes pensées sont plus légères : chaque matin, en me rasant, j’admire de mes fenêtres l’élégance des neuf géantes éoliennes accrochées depuis quelques mois sur les collines de ma garrigue languedocienne.

J’en ai rêvé pendant trente-cinq ans. Et maintenant, elles sont là, vivantes dans l’azur, tournant avec une régularité apaisante. Des modèles d’équilibre, la combinaison de l’intelligence industrieuse de l’homme et des ressources de la nature, de belles sculptures cinétiques à la géniale simplicité : un mât, trois pales au savant profil, un zeste d’électromécanique et le tour est joué !

Petites-filles des moulins d’antan, ces neuf filles d’Éole me font vibrer de plaisir comme leurs si jolies cousines, les voiles des gréements : toutes se jouent avec subtilité des forces aérodynamiques entre terre et ciel, entre mer et azur. Alors le matin, en me rasant, lorsqu’elles tournent dans la tramontane, je me dis que oui, ça y est, la grande transition énergétique est en marche.

Mais, parfois, il arrive qu’il n’y ait pas un souffle d’air. Les neuf sœurs sont alors immobiles et elles s’ennuient comme une grand-voile tristement déventée. Compatissant, je m’amuse alors à parodier Baudelaire : "Exilées sur le sol au milieu des huées, vos pales de géantes vous empêchent de tourner !"

Pauvres éoliennes ! On les a accusées de massacrer le paysage, elles redonnent vie aux courbes un peu mornes des collines languedociennes, sèches et rudes. On a jeté sur elles mille rumeurs : le bruit sera infernal, le raisin va s’aigrir, les oiseaux seront hachés menu et, crime des crimes, la télévision sera toute brouillée.

Rien de tout cela n’est advenu. Le bruit est, le plus souvent, plus faible que le vent lui-même, le vin des coteaux ne s’est pas éventé et les perdrix leur ont survécu plus sûrement qu’à l’ouverture de la chasse. Quant à la télé, de toute façon, elle n’offrait déjà que du vent !

Bien sûr, je suis conscient que mes neuf filles d’Éole ne sont pas parées de toutes les vertus : j’aimerais les voir plus citoyennes, propriété coopérative de tous ceux qui, à proximité, consomment de l’électricité ; j’aimerais qu’elles laissent tranquille le ciel étoilé, plutôt que de lancer des flashs nocturnes - ridicule exigence de l’aviation civile ; j’aimerais en voir plus souvent dans ces zones périurbaines saccagées sans que s’élèvent des cris d’orfraie comme ceux, par exemple, d’un ancien président de la République. Mais en matière d’énergie, Giscard n’a pas toujours été un "renifleur" très pertinent des bons choix pour la France…

Bien sûr, la priorité absolue doit être à la sobriété et à l’efficacité énergétique, c’est-à-dire à l’énergie évitée, et ce n’est pas moi qu’il faut convaincre ! Mais il faut cependant produire physiquement de l’énergie électrique et en quantité : 380 milliards de kilowattheures par an dans les scénarios poussant les négawatts au maximum. Pour cela, nos modernes éoliennes sont l’une des meilleures réponses face à nos urgences climatique et énergétique. Elles collectent une énergie inépuisable, renouvelable, locale. De l’électricité et rien d’autre : pas d’émissions, pas de déchets, pas de radiations. Et pour nos descendants, des rentes, pas de fardeau !

Il n’y a pas d’énergie idéale, mais je sais qu’il y a de mauvais choix. Des choix, risqués et non durables, nous contraignant à être prédateurs des minerais du Niger, prisonniers des gisements d’Arabie ou de Sibérie, pollueurs de la biosphère.

Alors, pour questionner l’avenir, soyons réalistes et audacieux. Sachons écouter Éole et ses filles qui nous murmurent gentiment à l’oreille, à portée de zéphyr, une partie de la réponse : "Du vent partout, de l’énergie pour tous !"

Thierry Salomon

Coauteur de La Maison des néga[watts] et de Fraîcheur sans clim’, éditions Terre Vivante
Ouvrages disponibles dans : http://boutique.sortirdunucleaire.org

Source : La Maison écologique n°53
octobre/novembre 2009

J’y pense chaque matin en me rasant ! Allons bon ! allez-vous dire, lui aussi... Mais non, mes pensées sont plus légères : chaque matin, en me rasant, j’admire de mes fenêtres l’élégance des neuf géantes éoliennes accrochées depuis quelques mois sur les collines de ma garrigue languedocienne.

J’en ai rêvé pendant trente-cinq ans. Et maintenant, elles sont là, vivantes dans l’azur, tournant avec une régularité apaisante. Des modèles d’équilibre, la combinaison de l’intelligence industrieuse de l’homme et des ressources de la nature, de belles sculptures cinétiques à la géniale simplicité : un mât, trois pales au savant profil, un zeste d’électromécanique et le tour est joué !

Petites-filles des moulins d’antan, ces neuf filles d’Éole me font vibrer de plaisir comme leurs si jolies cousines, les voiles des gréements : toutes se jouent avec subtilité des forces aérodynamiques entre terre et ciel, entre mer et azur. Alors le matin, en me rasant, lorsqu’elles tournent dans la tramontane, je me dis que oui, ça y est, la grande transition énergétique est en marche.

Mais, parfois, il arrive qu’il n’y ait pas un souffle d’air. Les neuf sœurs sont alors immobiles et elles s’ennuient comme une grand-voile tristement déventée. Compatissant, je m’amuse alors à parodier Baudelaire : "Exilées sur le sol au milieu des huées, vos pales de géantes vous empêchent de tourner !"

Pauvres éoliennes ! On les a accusées de massacrer le paysage, elles redonnent vie aux courbes un peu mornes des collines languedociennes, sèches et rudes. On a jeté sur elles mille rumeurs : le bruit sera infernal, le raisin va s’aigrir, les oiseaux seront hachés menu et, crime des crimes, la télévision sera toute brouillée.

Rien de tout cela n’est advenu. Le bruit est, le plus souvent, plus faible que le vent lui-même, le vin des coteaux ne s’est pas éventé et les perdrix leur ont survécu plus sûrement qu’à l’ouverture de la chasse. Quant à la télé, de toute façon, elle n’offrait déjà que du vent !

Bien sûr, je suis conscient que mes neuf filles d’Éole ne sont pas parées de toutes les vertus : j’aimerais les voir plus citoyennes, propriété coopérative de tous ceux qui, à proximité, consomment de l’électricité ; j’aimerais qu’elles laissent tranquille le ciel étoilé, plutôt que de lancer des flashs nocturnes - ridicule exigence de l’aviation civile ; j’aimerais en voir plus souvent dans ces zones périurbaines saccagées sans que s’élèvent des cris d’orfraie comme ceux, par exemple, d’un ancien président de la République. Mais en matière d’énergie, Giscard n’a pas toujours été un "renifleur" très pertinent des bons choix pour la France…

Bien sûr, la priorité absolue doit être à la sobriété et à l’efficacité énergétique, c’est-à-dire à l’énergie évitée, et ce n’est pas moi qu’il faut convaincre ! Mais il faut cependant produire physiquement de l’énergie électrique et en quantité : 380 milliards de kilowattheures par an dans les scénarios poussant les négawatts au maximum. Pour cela, nos modernes éoliennes sont l’une des meilleures réponses face à nos urgences climatique et énergétique. Elles collectent une énergie inépuisable, renouvelable, locale. De l’électricité et rien d’autre : pas d’émissions, pas de déchets, pas de radiations. Et pour nos descendants, des rentes, pas de fardeau !

Il n’y a pas d’énergie idéale, mais je sais qu’il y a de mauvais choix. Des choix, risqués et non durables, nous contraignant à être prédateurs des minerais du Niger, prisonniers des gisements d’Arabie ou de Sibérie, pollueurs de la biosphère.

Alors, pour questionner l’avenir, soyons réalistes et audacieux. Sachons écouter Éole et ses filles qui nous murmurent gentiment à l’oreille, à portée de zéphyr, une partie de la réponse : "Du vent partout, de l’énergie pour tous !"

Thierry Salomon

Coauteur de La Maison des néga[watts] et de Fraîcheur sans clim’, éditions Terre Vivante
Ouvrages disponibles dans : http://boutique.sortirdunucleaire.org

Source : La Maison écologique n°53
octobre/novembre 2009



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Energies renouvelables