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Le monde après Fukushima

7 mars 2016 | 214 vues






Arte 2013 - Réalisation : Kenichi Watanabe

Le monde après Fukushima Documentaire de Kenichi Watanabe Coproduction : Arte France, Kami productions (Japon, 2012, 77 mn) Diffusion : mardi 5 Mars 2013 à 22h25

A quoi ressemble la vie des gens deux ans après une catastrophe nucléaire ? Entre résistance et désespoir, des témoignages bouleversants de vies fracassées...

Dans la région de Fukushima, deux ans après, la vie ou du moins « l’existence » des habitants continue, en intégrant au quotidien la pollution radioactive. Au-delà du séisme et du tsunami, la catastrophe nucléaire a révélé les lézardes d’un système et sa criminelle arrogance. Et tous se souviennent avec effroi de la série d’erreurs et d’atermoiements qui a scellé leur destin, les politiques préférant « minimiser la situation au lieu de réduire les risques ». « J’ai deux filles de 17 et 24 ans. J’ai dû leur demander de ne pas avoir d’enfants. Et peut-être de ne pas se marier. Parce que certainement leur santé sera affectée plus tard » une habitante dans la zone autour de Fukushima.

Fukushima, chronique d’un désastre Documentaire de Akio Suzuki, Akihiko Nakai Production : NHK International inc. (Japon, 2012, 47 mn) Diffusion : jeudi 7 Mars à 22h50

S’appuyant sur des simulations scientifiques et sur les témoignages d’ingénieurs présents dans la salle de contrôle au moment du drame, ce documentaire de la télévision publique japonaise retrace l’enchaînement des événements qui ont mené à l’explosion du réacteur de la centrale de Fukushima le 11 mars 2011.

En retraçant chronologiquement chacun des événements qui a conduit au désastre, le film soulève d’importantes questions techniques.

Comment et pourquoi, après le tsunami, une panne complète de courant a-t-elle pu se produire au sein du réacteur de Fukushima ? Dans quelle mesure les travailleurs de la centrale ont-ils été informés des dommages causés aux installations ? Étaient-ils vraiment préparés à faire face à une telle situation ? Pour répondre à ces questions, NHK a recueilli les témoignages des ingénieurs de la centrale qui étaient présents dans la salle de contrôle au moment de l’accident. interviews et scènes reconstituées révèlent un système de sécurité défaillant, le manque de préparation des équipes et, surtout, la vulnérabilité des réacteurs nucléaires.

Entretien avec le réalisateur du documentaire "Le monde après Fukushima Kenichi Watanabe"

En donnant la parole aux victimes de l’accident, il livre une réflexion saisissante sur l’avenir de notre civilisation

Comment est née l’idée de ce documentaire ?

Kenichi Watanabe : J’étais à Tokyo le vendredi 11 mars 2011 quand s’est produit le séisme qui a déclenché le tsunami et l’accident nucléaire de Fukushima. J’attendais une équipe de tournage française pour aller enquêter sur la radioactivité à Hiroshima. Le lundi suivant la catastrophe, quand j’ai appris qu’une explosion avait touché un réacteur de la centrale, j’ai stoppé mon travail et pris la décision de rentrer en France. Alors que tous les accès à Tokyo étaient bloqués, la télévision ne disait rien de l’état d’alerte maximum dans lequel nous semblions nous trouver. Je me souviens avoir été dominé par une peur noire, par le sentiment d’être contrôlé par une force que je ne pouvais identifier. C’est cette expérience sur place qui m’a poussé à réaliser un film sur Fukushima.

Qu’avez-vous appris au contact des habitants des zones irradiées ?

Il y a à peu près 2 millions d’habitants dans le département de Fukushima et autant dans les autres zones touchées par le nuage radioactif. 150.000 personnes attendent encore de pouvoir rentrer chez elles. le problème est que le mal est invisible : Pas de traces, pas d’odeur, pas de sang ! alors que de nombreuses victimes ont envie d’oublier, d’ignorer le risque, l’autre moitié de la population se montre très sensible au danger et à ses conséquences pour les générations futures. beaucoup n’ont pas les moyens de quitter la région et se demandent comment agir au quotidien face à la pollution de leur environnement. Ils n’ont plus d’espoir mais ont choisi de se battre contre les autorités pour obtenir les meilleures conditions de vie possibles.

Comment s’est déroulé le tournage ?

Avez-vous eu des difficultés à approcher les victimes ? en 2011, dans les jours qui ont suivi le séisme, tous les regards étaient fixés sur les téléviseurs. Or les japonais ont rapidement compris qu’on leur cachait la réalité. les habitants de Fukushima sont donc très méfiants vis-à-vis des médias. J’ai essuyé de nombreux refus au moment du repérage. Il a fallu prendre le temps de discuter longuement avec les victimes, hors caméra, pour que certaines acceptent d’ouvrir leur cœur. Par ailleurs, nous avons dû prendre des précautions ? : comme les habitants de la région, nous portions des dosimètres en permanence, et nous avons fait mesurer nos radiations internes en laboratoire avant et après chaque tournage.

Les images de Fukushima sont d’une grande beauté...

en parcourant la zone, j’ai découvert que la nature y est magnifique. Cette richesse environnementale est assez méconnue, même des Japonais. J’ai tenu à montrer l’incroyable beauté des paysages pour insister sur le caractère tragique de la pollution par la radioactivité, qui a durablement contaminé ces terres.

Entre les témoignages des victimes, vous faites intervenir différents spécialistes. Pourquoi ?

J’estime qu’il était important d’analyser la réalité scientifique et médicale de la contamination. Par ailleurs, des sociologues comme Ulrich Beck, auteur de La société du risque (1986), livrent leur éclairage sur la civilisation nucléaire que nous avons bâtie depuis un siècle.

Peut-on considérer que la catastrophe a irrémédiablement changé le japon ?

On a assisté à un basculement de valeurs avec l’effondrement de certaines croyances – le nucléaire ayant été présenté comme une assise énergétique et industrielle sûre. c’est au moment de l’accident que les Japonais ont pris cruellement conscience de sa réalité, de son histoire. de nombreuses manifestations anti-nucléaire ont été organisées. Moralement, on ne peut pas être pour. politiquement, c’est différent car les autorités gouvernementales et industrielles poursuivent une logique économique et cherchent à redresser le pays. Ce qui est sûr, c’est que le nucléaire n’aura plus jamais la même place qu’avant. pour preuve, sur les 53 réacteurs que nous possédons, seuls trois sont encore en marche aujourd’hui. on sait désormais qu’il est possible de survivre sans cette ressource.

Mais le nucléaire ne représente que 30 % de notre production énergétique, et non 80 % comme en France...

Avez-vous le sentiment que le reste du monde a oublié Fukushima ?

Au Japon, il existe une expression traditionnelle véhiculant l’image de « l’incendie de l’autre côté de la rivière » : on aperçoit les flammes sur l’autre rive, mais on se rassure en regardant les eaux de la rivière, censées nous protéger de la propagation du feu. à travers ce film, je veux que les téléspectateurs prennent conscience que Fukushima ne concerne pas qu’un pays, une région ou une localité, mais bien l’ensemble des hommes. partout dans le monde, des essais atomiques ont contaminé la terre. Nucléaire militaire ou civil, c’est la même chose. c’est pour cela qu’il ne faut pas que la catastrophe tombe dans l’oubli, ni qu’on la réduise à un territoire. il ne s’agit pas de choix industriels ou énergétiques mais bien d’une question universelle qui touche l’avenir de notre civilisation.

Arte 2013 - Réalisation : Kenichi Watanabe

Le monde après Fukushima Documentaire de Kenichi Watanabe Coproduction : Arte France, Kami productions (Japon, 2012, 77 mn) Diffusion : mardi 5 Mars 2013 à 22h25

A quoi ressemble la vie des gens deux ans après une catastrophe nucléaire ? Entre résistance et désespoir, des témoignages bouleversants de vies fracassées...

Dans la région de Fukushima, deux ans après, la vie ou du moins « l’existence » des habitants continue, en intégrant au quotidien la pollution radioactive. Au-delà du séisme et du tsunami, la catastrophe nucléaire a révélé les lézardes d’un système et sa criminelle arrogance. Et tous se souviennent avec effroi de la série d’erreurs et d’atermoiements qui a scellé leur destin, les politiques préférant « minimiser la situation au lieu de réduire les risques ». « J’ai deux filles de 17 et 24 ans. J’ai dû leur demander de ne pas avoir d’enfants. Et peut-être de ne pas se marier. Parce que certainement leur santé sera affectée plus tard » une habitante dans la zone autour de Fukushima.

Fukushima, chronique d’un désastre Documentaire de Akio Suzuki, Akihiko Nakai Production : NHK International inc. (Japon, 2012, 47 mn) Diffusion : jeudi 7 Mars à 22h50

S’appuyant sur des simulations scientifiques et sur les témoignages d’ingénieurs présents dans la salle de contrôle au moment du drame, ce documentaire de la télévision publique japonaise retrace l’enchaînement des événements qui ont mené à l’explosion du réacteur de la centrale de Fukushima le 11 mars 2011.

En retraçant chronologiquement chacun des événements qui a conduit au désastre, le film soulève d’importantes questions techniques.

Comment et pourquoi, après le tsunami, une panne complète de courant a-t-elle pu se produire au sein du réacteur de Fukushima ? Dans quelle mesure les travailleurs de la centrale ont-ils été informés des dommages causés aux installations ? Étaient-ils vraiment préparés à faire face à une telle situation ? Pour répondre à ces questions, NHK a recueilli les témoignages des ingénieurs de la centrale qui étaient présents dans la salle de contrôle au moment de l’accident. interviews et scènes reconstituées révèlent un système de sécurité défaillant, le manque de préparation des équipes et, surtout, la vulnérabilité des réacteurs nucléaires.

Entretien avec le réalisateur du documentaire "Le monde après Fukushima Kenichi Watanabe"

En donnant la parole aux victimes de l’accident, il livre une réflexion saisissante sur l’avenir de notre civilisation

Comment est née l’idée de ce documentaire ?

Kenichi Watanabe : J’étais à Tokyo le vendredi 11 mars 2011 quand s’est produit le séisme qui a déclenché le tsunami et l’accident nucléaire de Fukushima. J’attendais une équipe de tournage française pour aller enquêter sur la radioactivité à Hiroshima. Le lundi suivant la catastrophe, quand j’ai appris qu’une explosion avait touché un réacteur de la centrale, j’ai stoppé mon travail et pris la décision de rentrer en France. Alors que tous les accès à Tokyo étaient bloqués, la télévision ne disait rien de l’état d’alerte maximum dans lequel nous semblions nous trouver. Je me souviens avoir été dominé par une peur noire, par le sentiment d’être contrôlé par une force que je ne pouvais identifier. C’est cette expérience sur place qui m’a poussé à réaliser un film sur Fukushima.

Qu’avez-vous appris au contact des habitants des zones irradiées ?

Il y a à peu près 2 millions d’habitants dans le département de Fukushima et autant dans les autres zones touchées par le nuage radioactif. 150.000 personnes attendent encore de pouvoir rentrer chez elles. le problème est que le mal est invisible : Pas de traces, pas d’odeur, pas de sang ! alors que de nombreuses victimes ont envie d’oublier, d’ignorer le risque, l’autre moitié de la population se montre très sensible au danger et à ses conséquences pour les générations futures. beaucoup n’ont pas les moyens de quitter la région et se demandent comment agir au quotidien face à la pollution de leur environnement. Ils n’ont plus d’espoir mais ont choisi de se battre contre les autorités pour obtenir les meilleures conditions de vie possibles.

Comment s’est déroulé le tournage ?

Avez-vous eu des difficultés à approcher les victimes ? en 2011, dans les jours qui ont suivi le séisme, tous les regards étaient fixés sur les téléviseurs. Or les japonais ont rapidement compris qu’on leur cachait la réalité. les habitants de Fukushima sont donc très méfiants vis-à-vis des médias. J’ai essuyé de nombreux refus au moment du repérage. Il a fallu prendre le temps de discuter longuement avec les victimes, hors caméra, pour que certaines acceptent d’ouvrir leur cœur. Par ailleurs, nous avons dû prendre des précautions ? : comme les habitants de la région, nous portions des dosimètres en permanence, et nous avons fait mesurer nos radiations internes en laboratoire avant et après chaque tournage.

Les images de Fukushima sont d’une grande beauté...

en parcourant la zone, j’ai découvert que la nature y est magnifique. Cette richesse environnementale est assez méconnue, même des Japonais. J’ai tenu à montrer l’incroyable beauté des paysages pour insister sur le caractère tragique de la pollution par la radioactivité, qui a durablement contaminé ces terres.

Entre les témoignages des victimes, vous faites intervenir différents spécialistes. Pourquoi ?

J’estime qu’il était important d’analyser la réalité scientifique et médicale de la contamination. Par ailleurs, des sociologues comme Ulrich Beck, auteur de La société du risque (1986), livrent leur éclairage sur la civilisation nucléaire que nous avons bâtie depuis un siècle.

Peut-on considérer que la catastrophe a irrémédiablement changé le japon ?

On a assisté à un basculement de valeurs avec l’effondrement de certaines croyances – le nucléaire ayant été présenté comme une assise énergétique et industrielle sûre. c’est au moment de l’accident que les Japonais ont pris cruellement conscience de sa réalité, de son histoire. de nombreuses manifestations anti-nucléaire ont été organisées. Moralement, on ne peut pas être pour. politiquement, c’est différent car les autorités gouvernementales et industrielles poursuivent une logique économique et cherchent à redresser le pays. Ce qui est sûr, c’est que le nucléaire n’aura plus jamais la même place qu’avant. pour preuve, sur les 53 réacteurs que nous possédons, seuls trois sont encore en marche aujourd’hui. on sait désormais qu’il est possible de survivre sans cette ressource.

Mais le nucléaire ne représente que 30 % de notre production énergétique, et non 80 % comme en France...

Avez-vous le sentiment que le reste du monde a oublié Fukushima ?

Au Japon, il existe une expression traditionnelle véhiculant l’image de « l’incendie de l’autre côté de la rivière » : on aperçoit les flammes sur l’autre rive, mais on se rassure en regardant les eaux de la rivière, censées nous protéger de la propagation du feu. à travers ce film, je veux que les téléspectateurs prennent conscience que Fukushima ne concerne pas qu’un pays, une région ou une localité, mais bien l’ensemble des hommes. partout dans le monde, des essais atomiques ont contaminé la terre. Nucléaire militaire ou civil, c’est la même chose. c’est pour cela qu’il ne faut pas que la catastrophe tombe dans l’oubli, ni qu’on la réduise à un territoire. il ne s’agit pas de choix industriels ou énergétiques mais bien d’une question universelle qui touche l’avenir de notre civilisation.




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