Réseau Sortir du nucléaire
BoutiqueAgendaFaire un donEN

Sortir du nucléaire n°54

Eté 2012

L’impact sanitaire de Tchernobyl en Corse

Eté 2012




Nous reproduisons ici en quasi intégralité l’intervention du Dr Sophie Fauconnier lors du Forum scientifique et citoyen sur la radioprotection qui a eu lieu à Genève les 12-13 mai. Son analyse s’appuie sur les travaux de son père, le Dr Denis Fauconnier.



Les cancers de la thyroïde augmentent en France de façon très importante voire exponentielle depuis la fin des années 1970. Le nombre de cas par an et pour 100 000 habitants n’a cessé de croître : 1,5 en 1975 ; 2,5 en 1985 ; 4,5 en 1995 ; 8,15 pour la période 2002-2006 ; 9,8 en Corse pendant la période 1998-2001.

Très régulièrement, dans la littérature scientifique et la presse, des spécialistes avancent des arguments pour écarter l’impact de Tchernobyl sur les pathologies thyroïdiennes. Ils se gardent bien d’évoquer la survenue d’autres pathologies thyroïdiennes dites bénignes : thyroïdites, goitres multihétéronodulaires (GMHN), nodules, dysfonctionnements...

Nous allons examiner un par un leurs arguments.

"L’augmentation a commencé avant 1986."

Oui mais... en ce qui concerne la faible augmentation avant 1986, vers la fin des années 70, il faut rappeler que l’échographie thyroïdienne a été mise en place à cette époque et il est tout à fait normal qu’à une nouvelle technologie de dépistage s’associe une augmentation des cas recensés, du moins transitoirement.

La logique voudrait qu’après cette ascension de la courbe d’incidence on retrouve un plateau et non pas un accroissement de l’augmentation.

"Des régions moins contaminées ont plus d’augmentation de cancers de la thyroïde que l’Est de la France."

Dans le Calvados, moins contaminé, ou dans le Tarn, on a des augmentations d’incidence plus fortes que dans l’Est de la France, en Alsace.

Il faut souligner plusieurs points :

L’Isère, qui bénéficie d’un registre des cancers ancien, enregistre la plus forte augmentation d’incidence des cancers de la thyroïde, 800 % d’augmentation en 20 ans, pour atteindre le niveau le plus haut avec la Corse pour la période 2003-2006.

Le Calvados, systématiquement cité, fait partie de la Basse-Normandie avec une forte activité laitière. Il ne faut pas oublier que la Basse-Normandie est encadrée de centrales nucléaires. Le lait et les produits laitiers sont les principaux vecteurs des radionucléides après un accident.

Au début du mois de mai 1986, l’Ouest et le Sud de la France bénéficient d’un climat plus doux. Dans les pays de l’Est et dans l’Est de la France, la plupart des troupeaux sont encore à l’étable, alimentés par des foins, ensilages et autres aliments engrangés l’année précédente. Dans les régions où le climat est plus doux les animaux sortent dans les pâturages.

En Corse, les animaux, vaches, brebis, chèvres, sont toujours en stabulation libre, quasiment jamais alimentés à l’étable, d’où une plus forte contamination en iodes radioactifs. Le printemps, étant plus précoce, les jardins commencent à produire, radis, poireaux, pissenlits, asperges, mais surtout des légumes à larges feuilles : salades et blettes qui constituent un large réceptacle pour les particules radioactives, notamment si les dépôts se sont faits par temps sec, par bruine ou par brouillard.

Il est important de distinguer les différents modes de dépôts des radioéléments en fonction des conditions climatiques.

Une pluie ou averse importante pendant le passage d’un nuage radioactif entraînera beaucoup de radioéléments dans la terre et les analyses ultérieures retrouveront beaucoup de césium 137.

Un dépôt par temps sec ou par bruine ou brouillard imprégnera d’un cocktail de radioéléments essentiellement la partie aérienne des végétaux et pâturages avec, pour conséquence, une contamination rapide des animaux, des produits laitiers et des légumes.

Tout agriculteur qui projette de brumiser un produit phytosanitaire ou un désherbant, consulte la météo : une pluie entraînerait un lessivage du végétal et le traitement perdrait beaucoup en efficacité. Il en est de même pour les radionucléides de Tchernobyl. Le pouvoir contaminant d’une bruine, d’un brouillard, est plus fort que des dépôts par précipitation en ce qui concerne les végétaux. Donc en ce qui concerne les pathologies thyroïdiennes, il ne faut pas tenter d’établir une corrélation entre la survenue de ces pathologies et la concentration de césium retrouvé dans le sol. Les pathologies thyroïdiennes doivent plutôt être mises en relation avec les habitudes alimentaires et le mode de vie (ruralité, élevage, autoconsommation...)

"Les iodes radioactifs n’engendrent pas d’augmentation des cancers de la thyroïde chez l’adulte."

Faux. En Biélorussie, à partir d’un registre des cancers, le Professeur Demitchik a montré une augmentation des cancers de la thyroïde chez l’adulte de 500 % entre 1986 et 2000.

"La plus grande vigilance des médecins et les moyens de dépistage plus sophistiqués permettent de dépister un plus grand nombre de cancers, surtout des microcancers, c’est à dire des tumeurs inférieures à 1 cm de diamètre."

Faux. J’ai étudié 201 cas de cancers de la thyroïde survenus en Corse entre 1985 et 2006 avec notamment les circonstances de diagnostic, le type cellulaire, la taille, le bilan d’envahissement ; l’âge, le sexe et le lieu de résidence des malades en 1986.

Dans mes conclusions, on retiendra qu’un tiers des cancers sont de découverte fortuite ; la moitié des cancers de découverte fortuite ont dépassé le stade de microcancer mais surtout on retiendra que les microcancers de découverte fortuite asymptomatiques, sans complication, ne représentent que 8 % des cas. C’est à dire que les 92 % restant étaient soit des cancers qui s’étaient révélés du fait de leur taille ou du fait de la gêne occasionnée ou du fait de troubles fonctionnels associés, soit de microcancers agressifs avec effraction de la capsule ou envahissement ganglionnaire ou métastase.

Au moment du diagnostic, parmi les microcancers, 11 % présentaient des complications, envahissement ganglionnaire ou métastase.

Est-ce la manifestation d’une agressivité particulière des cancers de la thyroïde en Corse, région la plus exposée du fait de l’importance des retombées et des habitudes alimentaires des habitants ?

Les preuves de l’impact sanitaire de Tchernobyl en France, exemple de la Corse

La Corse est située à près de 2000 km de Tchernobyl et pourtant elle a été très concernée par les retombées radioactives, en raison de son survol par le panache radioactif avec des conditions météorologiques défavorables au plus mauvais moment de l’année et à cause d’habitudes alimentaires particulières.

En effet, en 1986 la Corse a enregistré des dépôts de césium 137 de 4000 à 40 000 Bq/m2 selon les régions, 20 000 à 400 000 Bq d’iode 131/m2 donc trois fois plus d’iode 132.

Les laits de chèvres et de brebis, les premiers jours de mai 1986, ont contenu des taux souvent supérieurs à 10 000 Bq d’iode 131 par litre, jusqu’à 100 000 Bq/litre pour l’IPSN-CEA.

La radioprotection n’a pas respecté les limites réglementaires en 86, les habitudes alimentaires particulières n’ont pas été prises en compte, il n’a pas été tenu compte de la vulnérabilité particulière des populations rurales.

Des pathologies caractéristiques et des organes cibles ont permis, avec le recul, de bien cerner l’impact de la pollution radioactive ; or tous ces indicateurs sont au rouge dans notre région.

Le pic des hypothyroïdies néonatales en PACA et en Corse

Hypothyroïdies néonatales en Corse : entre 1980 et 1985, on a dépisté six cas d’hypothyroïdie néonatale dans les deux départements, soit une moyenne de un cas par an. En 1986, on a dépisté cinq cas, dont quatre cas entre le 15 mai et le 15 octobre 1986.

Hypothyroïdies néonatales en région PACA : 75 cas d’hypothyroïdies néonatales ont été dépistés en 8 ans entre 1978 et 1985 avec une moyenne de 9,3 cas par an. Dans la même région, 23 cas ont été dépistés en 1986. On observe donc cette année-là un excès de 14 cas. Ces chiffres sont éloquents.

La justice a été sollicitée pour étudier ces cas avec notamment les mois de naissance.

Pathologies thyroïdiennes en Haute-Corse

Il y a une forte augmentation des pathologies thyroïdiennes. L’analyse de l’expertise des fichiers du Dr Vellutini, seul endocrinologue en Haute Corse ayant exercé avant et après 1986, révèle une augmentation de 117% dans la proportion de consultants pour des problèmes thyroïdiens par rapport aux autres pathologies endocriniennes après 1986.

En d’autres termes, la proportion de consultants pour des problèmes thyroïdiens a plus que doublé après 1986. Ceci est à mettre en parallèle avec la très forte augmentation des ventes du médicament Lévothyrox en France.

Parmi les différentes pathologies thyroïdiennes, ce sont les thyroïdites type Hashimoto qui ont augmenté dans les plus fortes proportions.

Les cancers de la thyroïde chez les enfants

En région PACA, troublante affaire des cancers de la thyroïde des enfants et du registre régional des cancers de l’enfant du Pr Bernard. Conférence de presse d’Annie Sugier, directrice de l’IPSN, le 27 mars 1996 aux journaux Le Monde et Le Nouvel Observateur : trois cancers de la thyroïde de l’enfant enregistrés pendant la période 1984 à 1991 et 14 cancers en 1992, 93 et 94. Ces chiffres ont été rectifiés par la Direction Régionale de la Santé, il y aurait eu erreur dans l’interprétation des données.

Ce registre, ouvert en 1984, n’a plus donné d’informations à partir de cette date (1996), contrairement aux autres registres régionaux. La justice a été sollicitée pour élucider cette affaire.

Leucémies de l’enfant en Corse

Plusieurs cas du même type de leucémie (LLA) ont été signalés pour des enfants nés en 1985 et en 1986, dont deux cas pour la seule Haute Corse et nés au deuxième semestre 86 (données non exhaustives) alors que l’incidence nationale est habituellement très faible, de l’ordre de 3,3 cas pour 100000 et qu’il n’y a en Corse que 2800 naissances par an. Le registre PACA Corse devait détenir ces informations.

Les cancers de la thyroïde de l’adulte

Le taux d’incidence des cancers de la thyroïde en Corse sur la période 1998-2001 est le plus élevé pour les hommes, incidence trois fois plus élevée que la moyenne nationale et deux fois plus élevée que dans le Doubs (département qui enregistre la plus forte incidence sur le continent).

Pour les femmes, l’incidence du cancer de la thyroïde, en Corse, est du même ordre de grandeur que l’incidence la plus élevée enregistrée sur le continent, c’est-à-dire le Tarn.

Globalement, l’incidence du cancer de la thyroïde en Corse est la plus forte des régions françaises surveillées, deux fois supérieure à l’incidence moyenne nationale.

Pathologies malignes graves

Excès de pathologies malignes graves survenues dans la cohorte des jeunes nés au deuxième semestre 1986, c’est-à-dire dont les mères étaient enceintes en mai 86.

Ne serait-ce que dans notre micro-région, sans faire de recherches particulières, on a pris connaissance, parmi les 80 naissances de cette période, de trois cas de pathologies malignes graves, soit un cas sur 26 ; il s’agit d’un lymphome, d’une leucémie et d’un cancer de la thyroïde.

Ces trois cas ne sont nullement exhaustifs. Trois cas pour une si petite cohorte est tout à fait anormal compte tenu des très faibles incidences respectives à l’âge de survenue.

La succession de pics dans les différentes pathologies classiquement radio-induites devrait convaincre la communauté scientifique de l’impact de Tchernobyl sur la santé de la population Corse.

Les élus de la Collectivité Territoriale de Corse ont décidé, pour répondre aux interrogations légitimes de la population, de financer une étude épidémiologique visant à mesurer l’impact de Tchernobyl et à mettre en place un registre des cancers, réclamé depuis 26 ans auprès des services de l’État.

L’équipe médicale italienne (Ospedale Galleria de Gênes), composée de chercheurs épidémiologistes, endocrinologues, a remporté le marché qui a fait l’objet d’un appel d’offre européen. D’ici un an nous devrions avoir les premières conclusions.

Sophie Fauconnier Médecin

Le texte intégral de cette intervention est disponible sur : www.nuage-radioactif.com

Les cancers de la thyroïde augmentent en France de façon très importante voire exponentielle depuis la fin des années 1970. Le nombre de cas par an et pour 100 000 habitants n’a cessé de croître : 1,5 en 1975 ; 2,5 en 1985 ; 4,5 en 1995 ; 8,15 pour la période 2002-2006 ; 9,8 en Corse pendant la période 1998-2001.

Très régulièrement, dans la littérature scientifique et la presse, des spécialistes avancent des arguments pour écarter l’impact de Tchernobyl sur les pathologies thyroïdiennes. Ils se gardent bien d’évoquer la survenue d’autres pathologies thyroïdiennes dites bénignes : thyroïdites, goitres multihétéronodulaires (GMHN), nodules, dysfonctionnements...

Nous allons examiner un par un leurs arguments.

"L’augmentation a commencé avant 1986."

Oui mais... en ce qui concerne la faible augmentation avant 1986, vers la fin des années 70, il faut rappeler que l’échographie thyroïdienne a été mise en place à cette époque et il est tout à fait normal qu’à une nouvelle technologie de dépistage s’associe une augmentation des cas recensés, du moins transitoirement.

La logique voudrait qu’après cette ascension de la courbe d’incidence on retrouve un plateau et non pas un accroissement de l’augmentation.

"Des régions moins contaminées ont plus d’augmentation de cancers de la thyroïde que l’Est de la France."

Dans le Calvados, moins contaminé, ou dans le Tarn, on a des augmentations d’incidence plus fortes que dans l’Est de la France, en Alsace.

Il faut souligner plusieurs points :

L’Isère, qui bénéficie d’un registre des cancers ancien, enregistre la plus forte augmentation d’incidence des cancers de la thyroïde, 800 % d’augmentation en 20 ans, pour atteindre le niveau le plus haut avec la Corse pour la période 2003-2006.

Le Calvados, systématiquement cité, fait partie de la Basse-Normandie avec une forte activité laitière. Il ne faut pas oublier que la Basse-Normandie est encadrée de centrales nucléaires. Le lait et les produits laitiers sont les principaux vecteurs des radionucléides après un accident.

Au début du mois de mai 1986, l’Ouest et le Sud de la France bénéficient d’un climat plus doux. Dans les pays de l’Est et dans l’Est de la France, la plupart des troupeaux sont encore à l’étable, alimentés par des foins, ensilages et autres aliments engrangés l’année précédente. Dans les régions où le climat est plus doux les animaux sortent dans les pâturages.

En Corse, les animaux, vaches, brebis, chèvres, sont toujours en stabulation libre, quasiment jamais alimentés à l’étable, d’où une plus forte contamination en iodes radioactifs. Le printemps, étant plus précoce, les jardins commencent à produire, radis, poireaux, pissenlits, asperges, mais surtout des légumes à larges feuilles : salades et blettes qui constituent un large réceptacle pour les particules radioactives, notamment si les dépôts se sont faits par temps sec, par bruine ou par brouillard.

Il est important de distinguer les différents modes de dépôts des radioéléments en fonction des conditions climatiques.

Une pluie ou averse importante pendant le passage d’un nuage radioactif entraînera beaucoup de radioéléments dans la terre et les analyses ultérieures retrouveront beaucoup de césium 137.

Un dépôt par temps sec ou par bruine ou brouillard imprégnera d’un cocktail de radioéléments essentiellement la partie aérienne des végétaux et pâturages avec, pour conséquence, une contamination rapide des animaux, des produits laitiers et des légumes.

Tout agriculteur qui projette de brumiser un produit phytosanitaire ou un désherbant, consulte la météo : une pluie entraînerait un lessivage du végétal et le traitement perdrait beaucoup en efficacité. Il en est de même pour les radionucléides de Tchernobyl. Le pouvoir contaminant d’une bruine, d’un brouillard, est plus fort que des dépôts par précipitation en ce qui concerne les végétaux. Donc en ce qui concerne les pathologies thyroïdiennes, il ne faut pas tenter d’établir une corrélation entre la survenue de ces pathologies et la concentration de césium retrouvé dans le sol. Les pathologies thyroïdiennes doivent plutôt être mises en relation avec les habitudes alimentaires et le mode de vie (ruralité, élevage, autoconsommation...)

"Les iodes radioactifs n’engendrent pas d’augmentation des cancers de la thyroïde chez l’adulte."

Faux. En Biélorussie, à partir d’un registre des cancers, le Professeur Demitchik a montré une augmentation des cancers de la thyroïde chez l’adulte de 500 % entre 1986 et 2000.

"La plus grande vigilance des médecins et les moyens de dépistage plus sophistiqués permettent de dépister un plus grand nombre de cancers, surtout des microcancers, c’est à dire des tumeurs inférieures à 1 cm de diamètre."

Faux. J’ai étudié 201 cas de cancers de la thyroïde survenus en Corse entre 1985 et 2006 avec notamment les circonstances de diagnostic, le type cellulaire, la taille, le bilan d’envahissement ; l’âge, le sexe et le lieu de résidence des malades en 1986.

Dans mes conclusions, on retiendra qu’un tiers des cancers sont de découverte fortuite ; la moitié des cancers de découverte fortuite ont dépassé le stade de microcancer mais surtout on retiendra que les microcancers de découverte fortuite asymptomatiques, sans complication, ne représentent que 8 % des cas. C’est à dire que les 92 % restant étaient soit des cancers qui s’étaient révélés du fait de leur taille ou du fait de la gêne occasionnée ou du fait de troubles fonctionnels associés, soit de microcancers agressifs avec effraction de la capsule ou envahissement ganglionnaire ou métastase.

Au moment du diagnostic, parmi les microcancers, 11 % présentaient des complications, envahissement ganglionnaire ou métastase.

Est-ce la manifestation d’une agressivité particulière des cancers de la thyroïde en Corse, région la plus exposée du fait de l’importance des retombées et des habitudes alimentaires des habitants ?

Les preuves de l’impact sanitaire de Tchernobyl en France, exemple de la Corse

La Corse est située à près de 2000 km de Tchernobyl et pourtant elle a été très concernée par les retombées radioactives, en raison de son survol par le panache radioactif avec des conditions météorologiques défavorables au plus mauvais moment de l’année et à cause d’habitudes alimentaires particulières.

En effet, en 1986 la Corse a enregistré des dépôts de césium 137 de 4000 à 40 000 Bq/m2 selon les régions, 20 000 à 400 000 Bq d’iode 131/m2 donc trois fois plus d’iode 132.

Les laits de chèvres et de brebis, les premiers jours de mai 1986, ont contenu des taux souvent supérieurs à 10 000 Bq d’iode 131 par litre, jusqu’à 100 000 Bq/litre pour l’IPSN-CEA.

La radioprotection n’a pas respecté les limites réglementaires en 86, les habitudes alimentaires particulières n’ont pas été prises en compte, il n’a pas été tenu compte de la vulnérabilité particulière des populations rurales.

Des pathologies caractéristiques et des organes cibles ont permis, avec le recul, de bien cerner l’impact de la pollution radioactive ; or tous ces indicateurs sont au rouge dans notre région.

Le pic des hypothyroïdies néonatales en PACA et en Corse

Hypothyroïdies néonatales en Corse : entre 1980 et 1985, on a dépisté six cas d’hypothyroïdie néonatale dans les deux départements, soit une moyenne de un cas par an. En 1986, on a dépisté cinq cas, dont quatre cas entre le 15 mai et le 15 octobre 1986.

Hypothyroïdies néonatales en région PACA : 75 cas d’hypothyroïdies néonatales ont été dépistés en 8 ans entre 1978 et 1985 avec une moyenne de 9,3 cas par an. Dans la même région, 23 cas ont été dépistés en 1986. On observe donc cette année-là un excès de 14 cas. Ces chiffres sont éloquents.

La justice a été sollicitée pour étudier ces cas avec notamment les mois de naissance.

Pathologies thyroïdiennes en Haute-Corse

Il y a une forte augmentation des pathologies thyroïdiennes. L’analyse de l’expertise des fichiers du Dr Vellutini, seul endocrinologue en Haute Corse ayant exercé avant et après 1986, révèle une augmentation de 117% dans la proportion de consultants pour des problèmes thyroïdiens par rapport aux autres pathologies endocriniennes après 1986.

En d’autres termes, la proportion de consultants pour des problèmes thyroïdiens a plus que doublé après 1986. Ceci est à mettre en parallèle avec la très forte augmentation des ventes du médicament Lévothyrox en France.

Parmi les différentes pathologies thyroïdiennes, ce sont les thyroïdites type Hashimoto qui ont augmenté dans les plus fortes proportions.

Les cancers de la thyroïde chez les enfants

En région PACA, troublante affaire des cancers de la thyroïde des enfants et du registre régional des cancers de l’enfant du Pr Bernard. Conférence de presse d’Annie Sugier, directrice de l’IPSN, le 27 mars 1996 aux journaux Le Monde et Le Nouvel Observateur : trois cancers de la thyroïde de l’enfant enregistrés pendant la période 1984 à 1991 et 14 cancers en 1992, 93 et 94. Ces chiffres ont été rectifiés par la Direction Régionale de la Santé, il y aurait eu erreur dans l’interprétation des données.

Ce registre, ouvert en 1984, n’a plus donné d’informations à partir de cette date (1996), contrairement aux autres registres régionaux. La justice a été sollicitée pour élucider cette affaire.

Leucémies de l’enfant en Corse

Plusieurs cas du même type de leucémie (LLA) ont été signalés pour des enfants nés en 1985 et en 1986, dont deux cas pour la seule Haute Corse et nés au deuxième semestre 86 (données non exhaustives) alors que l’incidence nationale est habituellement très faible, de l’ordre de 3,3 cas pour 100000 et qu’il n’y a en Corse que 2800 naissances par an. Le registre PACA Corse devait détenir ces informations.

Les cancers de la thyroïde de l’adulte

Le taux d’incidence des cancers de la thyroïde en Corse sur la période 1998-2001 est le plus élevé pour les hommes, incidence trois fois plus élevée que la moyenne nationale et deux fois plus élevée que dans le Doubs (département qui enregistre la plus forte incidence sur le continent).

Pour les femmes, l’incidence du cancer de la thyroïde, en Corse, est du même ordre de grandeur que l’incidence la plus élevée enregistrée sur le continent, c’est-à-dire le Tarn.

Globalement, l’incidence du cancer de la thyroïde en Corse est la plus forte des régions françaises surveillées, deux fois supérieure à l’incidence moyenne nationale.

Pathologies malignes graves

Excès de pathologies malignes graves survenues dans la cohorte des jeunes nés au deuxième semestre 1986, c’est-à-dire dont les mères étaient enceintes en mai 86.

Ne serait-ce que dans notre micro-région, sans faire de recherches particulières, on a pris connaissance, parmi les 80 naissances de cette période, de trois cas de pathologies malignes graves, soit un cas sur 26 ; il s’agit d’un lymphome, d’une leucémie et d’un cancer de la thyroïde.

Ces trois cas ne sont nullement exhaustifs. Trois cas pour une si petite cohorte est tout à fait anormal compte tenu des très faibles incidences respectives à l’âge de survenue.

La succession de pics dans les différentes pathologies classiquement radio-induites devrait convaincre la communauté scientifique de l’impact de Tchernobyl sur la santé de la population Corse.

Les élus de la Collectivité Territoriale de Corse ont décidé, pour répondre aux interrogations légitimes de la population, de financer une étude épidémiologique visant à mesurer l’impact de Tchernobyl et à mettre en place un registre des cancers, réclamé depuis 26 ans auprès des services de l’État.

L’équipe médicale italienne (Ospedale Galleria de Gênes), composée de chercheurs épidémiologistes, endocrinologues, a remporté le marché qui a fait l’objet d’un appel d’offre européen. D’ici un an nous devrions avoir les premières conclusions.

Sophie Fauconnier Médecin

Le texte intégral de cette intervention est disponible sur : www.nuage-radioactif.com



Thèmes
Tchernobyl Nucléaire et santé Pollution radioactive