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Sortir du nucléaire n°57

Printemps 2013

Artistes

L’impossible procès : Du catastrophisme à la raison

Printemps 2013




Avec L’impossible procès, anticipation dont on souhaite qu’elle ne reste qu’une fiction théâtrale, Bruno Boussagol dresse un réquisitoire implacable contre l’industrie nucléaire et ses soutiens.



Voici du théâtre didactique au bon sens du terme. Ils ne sont pas si nombreux, les spectacles qui se collètent avec un sujet actuel, polémique, aussi fondamentalement vital et politique que le nucléaire. Nicolas Lambert avec l’excellent Avenir radieux, une fission française avait démonté la genèse et les enjeux de cette industrie. L’impossible procès, lui se place après la catastrophe annoncée. Ou plus exactement, la dernière d’une longue série de catastrophes intervenues.

2015 : un Boeing 747 en provenance du Maroc s’est écrasé sur la centrale du Blayais... Aucun survivant parmi les 150 passagers bien sûr. Quant aux conséquences sur la ville de Bordeaux toute proche et la région viticole, nous ne les dévoilerons pas aux futurs spectateurs, mais elles ne sont pas difficiles à imaginer.

Ce que met en scène Bruno Boussagol, c’est précisément le procès d’une industrie de la catastrophe annoncée... et déjà ailleurs arrivée. Car le metteur en scène de Brut de béton production n’en est pas à son coup d’essai : la catastrophe, il l’avait traitée par le truchement de la voix bouleversante de Svetlana Aliexievich et de son docu/roman, La Supplication. Puis ce fut Elena ou la mémoire du futur, le cri déchirant d’une femme qui voit agoniser son mari, et au delà, tout ce qui vit. Ce travail acharné, obsessionnel diront certains – mais qui ne serait obsédé par l’imminence de la destruction ? – il l’a prolongé par l’installation de la diagonale de Tchernobyl à Aurillac. Et il en fut le témoin oculaire : à maintes reprises, il s’est rendu à Tchernobyl où La diagonale de Tchernobyl a été jouée en mémoire des "liquidateurs".

Procès d’une catastrophe annoncée, donc, où vont s’affronter une procureure pugnace et informée (Véronique Pilia), et un avocat retors aux discours qu’il nous semble déjà avoir entendus quelque part (Jean-Louis Debard), sous l’œil d’un prévenu aussi absent que cynique (Bruno Boussagol), emblème de l’irresponsabilité, Très Haut Commissaire à l’Énergie Nucléaire Civile. "Irresponsabilité" pourrait d’ailleurs être le maître mot de la démonstration minutieuse à laquelle se livre la pièce, démontant la logique violente qui veut que nul n’assume un désastre couvert par "l’intérêt supérieur" de l’État. Il y a quelque chose de monstrueux dans l’arrogance de ceux qui savent tout mais ne prévoient rien. La suffisance des dominants échappant à tout jugement réduit à l’impuissance les vains efforts de ceux qui, à l’instar du Président du tribunal incarné par Patrick Gay-Dellile, essaient de mettre noms et visages sur la chaîne d’erreurs et d’imprévoyances... Là encore, toute ressemblance avec des situations existantes ou ayant existé n’est pas fortuite.

Pourtant, le dossier, auquel une narratrice (Noémie Ladouce) apporte tous les éléments manquants, s’avère lourd et pour cause : une dizaine de spécialistes ont apporté leur caution scientifique et juridique au texte de la pièce établi par Jean-Louis Debard.

Mais un procès n’existe pas sans témoins ni jurés (et les jurés, c’est vous). Plus précisément, dans chaque ville où la pièce sera représentée, des victimes, ou "experts" du nucléaire viendront apporter leur contribution. Et c’est à la fin de la tournée, le 25 mai à Paris, que sera prononcé le verdict. Il va de soi que plus les contributions de témoins seront nombreuses, mieux il sera étayé ! Souhaitons donc que se multiplient les initiatives pour accueillir cet Impossible procès qui, plus qu’un spectacle, est un moment de théâtre citoyen se refusant à réduire le spectateur à la passivité.

Valérie de St Do

La tournée commence le 21 avril à Strasbourg pour passer par Kaysersberg, Bure (le 26 avril), Darnieulles, Golfech, Toulouse, Gaillac, Saintes, Colmar, Angoulême, Gap, Embrun… au total 25 représentations.

Pour toute information : http://journeesdetudes.org/limpossibleproces/
Contacts Brut de béton production : www.brut-de-beton.net / brut-de-beton@orange.fr / 06 08 23 60 20

Voici du théâtre didactique au bon sens du terme. Ils ne sont pas si nombreux, les spectacles qui se collètent avec un sujet actuel, polémique, aussi fondamentalement vital et politique que le nucléaire. Nicolas Lambert avec l’excellent Avenir radieux, une fission française avait démonté la genèse et les enjeux de cette industrie. L’impossible procès, lui se place après la catastrophe annoncée. Ou plus exactement, la dernière d’une longue série de catastrophes intervenues.

2015 : un Boeing 747 en provenance du Maroc s’est écrasé sur la centrale du Blayais... Aucun survivant parmi les 150 passagers bien sûr. Quant aux conséquences sur la ville de Bordeaux toute proche et la région viticole, nous ne les dévoilerons pas aux futurs spectateurs, mais elles ne sont pas difficiles à imaginer.

Ce que met en scène Bruno Boussagol, c’est précisément le procès d’une industrie de la catastrophe annoncée... et déjà ailleurs arrivée. Car le metteur en scène de Brut de béton production n’en est pas à son coup d’essai : la catastrophe, il l’avait traitée par le truchement de la voix bouleversante de Svetlana Aliexievich et de son docu/roman, La Supplication. Puis ce fut Elena ou la mémoire du futur, le cri déchirant d’une femme qui voit agoniser son mari, et au delà, tout ce qui vit. Ce travail acharné, obsessionnel diront certains – mais qui ne serait obsédé par l’imminence de la destruction ? – il l’a prolongé par l’installation de la diagonale de Tchernobyl à Aurillac. Et il en fut le témoin oculaire : à maintes reprises, il s’est rendu à Tchernobyl où La diagonale de Tchernobyl a été jouée en mémoire des "liquidateurs".

Procès d’une catastrophe annoncée, donc, où vont s’affronter une procureure pugnace et informée (Véronique Pilia), et un avocat retors aux discours qu’il nous semble déjà avoir entendus quelque part (Jean-Louis Debard), sous l’œil d’un prévenu aussi absent que cynique (Bruno Boussagol), emblème de l’irresponsabilité, Très Haut Commissaire à l’Énergie Nucléaire Civile. "Irresponsabilité" pourrait d’ailleurs être le maître mot de la démonstration minutieuse à laquelle se livre la pièce, démontant la logique violente qui veut que nul n’assume un désastre couvert par "l’intérêt supérieur" de l’État. Il y a quelque chose de monstrueux dans l’arrogance de ceux qui savent tout mais ne prévoient rien. La suffisance des dominants échappant à tout jugement réduit à l’impuissance les vains efforts de ceux qui, à l’instar du Président du tribunal incarné par Patrick Gay-Dellile, essaient de mettre noms et visages sur la chaîne d’erreurs et d’imprévoyances... Là encore, toute ressemblance avec des situations existantes ou ayant existé n’est pas fortuite.

Pourtant, le dossier, auquel une narratrice (Noémie Ladouce) apporte tous les éléments manquants, s’avère lourd et pour cause : une dizaine de spécialistes ont apporté leur caution scientifique et juridique au texte de la pièce établi par Jean-Louis Debard.

Mais un procès n’existe pas sans témoins ni jurés (et les jurés, c’est vous). Plus précisément, dans chaque ville où la pièce sera représentée, des victimes, ou "experts" du nucléaire viendront apporter leur contribution. Et c’est à la fin de la tournée, le 25 mai à Paris, que sera prononcé le verdict. Il va de soi que plus les contributions de témoins seront nombreuses, mieux il sera étayé ! Souhaitons donc que se multiplient les initiatives pour accueillir cet Impossible procès qui, plus qu’un spectacle, est un moment de théâtre citoyen se refusant à réduire le spectateur à la passivité.

Valérie de St Do

La tournée commence le 21 avril à Strasbourg pour passer par Kaysersberg, Bure (le 26 avril), Darnieulles, Golfech, Toulouse, Gaillac, Saintes, Colmar, Angoulême, Gap, Embrun… au total 25 représentations.

Pour toute information : http://journeesdetudes.org/limpossibleproces/
Contacts Brut de béton production : www.brut-de-beton.net / brut-de-beton@orange.fr / 06 08 23 60 20



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