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Revue de presse

Août 2016 / Echo Echanges

Le 71e jour de Hiroshima à Paris : La visite de Barack Obama à Hiroshima et un accord secret avec les Américains



Source : Echo Echanges

http://echoechanges-echoechanges.blogspot.fr/2016/08/71e-jour-de-hiroshima-la-visite-de.html

Le 71e jour de Hiroshima à Paris : La visite de Barack Obama à Hiroshima et un accord secret avec les Américains


La visite de Barack Obama à Hiroshima et un accord secret avec les Américains
 
Kolin Kobayashi
 
 Avant le 71e anniversaire de Hiroshima, le président des Etats-Unis, Barack Obama, a décidé de s’y rendre, le 27 mai, après le sommet du G7, qui s’est tenu à Isé au Japon. C’est le premier président américain, depuis la fin de la guerre, à accomplir cette démarche. Il est logique pour lui de se rendre à Hiroshima puisqu'il a reconnu la responsabilité des Etats-Unis, le seul pays qui a utilisé des bombes atomiques dans une guerre, dans sa déclaration de Prague, en 2009. Dans cette déclaration, il prônait l'abolition des armes nucléaires pour aller vers un monde sans nucléaire, et vers la paix.
Pourtant, son discours à Hiroshima disait autre chose :
 « Il y a soixante et onze ans, par un lumineux matin sans nuage, la mort est tombée du ciel et le monde a été changé... » C'est comme cela que Barack Obama a commencé son discours de 17 minutes après avoir visité le Centre de documentation pendant seulement 10 minutes. C'était une parodie, comme si la bombe atomique était tombée du ciel comme une catastrophe naturelle, comme un orage. Il a aussi réduit le nombre des victimes en citant le chiffre de 100 000 personnes disparues. En réalité, il y a eu 140 000 morts (le nombre de morts de la liste de décès de hibakusha dépasse 300 000). Il a évité de reconnaître la responsabilité de son pays devant le monument des Hibaku-sha. Dans son discours, il n'y avait aucune proposition concrète pour abolir l'arme nucléaire.
 Pourquoi est-il venu à Hiroshima ? Bien entendu, il est venu faire la promesse, avec Abé, le premier ministre japonais, d’une alliance solide entre les Etats-Unis et le Japon, en profitant politiquement du nom de Hiroshima, qui a une aura internationale pour la paix.
 Il est vrai que la visite d'un président américain à Hiroshima, tant attendue depuis la fin de la guerre, a suscité, malgré tout, une grande émotion dans les familles de Hibaku-sha et chez leurs descendants. La majorité de la population de Hiroshima, me semble-t-il, a reçu sa visite comme un signe positif. Certes, la décision de venir à Hiroshima du président Obama est courageuse. Pourtant, la déclaration de l’association HANWA critique vigoureusement l’absence d’excuses et la non-reconnaissance de la bombe atomique comme arme contre l’humanité.. Je souhaiterais ici vous transmettre cette voix minoritaire, mais pertinente.
 En effet, le beau discours de Barack Obama dénonçant une vision inhumaine du monde utilisant la bombe atomique a soigneusement évité d’évoquer la responsabilité propre des Etats-Unis dans la tragédie de Hiroshima-Nagasaki. Est-il vraiment crédible quand il exprime son ambition d’un monde sans armes nucléaires, qui lui a valu le prix Nobel de la paix en 2009, sans reconnaître lui-même que la bombe atomique est une arme génocidaire, qui ne fait pas de distinction entre les militaires et les civils, et dont l'usage pourrait être qualifié de crime contre l’humanité ? Ce courant associatif de Hiroshima considère qu’il est indissociable de reconnaître que les armes nucléaires provoquent des crimes contre l’humanité si on prétend aller vers un monde sans nucléaire. Il considère aussi que ne pas réclamer d’excuses aux Etats-Unis, comme le fait le gouvernement japonais, favorise un terrain idéologique évasif concernant la reconnaissance de la responsabilité des agressions des Japonais eux-mêmes et de leurs excuses. Il n’est pas contradictoire de vouloir surmonter la haine en général et de se poser la question de ses propres crimes et d’une demande de pardon. C'est cela le contenu essentiel de la voix du mouvement antinucléaire de Hiroshima.
Depuis plusieurs années, au sein de l'ONU, un groupe de travail concentre ses efforts pour faire avancer la réduction du nombre de missiles nucléaires. Récemment, ce groupe souhaite aboutir à la création d'une convention d'interdiction totale des armes nucléaires. Les Etats-Unis sont toujours absents aux réunions –malgré les discours d’Obama-, les autres pays nucléarisés aussi. Et le Japon prend la tête de l'opposition à cette convention avec une vingtaine d'autres pays qui souhaitent rester sous le parapluie de la dissuasion atomique. La position d’aujourd’hui de l’Etat japonais est tout à fait déshonorante et le peuple japonais doit se réveiller.
 Une autre question est cruciale. La domination postcoloniale permanente des Etats-Unis sur le Japon pèse sur les décisions géopolitiques du Japon aujourd'hui, notamment concernant Okinawa. La lutte contre les bases militaires américaines de la population locale s'organise actuellement très intensivement autour de Takaé et Henoko, à Okinawa. Parce que depuis 2009, après l’ouverture des archives américaines, nous savons bien qu'il y a eu un accord secret, appliqué depuis 1954, entre les Américains et les Japonais pour que l'armée américaine puisse transporter et faire transiter ses missiles nucléaires sur le sol du Japon, à Okinawa notamment. 1300 têtes nucléaires y ont été stockées et la marine américaine circulait librement avec des têtes nucléaires dans les ports militaires du Japon, alors que les dirigeants japonais prétendaient appliquer trois principes non nucléaires (ne pas fabriquer, ne pas posséder, ne pas introduire l’arme nucléaire) depuis 1967, à l'initiative du premier ministre de l'époque, Eisaku SATO, en cachant toujours la vérité, aujourd’hui incontestable, sous des mensonges, au peuple japonais qui était en majorité contre la bombe atomique. Cette situation ambiguë perdure après la catastrophe de Fukushima, et rien n’a été changé.
 Le 31 juillet, Mme Yuriko KOIKE*, fraîchement élue au poste de gouverneur de Tokyo, a réussi, par un discours populiste, avec un peu de « green washing » à faire croire qu’elle appartient à une filière écologiste. A vrai dire, c’est une ultra-conservatrice nationaliste qui n’hésite même pas à soutenir la politique du Japon qui souhaite s'armer de bombes atomiques.
 Voilà pourquoi nous avons encore beaucoup d'efforts à faire pour solidariser et globaliser notre lutte dans le monde entier. 
(message prononcé à la Place de la République, le 6 août matin, 2016)
 
* Mme Tomomi INADA, la nouvelle ministre de la défense, nommée récemment par le premier ministre partage la même position avec Mme Koiké concernant l’arme nucléaire et elles sont toutes les deux, membres du Congrès de Nippon, organisation extrême droite, nationaliste et révisionniste.


 

 

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Thèmes
Nucléaire militaire