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Sortir du nucléaire n°37

Déc - janv 2008

Etat des lieux

La relance du nucléaire s’annonce plus difficile que prévu

Déc - janv 2008




La renaissance du nucléaire promet d’être difficile, souligne un rapport présenté le 21 novembre 2007 devant les parlementaires européens à Strasbourg et réalisé pour le groupe des Verts (1).



Premier constat : le nucléaire fait pour l’instant du surplace. Sur la période 2004-2007, le nucléaire a représenté à peine 1,5 % des capacités électriques supplémentaires installées dans le monde.

Dans cette conjoncture, les opérateurs nucléaires ont-ils raison d’annoncer des jours meilleurs ? En passant en revue les diverses prospectives disponibles, Mycle Schneider et Antony Frogatt, deux consultants connus pour leur défiance à l’égard du nucléaire, constatent que les taux de croissance envisagés vont de 415 gigawatts (GW) installés en 2030 pour le scénario le plus pessimiste à 833 GW pour le plus optimiste.

Sachant qu’il faudrait remplacer 250 réacteurs d’ici à 2050, sur la base d’une durée de vie de 40 ans par réacteur, ils jugent ces scénarios optimistes. Pour atteindre 700 GW en 2030, l’industrie nucléaire devrait retrouver pendant des décennies le rythme de croissance des années 1980. A cette époque, un réacteur nucléaire était mis en route tous les 17 jours dans le monde. Impossible aujourd’hui, soulignent les auteurs en relevant les obstacles financiers, les problèmes d’acceptation du public et surtout le manque de plus en plus grave de personnel et de formation.

Et de citer Art Stall, en charge de la division nucléaire de la société électrique Florida Power & Light, dont 40 % des effectifs dans les centrales nucléaires vont arriver à la retraite et qu’il ne
parvient pas à remplacer. Chez EDF, en France, 40 % des équipes des centrales seront à la retraite d’ici à 2015. Depuis l’an passé, EDF comme Areva font des efforts énormes pour embaucher des ingénieurs, mais la tâche est ardue. Seuls 50 diplômés sortent chaque année de l’Institut des sciences nucléaires et techniques.

Aux Etats-Unis, 65 universités dispensaient des programmes pour former des ingénieurs nucléaires dans les années 1980. Aujourd’hui, elles ne sont plus que 29. En Europe, au Royaume-Uni, il n’existe plus aucun cours nucléaire au niveau de la licence, et en Allemagne, les sciences nucléaires ne sont plus enseignées que dans 10 universités, contre 22 en 2000. Le directeur de l’Institut de sûreté nucléaire allemand parle d’ailleurs d’une réelle menace pour la sûreté des installations nucléaires.
Dans l’industrie, le nombre de bureaux d’études et de sous-traitants a lui aussi fondu depuis les années 1980. “En conclusion, une relance du nucléaire sera tout sauf simple et donc, d’ici à 2030, l’apport de l’industrie nucléaire dans la lutte contre le réchauffement climatique sera négligeable”, conclut Mycle Schneider.
Selon un rapport américain : le nucléaire est impuissant contre le changement climatique

L’énergie nucléaire n’est pas susceptible de jouer un rôle important à court terme contre le changement climatique ou pour renforcer la sécurité énergétique des USA, selon un rapport spécifique du Conseil des relations extérieures publié le 18 avril 2007. Le rapport, dirigé par Charles Ferguson, conseiller pour la science et la technologie, indique qu’il est impossible de réunir les conditions nécessaires à une expansion rapide du nucléaire de façon à influer sur le changement climatique. Les USA comptent actuellement 103 réacteurs nucléaires. “Même en augmentant de 20 ans leur durée de vie, tous les réacteurs actuels seront fermés vers le milieu du siècle” précise le Conseil dans un dossier de presse. Selon le rapport, pour simplement remplacer le parc actuel, les USA devraient construire un réacteur tous les 4 ou 5 mois pendant les 40 prochaines années. Pour cette simple raison, l’énergie nucléaire restera une option marginale au moins pour les 50 prochaines années.

Source : Washington (Platts)
Anne Bauer
Les Echos - 21 novembre 2007

1.“The World Nuclear Industry Status Report 2007”. Le rapport est téléchargeable sur le site des Verts au Parlement européen : http://www.greens-efa.org

Premier constat : le nucléaire fait pour l’instant du surplace. Sur la période 2004-2007, le nucléaire a représenté à peine 1,5 % des capacités électriques supplémentaires installées dans le monde.

Dans cette conjoncture, les opérateurs nucléaires ont-ils raison d’annoncer des jours meilleurs ? En passant en revue les diverses prospectives disponibles, Mycle Schneider et Antony Frogatt, deux consultants connus pour leur défiance à l’égard du nucléaire, constatent que les taux de croissance envisagés vont de 415 gigawatts (GW) installés en 2030 pour le scénario le plus pessimiste à 833 GW pour le plus optimiste.

Sachant qu’il faudrait remplacer 250 réacteurs d’ici à 2050, sur la base d’une durée de vie de 40 ans par réacteur, ils jugent ces scénarios optimistes. Pour atteindre 700 GW en 2030, l’industrie nucléaire devrait retrouver pendant des décennies le rythme de croissance des années 1980. A cette époque, un réacteur nucléaire était mis en route tous les 17 jours dans le monde. Impossible aujourd’hui, soulignent les auteurs en relevant les obstacles financiers, les problèmes d’acceptation du public et surtout le manque de plus en plus grave de personnel et de formation.

Et de citer Art Stall, en charge de la division nucléaire de la société électrique Florida Power & Light, dont 40 % des effectifs dans les centrales nucléaires vont arriver à la retraite et qu’il ne
parvient pas à remplacer. Chez EDF, en France, 40 % des équipes des centrales seront à la retraite d’ici à 2015. Depuis l’an passé, EDF comme Areva font des efforts énormes pour embaucher des ingénieurs, mais la tâche est ardue. Seuls 50 diplômés sortent chaque année de l’Institut des sciences nucléaires et techniques.

Aux Etats-Unis, 65 universités dispensaient des programmes pour former des ingénieurs nucléaires dans les années 1980. Aujourd’hui, elles ne sont plus que 29. En Europe, au Royaume-Uni, il n’existe plus aucun cours nucléaire au niveau de la licence, et en Allemagne, les sciences nucléaires ne sont plus enseignées que dans 10 universités, contre 22 en 2000. Le directeur de l’Institut de sûreté nucléaire allemand parle d’ailleurs d’une réelle menace pour la sûreté des installations nucléaires.
Dans l’industrie, le nombre de bureaux d’études et de sous-traitants a lui aussi fondu depuis les années 1980. “En conclusion, une relance du nucléaire sera tout sauf simple et donc, d’ici à 2030, l’apport de l’industrie nucléaire dans la lutte contre le réchauffement climatique sera négligeable”, conclut Mycle Schneider.
Selon un rapport américain : le nucléaire est impuissant contre le changement climatique

L’énergie nucléaire n’est pas susceptible de jouer un rôle important à court terme contre le changement climatique ou pour renforcer la sécurité énergétique des USA, selon un rapport spécifique du Conseil des relations extérieures publié le 18 avril 2007. Le rapport, dirigé par Charles Ferguson, conseiller pour la science et la technologie, indique qu’il est impossible de réunir les conditions nécessaires à une expansion rapide du nucléaire de façon à influer sur le changement climatique. Les USA comptent actuellement 103 réacteurs nucléaires. “Même en augmentant de 20 ans leur durée de vie, tous les réacteurs actuels seront fermés vers le milieu du siècle” précise le Conseil dans un dossier de presse. Selon le rapport, pour simplement remplacer le parc actuel, les USA devraient construire un réacteur tous les 4 ou 5 mois pendant les 40 prochaines années. Pour cette simple raison, l’énergie nucléaire restera une option marginale au moins pour les 50 prochaines années.

Source : Washington (Platts)
Anne Bauer
Les Echos - 21 novembre 2007

1.“The World Nuclear Industry Status Report 2007”. Le rapport est téléchargeable sur le site des Verts au Parlement européen : http://www.greens-efa.org



Thèmes
Politique énergétique