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Sortir du nucléaire n°28

Septembre 2005

Alternatives

La première éolienne au monde dont les propriétaires sont des enfants

Septembre 2005




Un projet citoyen exceptionnel, mariant intérêt financier et finalités éducatives.



« Où s’qui za sont aveu st’éolienne-là ? ». à Mesnil-Eglise, petit village belge blotti en pleine campagne, les habitants s’interrogent. Il y a 6 mois, une première éolienne s’est élevée sur les épaules du village voisin, Finnevaux. Déjà une petite révolution. Et voici que la société « Vents d’Houyet » en annonce une seconde pour mai 2005, sur la crête du Grand Sart. Mieux : il paraît que les propriétaires seront des enfants. À en perdre son patois.

« Il y a vingt ans, j’avais déjà fait des mesures ici, à une époque où le renouvelable n’avait pas droit de cité, nous raconte Bernard Delville. Aujourd’hui beaucoup de choses ont changé : les machines sont performantes, le contexte est plus propice et la revente d’électricité verte facilitée ». Un vent si favorable que cet utopiste pragmatique reçoit l’an dernier une aide confortable de la Région wallonne et de l’Europe pour installer une éolienne à deux pas de son village et dont la production suffit à alimenter l’équivalent de 250 familles toute l’année. Mais l’homme ne s’arrête pas là. Outre le plus pour l’environnement, les 100 000 € annuels tirés de la revente d’électricité verte permettent désormais à la société spécialement créée, « Vents d’Houyet », de consacrer d’importants moyens à la sensibilisation. « L’Académie du Vent, qui faisait partie du volet éducatif de notre subvention, est désormais alimentée sur fonds propres et sensibilise dans les écoles, les fêtes locales, etc. Le reste de l’argent est investi dans une seconde éolienne, qui sera financée en grande partie par une coopérative d’enfants ».

Un bas de laine en forme d’éolienne

Le principe est simple : avec des participations à la construction de 100 euros par part, l’enfant-coopérateur, souvent parrainé par sa famille, se verra rétribuer une partie des revenus tirés de l’énergie éolienne produite. Il devient ainsi un véritable actionnaire de l’énergie alternative.

« Dans un premier temps, comme la part de fonds propres est faible, avec 500 parts d’enfants (10% de l’ensemble de l’investissement), on va d’abord rembourser la banque, explique M. Delville. Après 2 ans, en principe, un petit revenu de 2% sera alloué aux coopérateurs. Ce revenu passera à 6% dès le remboursement de la Banque, au plus tard dans 11 ans. Plus il y aura d’actionnaires, plus vite l’emprunt sera remboursé. »

Le regard de Bernard Delville porte loin, tiré par son enthousiasme sans borne. Derrière cette deuxième éolienne, se profile déjà une troisième : « La démonstration est intéressante pour montrer aux communes qu’elles devraient exploiter leurs ressources renouvelables ».

La formule semble en effet séduire. Parents, parrains et grands-parents viennent de partout, du sud Luxembourg à Bruxelles. Un Belge a même pris des parts pour des enfants de Dakar.

« Et tous demandent qu’on leur explique l’enjeu des énergies renouvelables. C’est très important, car le conseil d’administration de la coopérative est très attentif à la pérennité du projet, estimant qu’au-delà de l’enjeu financier, le rôle éducatif de l’initiative est prioritaire ».

Académiciens en air

Pour faire ce lien nécessaire entre les collines venteuses de Mesnil-Eglise et les classes de toute la Wallonie, Vents d’Houyet s’est offert un maillon de choix : l’Académie du vent. Ici, dans l’antique école communale de Sart-Eustache, Isabelle Van Damme et Thérèse Gobert sont venues animer les élèves de « Madame Laurence ». Sur le grand tableau vert, l’institutrice inscrit « L’effet de serre » sous la date du jour.

« Qu’est-ce qui pollue ? », demande Isabelle à la petite dizaine d’enfants de tous âges, réunis en une classe unique. « Les pelures de pommes de terre », répond le petit Bastien. « Les usines », enchaîne Christophe, l’aîné de la classe. L’animatrice, par un jeu incessant de questions-réponses, amène alors son auditoire vers les notions d’effet de serre, les différents types d’énergies fossiles et renouvelables. Avant de parcourir une journée entière, du lever au coucher, en recommandant des petits choix quotidiens - de l’ampoule économique au vélo - et en expliquant le gain pour l’environnement, donc pour nous.

Les aventures d’Alert Sassoufl

Thérèse prend le relais. Elle ouvre les bras, se penche, transforme l’estrade en scène du Théâtre National, et pousse sa voix pour conter « les aventures rocambolesques d’Alert Sassoufl ». « Lorsqu’il vit pour la première fois le nouveau-né qui était son fils, Archibald Sassoufl se pinça. Non, ce gamin sortait de l’ordinaire… ». L’actrice d’un jour emmène les enfants ébahis, silencieux, dans son voyage imaginaire. Celui d’un gosse si léger qu’il s’envole partout. Jusqu’à rencontrer, en plein vol, une éolienne comme celle de Finnevaux. Là, le conte s’arrête. Ou plutôt prend la pause : « Le reste de l’aventure se retrouvera dans le journal de l’association, auquel la classe sera désormais abonnée ».

Alert Sassoufl rencontrant une éolienne, la perche est tendue à Isabelle pour expliquer avec force images tous les usages du vent, pour se déplacer, produire de l’énergie mécanique (moulin) ou de l’électricité (éolienne). « Savez-vous pourquoi il y a plus d’éoliennes à la mer ? », demande l’animatrice. Convaincu, un petit bout de 6 ans lance « Parce qu’il y a plus d’hôtels ». Il n’a pas entièrement tort, puisqu’on y consomme beaucoup d’énergie. La grande Laura, assise dans le fond de la classe, intervient :

« S’il n’y a plus d’usine pour l’électricité, il y aura plus d’éoliennes ? ». « Oui, répond Isabelle, c’est l’un des objectifs : supprimer des centrales et les remplacer par de l’énergie éolienne, solaire, hydrau-lique… ». « Mais alors, les gens devront mettre des éoliennes chez eux », rétorque très justement l’élève, soulevant ainsi l’enjeu, à Mesnil - Eglise, comme ailleurs.

Source : Billy-Globe - Le site belge du Développement durable

www.billy-globe.org

« Où s’qui za sont aveu st’éolienne-là ? ». à Mesnil-Eglise, petit village belge blotti en pleine campagne, les habitants s’interrogent. Il y a 6 mois, une première éolienne s’est élevée sur les épaules du village voisin, Finnevaux. Déjà une petite révolution. Et voici que la société « Vents d’Houyet » en annonce une seconde pour mai 2005, sur la crête du Grand Sart. Mieux : il paraît que les propriétaires seront des enfants. À en perdre son patois.

« Il y a vingt ans, j’avais déjà fait des mesures ici, à une époque où le renouvelable n’avait pas droit de cité, nous raconte Bernard Delville. Aujourd’hui beaucoup de choses ont changé : les machines sont performantes, le contexte est plus propice et la revente d’électricité verte facilitée ». Un vent si favorable que cet utopiste pragmatique reçoit l’an dernier une aide confortable de la Région wallonne et de l’Europe pour installer une éolienne à deux pas de son village et dont la production suffit à alimenter l’équivalent de 250 familles toute l’année. Mais l’homme ne s’arrête pas là. Outre le plus pour l’environnement, les 100 000 € annuels tirés de la revente d’électricité verte permettent désormais à la société spécialement créée, « Vents d’Houyet », de consacrer d’importants moyens à la sensibilisation. « L’Académie du Vent, qui faisait partie du volet éducatif de notre subvention, est désormais alimentée sur fonds propres et sensibilise dans les écoles, les fêtes locales, etc. Le reste de l’argent est investi dans une seconde éolienne, qui sera financée en grande partie par une coopérative d’enfants ».

Un bas de laine en forme d’éolienne

Le principe est simple : avec des participations à la construction de 100 euros par part, l’enfant-coopérateur, souvent parrainé par sa famille, se verra rétribuer une partie des revenus tirés de l’énergie éolienne produite. Il devient ainsi un véritable actionnaire de l’énergie alternative.

« Dans un premier temps, comme la part de fonds propres est faible, avec 500 parts d’enfants (10% de l’ensemble de l’investissement), on va d’abord rembourser la banque, explique M. Delville. Après 2 ans, en principe, un petit revenu de 2% sera alloué aux coopérateurs. Ce revenu passera à 6% dès le remboursement de la Banque, au plus tard dans 11 ans. Plus il y aura d’actionnaires, plus vite l’emprunt sera remboursé. »

Le regard de Bernard Delville porte loin, tiré par son enthousiasme sans borne. Derrière cette deuxième éolienne, se profile déjà une troisième : « La démonstration est intéressante pour montrer aux communes qu’elles devraient exploiter leurs ressources renouvelables ».

La formule semble en effet séduire. Parents, parrains et grands-parents viennent de partout, du sud Luxembourg à Bruxelles. Un Belge a même pris des parts pour des enfants de Dakar.

« Et tous demandent qu’on leur explique l’enjeu des énergies renouvelables. C’est très important, car le conseil d’administration de la coopérative est très attentif à la pérennité du projet, estimant qu’au-delà de l’enjeu financier, le rôle éducatif de l’initiative est prioritaire ».

Académiciens en air

Pour faire ce lien nécessaire entre les collines venteuses de Mesnil-Eglise et les classes de toute la Wallonie, Vents d’Houyet s’est offert un maillon de choix : l’Académie du vent. Ici, dans l’antique école communale de Sart-Eustache, Isabelle Van Damme et Thérèse Gobert sont venues animer les élèves de « Madame Laurence ». Sur le grand tableau vert, l’institutrice inscrit « L’effet de serre » sous la date du jour.

« Qu’est-ce qui pollue ? », demande Isabelle à la petite dizaine d’enfants de tous âges, réunis en une classe unique. « Les pelures de pommes de terre », répond le petit Bastien. « Les usines », enchaîne Christophe, l’aîné de la classe. L’animatrice, par un jeu incessant de questions-réponses, amène alors son auditoire vers les notions d’effet de serre, les différents types d’énergies fossiles et renouvelables. Avant de parcourir une journée entière, du lever au coucher, en recommandant des petits choix quotidiens - de l’ampoule économique au vélo - et en expliquant le gain pour l’environnement, donc pour nous.

Les aventures d’Alert Sassoufl

Thérèse prend le relais. Elle ouvre les bras, se penche, transforme l’estrade en scène du Théâtre National, et pousse sa voix pour conter « les aventures rocambolesques d’Alert Sassoufl ». « Lorsqu’il vit pour la première fois le nouveau-né qui était son fils, Archibald Sassoufl se pinça. Non, ce gamin sortait de l’ordinaire… ». L’actrice d’un jour emmène les enfants ébahis, silencieux, dans son voyage imaginaire. Celui d’un gosse si léger qu’il s’envole partout. Jusqu’à rencontrer, en plein vol, une éolienne comme celle de Finnevaux. Là, le conte s’arrête. Ou plutôt prend la pause : « Le reste de l’aventure se retrouvera dans le journal de l’association, auquel la classe sera désormais abonnée ».

Alert Sassoufl rencontrant une éolienne, la perche est tendue à Isabelle pour expliquer avec force images tous les usages du vent, pour se déplacer, produire de l’énergie mécanique (moulin) ou de l’électricité (éolienne). « Savez-vous pourquoi il y a plus d’éoliennes à la mer ? », demande l’animatrice. Convaincu, un petit bout de 6 ans lance « Parce qu’il y a plus d’hôtels ». Il n’a pas entièrement tort, puisqu’on y consomme beaucoup d’énergie. La grande Laura, assise dans le fond de la classe, intervient :

« S’il n’y a plus d’usine pour l’électricité, il y aura plus d’éoliennes ? ». « Oui, répond Isabelle, c’est l’un des objectifs : supprimer des centrales et les remplacer par de l’énergie éolienne, solaire, hydrau-lique… ». « Mais alors, les gens devront mettre des éoliennes chez eux », rétorque très justement l’élève, soulevant ainsi l’enjeu, à Mesnil - Eglise, comme ailleurs.

Source : Billy-Globe - Le site belge du Développement durable

www.billy-globe.org



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