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Sortir du nucléaire n°52

Hiver 2012

Actions et vie des groupes

Les Allemands contre le nucléaire : une chaîne humaine de 120 000 personnes

Hiver 2012




En Allemagne, une chaîne humaine a été organisée au printemps 2010. Initiée par l’association Ausgestrahlt ("irradié", en allemand), celle-ci fut une grande réussite qui a permis de faire pression sur le gouvernement allemand. Retour sur cette action, avec Stefan Diefenbach-Trommer, qui travaille depuis l’automne 2008 pour Ausgestrahlt.



Comment l’idée vous est-elle venue ?

L’idée nous est venue... cinq mois avant seulement, à l’automne 2009, à une époque où le mouvement antinucléaire était redevenu extrêmement visible et fort en réaction à la volonté du gouvernement d’allonger la durée de vie des centrales. Suite à une manifestation de 50 000 personnes à Berlin, la décision avait été repoussée au printemps 2010.

Il était clair qu’il fallait organiser un autre gros rassemblement pour faire comprendre aux personnes au pouvoir qu’elles ne pourraient pas appliquer cette politique mortifère comme ça. Mais comment renouveler une mobilisation de dizaines de milliers de personnes sans tomber dans un rituel lassant ? Nous avons décidé de faire quelque chose de complètement nouveau et un peu fou : une chaîne humaine. Chaque personne devait comprendre que la réussite de cette chaîne de 120 kilomètres reposait sur sa propre participation !

Quelles ont été les réactions ?

Les premières réactions furent contrastées. Les uns, enthousiasmés, nous promirent tout de suite leur aide et élaborèrent des plans pour que tout se réalise. D’autres étaient très sceptiques : et si peu de gens venaient ? Et si on n’arrivait pas à faire se joindre tous les maillons, est-ce que ça n’enverrait pas un signe de faiblesse ? Une chaîne humaine, ce n’était pas un peu trop gentillet ?

Ce n’est qu’en janvier que les groupes locaux et les grosses organisations ont commencé à vraiment accepter le projet et qu’on a pu lancer la préparation. Nous avons mis en place un bureau à Hambourg avec quatre salariés sur les aspects techniques pour organiser la chaîne. Le grand défi n’était plus de mobiliser suffisamment, mais de bien répartir les gens tout le long, s’assurer que tout le monde puisse arriver.

Et le jour J ?

Le 23 avril au soir, nous avons eu un indice de la réussite car notre serveur web a planté : en masse, les gens se connectaient pour savoir à quel point de la chaîne ils devaient se rendre ! Le 24 avril 2010 fut un beau samedi ensoleillé, où 120 000 personnes se sont donné la main entre les centrales de Krümmel et Brunsbüttel, en passant par Hambourg et les rives de la mer du Nord. À quelques endroits, il a fallu étendre la chaîne avec des foulards, mais à d’autres, les gens se tassaient sur trois ou quatre rangées. Certains n’avaient eu qu’à sortir de leur maison pour participer, d’autres avaient voyagé pendant des heures en train, en bus ou en vélo. Des photographes aériens nous confirmèrent que la chaîne était complète, et les compteurs envoyèrent leurs chiffres par SMS. Même les policiers ont dû se rendre à l’évidence. Les seuls qui n’ont pas pu participer étaient des cyclistes qui parcouraient la chaîne à la recherche de trous !

[Le même jour, 20 000 personnes encerclaient la centrale de Biblis et 7000 manifestaient dans le Nord de l’Allemagne.]

Un dernier mot ?

Vivre ce moment a été tellement grandiose pour les participants qu’ils ont poursuivi leur engagement. Les cordelettes prévues pour combler les trous ont été transformées en accessoires que beaucoup portent encore en souvenir.

Six mois après, la prolongation des réacteurs a certes été actée. Mais ce sont alors 100000 personnes qui ont envahi le quartier du gouvernement. Six mois encore après, suite à la catastrophe de Fukushima, 250 000 personnes sont sorties dans la rue... et le gouvernement a finalement décidé de fermer les centrales plus tôt que prévu !

Propos recueillis par Laura Hameaux
Photos, compte rendu (en allemand), etc. :
www.ausgestrahlt.de/mitmachen/menschenkette/rueckblick

Comment l’idée vous est-elle venue ?

L’idée nous est venue... cinq mois avant seulement, à l’automne 2009, à une époque où le mouvement antinucléaire était redevenu extrêmement visible et fort en réaction à la volonté du gouvernement d’allonger la durée de vie des centrales. Suite à une manifestation de 50 000 personnes à Berlin, la décision avait été repoussée au printemps 2010.

Il était clair qu’il fallait organiser un autre gros rassemblement pour faire comprendre aux personnes au pouvoir qu’elles ne pourraient pas appliquer cette politique mortifère comme ça. Mais comment renouveler une mobilisation de dizaines de milliers de personnes sans tomber dans un rituel lassant ? Nous avons décidé de faire quelque chose de complètement nouveau et un peu fou : une chaîne humaine. Chaque personne devait comprendre que la réussite de cette chaîne de 120 kilomètres reposait sur sa propre participation !

Quelles ont été les réactions ?

Les premières réactions furent contrastées. Les uns, enthousiasmés, nous promirent tout de suite leur aide et élaborèrent des plans pour que tout se réalise. D’autres étaient très sceptiques : et si peu de gens venaient ? Et si on n’arrivait pas à faire se joindre tous les maillons, est-ce que ça n’enverrait pas un signe de faiblesse ? Une chaîne humaine, ce n’était pas un peu trop gentillet ?

Ce n’est qu’en janvier que les groupes locaux et les grosses organisations ont commencé à vraiment accepter le projet et qu’on a pu lancer la préparation. Nous avons mis en place un bureau à Hambourg avec quatre salariés sur les aspects techniques pour organiser la chaîne. Le grand défi n’était plus de mobiliser suffisamment, mais de bien répartir les gens tout le long, s’assurer que tout le monde puisse arriver.

Et le jour J ?

Le 23 avril au soir, nous avons eu un indice de la réussite car notre serveur web a planté : en masse, les gens se connectaient pour savoir à quel point de la chaîne ils devaient se rendre ! Le 24 avril 2010 fut un beau samedi ensoleillé, où 120 000 personnes se sont donné la main entre les centrales de Krümmel et Brunsbüttel, en passant par Hambourg et les rives de la mer du Nord. À quelques endroits, il a fallu étendre la chaîne avec des foulards, mais à d’autres, les gens se tassaient sur trois ou quatre rangées. Certains n’avaient eu qu’à sortir de leur maison pour participer, d’autres avaient voyagé pendant des heures en train, en bus ou en vélo. Des photographes aériens nous confirmèrent que la chaîne était complète, et les compteurs envoyèrent leurs chiffres par SMS. Même les policiers ont dû se rendre à l’évidence. Les seuls qui n’ont pas pu participer étaient des cyclistes qui parcouraient la chaîne à la recherche de trous !

[Le même jour, 20 000 personnes encerclaient la centrale de Biblis et 7000 manifestaient dans le Nord de l’Allemagne.]

Un dernier mot ?

Vivre ce moment a été tellement grandiose pour les participants qu’ils ont poursuivi leur engagement. Les cordelettes prévues pour combler les trous ont été transformées en accessoires que beaucoup portent encore en souvenir.

Six mois après, la prolongation des réacteurs a certes été actée. Mais ce sont alors 100000 personnes qui ont envahi le quartier du gouvernement. Six mois encore après, suite à la catastrophe de Fukushima, 250 000 personnes sont sorties dans la rue... et le gouvernement a finalement décidé de fermer les centrales plus tôt que prévu !

Propos recueillis par Laura Hameaux
Photos, compte rendu (en allemand), etc. :
www.ausgestrahlt.de/mitmachen/menschenkette/rueckblick



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