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Sortir du nucléaire n°40

Novembre 2008

Alternatives

La montagne Grenelle accouche d’une souris...

Novembre 2008




Depuis le rapport Meadows pour le club de Rome en 1971, nous savons que les ressources de la planète ne sont pas infinies, pas plus que ses capacités à éponger nos déchets. Il y a dix ans, nous n’étions qu’un petit milliard de terriens à vivre grassement en épuisant les ressources que la Terre nous avait léguées.



Il se trouve que depuis quelques années, les Brésiliens, les Russes, les Indiens ou les Chinois (les BRIC) ont envie aussi de croquer la vraie vie de consommateur à pleines dents. Et nous nous trouvons presque deux fois plus nombreux, en dix ans à peine, à vouloir en profiter. L’explosion démographique des épuiseurs de ressources ne va pas s’arrêter là...

Il nous faut donc, à nous, “premier monde”, réduire nos prédations de ressources, pour les partager avec tous les autres humains, et réduire nos productions de déchets et de nuisances, sinon ça va chauffer....

Tendre vers une efficacité énergétique de la production des matériaux

Prenons le bâtiment en France. Tout le monde (industriels de l’isolation, politiques, bailleurs sociaux, thermiciens, économistes, écologistes, etc.) est d’accord pour reconnaître qu’il faut
que les bâtiments soient plus efficaces en matière d’utilisation de l’énergie. Les normes vont donc devenir de plus en plus rigoureuses sur la résistance thermique des parois dans le bâtiment neuf.
Du côté rénovation, un “ambitieux” plan de rénovation thermique de l’existant saupoudré sur quarante ans va vraisemblablement être décidé, qui sera en accord avec la capacité de production de l’industrie de l’isolation. Pour le financement, les propriétaires iront voir leur banque, signer des crédits remboursables sur les économies d’énergie obtenues par les travaux réalisés. Sont concernés 3 millions de logements en urgence et 10 millions qui sont des passoires à énergie.
On pourrait penser après une lecture rapide de ce projet de loi que “c’est convenable”. Certes, si ce n’est que les isolants minéraux coûtent beaucoup d’énergie et d’effet de serre à la fabrication, et que les personnes informées et riches seront sans aucun doute bien mieux et bien plus vite servies que les personnes pauvres et peu informées. Un double problème de cohérence, donc avec le discours affiché, très empreint d’urgence.

On pourra donc facilement constater que la dimension équitable dans la société est très mal prise en compte, et que rien n’est fait pour l’efficacité énergétique de la production des matériaux.

Une place pour les écomatériaux

On aurait pu encourager la construction avec des matériaux végétaux de proximité, comme les pailles de blé, seigle, orge, voire même tournesol : bien moins polluantes, fixatrices simples de CO2, moteur d’une activité économique locale entre ville et campagne et porteuses d’une partie des remèdes pour la question de la mixité sociale, les pailles auraient pu être mises en avant pour leur pertinence à ce moment important de la discussion politique sur l’avenir de la planète. Il n’en a rien été et le projet de loi en juillet 2008 dite du “Grenelle de l’environnement” est très loin d’en prendre le chemin.

Du strict point de vue arithmétique, si l’on examine un mètre carré de paroi dans 3 techniques constructives (la brique monomur, le parpaing + laine de verre, ou le terre-paille), et ceci du point de vue énergie incorporée, émission de gaz à effet de serre, ou intérêt social, on voit que le projet de Grenelle actuel n’est pas en face du problème.

Quelques données sur les matériaux

Cf. graphique 1 ci-dessous.

Ce qu’on peut traduire par la réalité suivante : si l’on utilise 100 litres de pétrole (environ 1 MWh) pour produire du matériau de construction, on peut fabriquer 65 m2 de terre-paille, 13 m2 de parpaing + laine de verre et 3 m2 de briques monomur.

Cf. graphique 2 ci-dessous.

Ainsi en construisant une maison en terre-paille, on capture le carbone émis par 2 maisons en parpaing + laine de verre et les deux tiers du carbone émis par la maison en brique monomur. On évite ainsi d’avoir à fabriquer des puits de carbone.

Cf. graphique 3 ci-dessous.

Quand la société décide de consommer un MWh, (environ cent litres de pétrole), pour construire du bâtiment, elle permet à un ouvrier de travailler pendant 3 à 4 mois si c’est pour fabriquer du terre-paille, une petite semaine si c’est pour du parpaing + laine de verre, et une journée si c’est pour de la brique monomur.

Bâtiment à énergie positive = bâtiment écologique ?

On envisage que d’ici 15 ans environ les bâtiments neufs à construire seront à “énergie positive”...

Ce n’est pas parce qu’un bâtiment fabrique plus d’énergie qu’il n’en consomme que pour autant il est respectueux de l’environnement. En fait ce qui compte, c’est bien plutôt ce qu’il fait de cette énergie produite et dans quel contexte cette énergie est utilisée. Si chaque immeuble neuf est équipé de capteurs photovoltaïques alors que l’on continue à y prendre des douches chaudes type “chutes du Niagara” tous les jours, que tous les équipements de la maison, du garage, ou des jardins, réclament au nom de la domotique, de l’efficacité thermique, de la sécurité ou du confort une consommation importante et continue d’électricité dedans et dehors, et qu’au nom de l’impérieux droit à disposer de l’énergie à tous moments, cet immeuble reste connecté au réseau national des centrales nucléaires, non seulement on consommera beaucoup, et de plus en plus d’énergie d’origine renouvelable, mais on consommera aussi toujours plus d’énergie d’origine nucléaire. Si en plus, la voiture électrique devient le mode de déplacement de référence, rechargeable à la maison, alors tous les ingrédients sont réunis pour que le Grenelle ne tourne qu’à un rideau de fumée en vue de faire passer encore plus de nucléaire.
Il est donc important que l’encouragement à utiliser les énergies renouvelables s’accompagne d’une double restriction par ailleurs : 1° même couverte de photopiles, une maison ou un bureau doivent être sobres. 2° pour chaque équipement de production en énergie renouvelable installé en public ou en privé, il devrait être obligatoire de diminuer d’au moins du double ou du triple de cette capacité en nucléaire, puisque “le progrès technologique” nous permet d’être chaque jour plus efficace. Pour 300 Mégawatts de renouvelables installés, un réacteur de 900 MW fermé ! Sans quoi, notre consommation d’énergie ne cessera de croître, et avec elle la production de déchets, nos déplacements, la quantité de nos biens, etc. sans que le reste du monde n’y ait autant accès et sans que pour autant la planète ne soit capable d’en digérer les rebuts.

Ainsi, donc, avec la loi “Grenelle”, on va voir passer sur la route un beau tsunami de nombreux camions de laine de verre... et toujours plus de camions de déchets radioactifs.

Alain Marcom

Maçon, membre d’ARESO (Association Régionale des Eco-constructeurs du Sud-Ouest) http://www.areso.asso.fr/

Il se trouve que depuis quelques années, les Brésiliens, les Russes, les Indiens ou les Chinois (les BRIC) ont envie aussi de croquer la vraie vie de consommateur à pleines dents. Et nous nous trouvons presque deux fois plus nombreux, en dix ans à peine, à vouloir en profiter. L’explosion démographique des épuiseurs de ressources ne va pas s’arrêter là...

Il nous faut donc, à nous, “premier monde”, réduire nos prédations de ressources, pour les partager avec tous les autres humains, et réduire nos productions de déchets et de nuisances, sinon ça va chauffer....

Tendre vers une efficacité énergétique de la production des matériaux

Prenons le bâtiment en France. Tout le monde (industriels de l’isolation, politiques, bailleurs sociaux, thermiciens, économistes, écologistes, etc.) est d’accord pour reconnaître qu’il faut
que les bâtiments soient plus efficaces en matière d’utilisation de l’énergie. Les normes vont donc devenir de plus en plus rigoureuses sur la résistance thermique des parois dans le bâtiment neuf.
Du côté rénovation, un “ambitieux” plan de rénovation thermique de l’existant saupoudré sur quarante ans va vraisemblablement être décidé, qui sera en accord avec la capacité de production de l’industrie de l’isolation. Pour le financement, les propriétaires iront voir leur banque, signer des crédits remboursables sur les économies d’énergie obtenues par les travaux réalisés. Sont concernés 3 millions de logements en urgence et 10 millions qui sont des passoires à énergie.
On pourrait penser après une lecture rapide de ce projet de loi que “c’est convenable”. Certes, si ce n’est que les isolants minéraux coûtent beaucoup d’énergie et d’effet de serre à la fabrication, et que les personnes informées et riches seront sans aucun doute bien mieux et bien plus vite servies que les personnes pauvres et peu informées. Un double problème de cohérence, donc avec le discours affiché, très empreint d’urgence.

On pourra donc facilement constater que la dimension équitable dans la société est très mal prise en compte, et que rien n’est fait pour l’efficacité énergétique de la production des matériaux.

Une place pour les écomatériaux

On aurait pu encourager la construction avec des matériaux végétaux de proximité, comme les pailles de blé, seigle, orge, voire même tournesol : bien moins polluantes, fixatrices simples de CO2, moteur d’une activité économique locale entre ville et campagne et porteuses d’une partie des remèdes pour la question de la mixité sociale, les pailles auraient pu être mises en avant pour leur pertinence à ce moment important de la discussion politique sur l’avenir de la planète. Il n’en a rien été et le projet de loi en juillet 2008 dite du “Grenelle de l’environnement” est très loin d’en prendre le chemin.

Du strict point de vue arithmétique, si l’on examine un mètre carré de paroi dans 3 techniques constructives (la brique monomur, le parpaing + laine de verre, ou le terre-paille), et ceci du point de vue énergie incorporée, émission de gaz à effet de serre, ou intérêt social, on voit que le projet de Grenelle actuel n’est pas en face du problème.

Quelques données sur les matériaux

Cf. graphique 1 ci-dessous.

Ce qu’on peut traduire par la réalité suivante : si l’on utilise 100 litres de pétrole (environ 1 MWh) pour produire du matériau de construction, on peut fabriquer 65 m2 de terre-paille, 13 m2 de parpaing + laine de verre et 3 m2 de briques monomur.

Cf. graphique 2 ci-dessous.

Ainsi en construisant une maison en terre-paille, on capture le carbone émis par 2 maisons en parpaing + laine de verre et les deux tiers du carbone émis par la maison en brique monomur. On évite ainsi d’avoir à fabriquer des puits de carbone.

Cf. graphique 3 ci-dessous.

Quand la société décide de consommer un MWh, (environ cent litres de pétrole), pour construire du bâtiment, elle permet à un ouvrier de travailler pendant 3 à 4 mois si c’est pour fabriquer du terre-paille, une petite semaine si c’est pour du parpaing + laine de verre, et une journée si c’est pour de la brique monomur.

Bâtiment à énergie positive = bâtiment écologique ?

On envisage que d’ici 15 ans environ les bâtiments neufs à construire seront à “énergie positive”...

Ce n’est pas parce qu’un bâtiment fabrique plus d’énergie qu’il n’en consomme que pour autant il est respectueux de l’environnement. En fait ce qui compte, c’est bien plutôt ce qu’il fait de cette énergie produite et dans quel contexte cette énergie est utilisée. Si chaque immeuble neuf est équipé de capteurs photovoltaïques alors que l’on continue à y prendre des douches chaudes type “chutes du Niagara” tous les jours, que tous les équipements de la maison, du garage, ou des jardins, réclament au nom de la domotique, de l’efficacité thermique, de la sécurité ou du confort une consommation importante et continue d’électricité dedans et dehors, et qu’au nom de l’impérieux droit à disposer de l’énergie à tous moments, cet immeuble reste connecté au réseau national des centrales nucléaires, non seulement on consommera beaucoup, et de plus en plus d’énergie d’origine renouvelable, mais on consommera aussi toujours plus d’énergie d’origine nucléaire. Si en plus, la voiture électrique devient le mode de déplacement de référence, rechargeable à la maison, alors tous les ingrédients sont réunis pour que le Grenelle ne tourne qu’à un rideau de fumée en vue de faire passer encore plus de nucléaire.
Il est donc important que l’encouragement à utiliser les énergies renouvelables s’accompagne d’une double restriction par ailleurs : 1° même couverte de photopiles, une maison ou un bureau doivent être sobres. 2° pour chaque équipement de production en énergie renouvelable installé en public ou en privé, il devrait être obligatoire de diminuer d’au moins du double ou du triple de cette capacité en nucléaire, puisque “le progrès technologique” nous permet d’être chaque jour plus efficace. Pour 300 Mégawatts de renouvelables installés, un réacteur de 900 MW fermé ! Sans quoi, notre consommation d’énergie ne cessera de croître, et avec elle la production de déchets, nos déplacements, la quantité de nos biens, etc. sans que le reste du monde n’y ait autant accès et sans que pour autant la planète ne soit capable d’en digérer les rebuts.

Ainsi, donc, avec la loi “Grenelle”, on va voir passer sur la route un beau tsunami de nombreux camions de laine de verre... et toujours plus de camions de déchets radioactifs.

Alain Marcom

Maçon, membre d’ARESO (Association Régionale des Eco-constructeurs du Sud-Ouest) http://www.areso.asso.fr/



Thèmes
Nucléaire et démocratie Politique énergétique