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Sortir du nucléaire n°63

Novembre 2014

Alternatives

La scierie hydraulique de Machet

Novembre 2014




Au nord des Vosges, une scierie hydraulique est animée par une association qui veut faire de ce patrimoine un lieu vivant et symbolique du développement durable, en s’appuyant sur une entreprise d’insertion intégrée dans la filière bois.



La scierie de Machet est une des dernières scieries hydrauliques en activité du massif vosgien. Elle fonctionne grâce à un canal de 2km qui amène l’eau d’un ruisseau 40 m en surplomb de la scierie, jusqu’à une conduite forcée. À l’intérieur d’une grande halle en bois de 400 m2, une turbine Pelton de 30kW et une transmission en poulies et courroies entraînent la scie à ruban, la déligneuse (scie circulaire multiple) et différentes machines outils reliées entre elles mécaniquement. Le matériel date de l’entre-deux-guerres.

En 2005, l’association "Machet Énergie Nouvelle" reprend ce lieu pour en faire une "scierie qui vit et qui fait vivre son territoire" à travers quatre axes :

 Promouvoir des savoir-faire d’avenir,
 Développer des projets touristiques et culturels,
 Promouvoir les énergies renouvelables,
 Promouvoir la personne dans un cadre socio-professionnel.

Ce dernier objectif s’est concrétisé dans la création d’une entreprise d’insertion en 2008 qui emploie aujourd’hui cinq personnes dont le gérant, porteur initial du projet.

Il y a aujourd’hui une complémentarité entre les activités d’accueil, d’animation, de lien social sur le site, et le travail développé dans la filière bois par l’entreprise d’insertion. Et le public en visite à Machet apprécie que les trois piliers du développement durable soient défendus de manière égale.

Un projet symbolique du développement durable

En montant au canal à travers une belle hêtraie sapinière, l’environnement parle de lui-même. Il est facile d’aborder le cycle de l’eau, les énergies renouvelables, le rôle de la forêt dans ce site en zone Natura 2000. Lorsque la visite est animée par l’association partenaire "Lorraine Énergies Renouvelables" (www.asso-ler.fr), les enfants fabriquent des petits moulins. Les plus grands s’intéressent au stockage du carbone par le bois. D’autres observent les trous de pics épeiches et engagent une réflexion sur la chaîne alimentaire… L’énergie est présente à chaque pas de cette montée au canal.

Le social, on en parle devant le canal creusé en 1872. À l’époque, il y avait du travail pour tout le monde, c’était l’industrialisation des vallées vosgiennes. En aval de Machet, on trouve du textile, du verre, de la faïence, et des scieries évidemment, une tous les 2km en montagne. La forêt emploie toujours des bûcherons, des débardeurs, mais aussi des sylviculteurs, des transporteurs, techniciens, ingénieurs… Il faut dix fois moins d’ouvriers pour produire une planche aujourd’hui qu’il y a 100 ans. Mais faut-il s’en plaindre ou plutôt chercher à partager le gain de productivité ?

La dimension économique, 3ème pilier du développement durable, n’est pas oubliée à Machet. On comprend vite comment on produit de la valeur ajoutée en transformant le bois. Dans le chêne par exemple, un m3 de planches vaut 500€ HT alors qu’on a acheté des grumes 100€ le m3. Mais il ne faut pas oublier la perte de matière (50% environ de sciure, dosses et bois perdus) et déduire les consommables, pour voir la marge brute qui permet de payer les salaires. À Machet, on arrive difficilement à sortir deux SMIC. C’est pour cela que l’entreprise s’est diversifiée en amont et en aval de la filière bois.

L’intégration dans la filière bois et le territoire

L’entreprise d’insertion "Machet Production" s’est spécialisée dans le débardage alternatif (chenillard, câble) et a monté une menuiserie dans le bourg voisin pour produire des composteurs et du mobilier d’extérieur en acacia. Pour compléter le carnet de commande, les ouvriers fabriquent des piquets de parc et des palettes spéciales. Les cinq emplois créés placent l’entreprise au cœur de la filière bois.

Machet production est également prestataire sur une plateforme bois-énergie toute proche, appartenant au groupe Cofely Suez. Il ne s’agit que d’un mi-temps pour réceptionner les camions de bois, accompagner le broyage, bâcher et charger les camions de plaquettes qui approvisionnent de grosses chaudières du groupe. Mais cette activité complète l’insertion dans la filière bois avec ce domaine de l’énergie qui prend une place importante dans la valorisation du bois.

L’association ne voulait pas que le nom de Machet soit celui d’un musée où quelques nostalgiques entretiennent un outil dépassé. Si le sciage hydraulique est maintenu, c’est pour parler de l’avenir de la filière, du territoire où l’on vit… Faire ensemble la "transition".

Une semaine avant la fête à Machet qui a lieu fin août chaque année, des bénévoles maçonnent un quai en pierre devant la scierie. Un jeune est accueilli pour un TIG. Autour, des enfants font de la poterie, des constructions et autres activités encadrées par les parents. L’association se réjouit du mélange des genres, de la mixité sociale qui se fait petit à petit entre "bobos" et "locaux" de tous âges. Ce séjour chantier-vacances parents-enfants se veut aussi symbolique d’un mode de loisir et de production durable.

L’énergie

Peut-on dire que Machet soit énergétiquement durable ? Ce n’est pas parce que l’on vit une semaine à la scierie sans être raccordé à EDF que l’on ne consomme rien toute l’année, évidemment. Mais ce canal qui emprunte l’eau au ruisseau en valorisant son énergie potentielle sans même déranger les truites, peut être le symbole d’une transition énergétique indispensable.

Le micro-hydraulique est une source d’énergie à valoriser. À Machet par exemple, l’énergie disponible est de 20kW en moyenne. Le sciage en consomme la moitié, et seulement 350h par an, soit 4% du temps. Malheureusement, le raccordement au réseau à plus d’1 km a découragé l’association de revendre cette énergie sur le réseau électrique. Mais si un militant veut ressortir le dossier des cartons, il est bienvenu dans l’association. Il faut simplement être persévérant au niveau juridique et administratif.

La scierie de Machet témoigne que l’énergie provient toujours d’un cycle, celui de l’eau pour faire fonctionner la turbine, celui de l’arbre pour construire nos maisons et les chauffer, celui de nos relations pour vivre de belles aventures.

Guillaume Lecorvaisier

La scierie de Machet est une des dernières scieries hydrauliques en activité du massif vosgien. Elle fonctionne grâce à un canal de 2km qui amène l’eau d’un ruisseau 40 m en surplomb de la scierie, jusqu’à une conduite forcée. À l’intérieur d’une grande halle en bois de 400 m2, une turbine Pelton de 30kW et une transmission en poulies et courroies entraînent la scie à ruban, la déligneuse (scie circulaire multiple) et différentes machines outils reliées entre elles mécaniquement. Le matériel date de l’entre-deux-guerres.

En 2005, l’association "Machet Énergie Nouvelle" reprend ce lieu pour en faire une "scierie qui vit et qui fait vivre son territoire" à travers quatre axes :

 Promouvoir des savoir-faire d’avenir,
 Développer des projets touristiques et culturels,
 Promouvoir les énergies renouvelables,
 Promouvoir la personne dans un cadre socio-professionnel.

Ce dernier objectif s’est concrétisé dans la création d’une entreprise d’insertion en 2008 qui emploie aujourd’hui cinq personnes dont le gérant, porteur initial du projet.

Il y a aujourd’hui une complémentarité entre les activités d’accueil, d’animation, de lien social sur le site, et le travail développé dans la filière bois par l’entreprise d’insertion. Et le public en visite à Machet apprécie que les trois piliers du développement durable soient défendus de manière égale.

Un projet symbolique du développement durable

En montant au canal à travers une belle hêtraie sapinière, l’environnement parle de lui-même. Il est facile d’aborder le cycle de l’eau, les énergies renouvelables, le rôle de la forêt dans ce site en zone Natura 2000. Lorsque la visite est animée par l’association partenaire "Lorraine Énergies Renouvelables" (www.asso-ler.fr), les enfants fabriquent des petits moulins. Les plus grands s’intéressent au stockage du carbone par le bois. D’autres observent les trous de pics épeiches et engagent une réflexion sur la chaîne alimentaire… L’énergie est présente à chaque pas de cette montée au canal.

Le social, on en parle devant le canal creusé en 1872. À l’époque, il y avait du travail pour tout le monde, c’était l’industrialisation des vallées vosgiennes. En aval de Machet, on trouve du textile, du verre, de la faïence, et des scieries évidemment, une tous les 2km en montagne. La forêt emploie toujours des bûcherons, des débardeurs, mais aussi des sylviculteurs, des transporteurs, techniciens, ingénieurs… Il faut dix fois moins d’ouvriers pour produire une planche aujourd’hui qu’il y a 100 ans. Mais faut-il s’en plaindre ou plutôt chercher à partager le gain de productivité ?

La dimension économique, 3ème pilier du développement durable, n’est pas oubliée à Machet. On comprend vite comment on produit de la valeur ajoutée en transformant le bois. Dans le chêne par exemple, un m3 de planches vaut 500€ HT alors qu’on a acheté des grumes 100€ le m3. Mais il ne faut pas oublier la perte de matière (50% environ de sciure, dosses et bois perdus) et déduire les consommables, pour voir la marge brute qui permet de payer les salaires. À Machet, on arrive difficilement à sortir deux SMIC. C’est pour cela que l’entreprise s’est diversifiée en amont et en aval de la filière bois.

L’intégration dans la filière bois et le territoire

L’entreprise d’insertion "Machet Production" s’est spécialisée dans le débardage alternatif (chenillard, câble) et a monté une menuiserie dans le bourg voisin pour produire des composteurs et du mobilier d’extérieur en acacia. Pour compléter le carnet de commande, les ouvriers fabriquent des piquets de parc et des palettes spéciales. Les cinq emplois créés placent l’entreprise au cœur de la filière bois.

Machet production est également prestataire sur une plateforme bois-énergie toute proche, appartenant au groupe Cofely Suez. Il ne s’agit que d’un mi-temps pour réceptionner les camions de bois, accompagner le broyage, bâcher et charger les camions de plaquettes qui approvisionnent de grosses chaudières du groupe. Mais cette activité complète l’insertion dans la filière bois avec ce domaine de l’énergie qui prend une place importante dans la valorisation du bois.

L’association ne voulait pas que le nom de Machet soit celui d’un musée où quelques nostalgiques entretiennent un outil dépassé. Si le sciage hydraulique est maintenu, c’est pour parler de l’avenir de la filière, du territoire où l’on vit… Faire ensemble la "transition".

Une semaine avant la fête à Machet qui a lieu fin août chaque année, des bénévoles maçonnent un quai en pierre devant la scierie. Un jeune est accueilli pour un TIG. Autour, des enfants font de la poterie, des constructions et autres activités encadrées par les parents. L’association se réjouit du mélange des genres, de la mixité sociale qui se fait petit à petit entre "bobos" et "locaux" de tous âges. Ce séjour chantier-vacances parents-enfants se veut aussi symbolique d’un mode de loisir et de production durable.

L’énergie

Peut-on dire que Machet soit énergétiquement durable ? Ce n’est pas parce que l’on vit une semaine à la scierie sans être raccordé à EDF que l’on ne consomme rien toute l’année, évidemment. Mais ce canal qui emprunte l’eau au ruisseau en valorisant son énergie potentielle sans même déranger les truites, peut être le symbole d’une transition énergétique indispensable.

Le micro-hydraulique est une source d’énergie à valoriser. À Machet par exemple, l’énergie disponible est de 20kW en moyenne. Le sciage en consomme la moitié, et seulement 350h par an, soit 4% du temps. Malheureusement, le raccordement au réseau à plus d’1 km a découragé l’association de revendre cette énergie sur le réseau électrique. Mais si un militant veut ressortir le dossier des cartons, il est bienvenu dans l’association. Il faut simplement être persévérant au niveau juridique et administratif.

La scierie de Machet témoigne que l’énergie provient toujours d’un cycle, celui de l’eau pour faire fonctionner la turbine, celui de l’arbre pour construire nos maisons et les chauffer, celui de nos relations pour vivre de belles aventures.

Guillaume Lecorvaisier