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Sortir du nucléaire n°34

Mars à mai 2007

Cobaye

Irradié jusqu’aux os

Mars à mai 2007




Lény a du mal à se lever le matin. Il a souvent besoin de s’asseoir. Il mange peu. Il maigrit. Il est sourd. « Comme un petit vieux, alors que j’ai 35 ans. » Sur les tests densitométriques, ses os sont octogénaires. Nécrosés. Limite morts. Irradiés par le plutonium.



Cinq ans après son service militaire, Lény a commencé à se casser la main en serrant un marteau. Puis c’est sa mâchoire qui s’est fendue, au cours d’un repas. Enfin, sa cheville. Double fracture malléolaire en marchant. Son pied s’est retrouvé dans le sens inverse de la marche. Tout simplement. Ça l’a arrêté net mais, en même temps, c’est là que son combat a commencé. C’était le 24 avril 2004.


Près des missiles nucléaires

Lény a vite compris. Entre 19 et 20 ans, il a passé quatorze mois sur le plateau d’Albion dans le Vaucluse. Sergent dans les commandos, il surveillait 18 missiles nucléaires disposés en sous-sol. Dans un véhicule blindé, à pied ou depuis les tours de contrôle. À chaque intervention de maintenance, il se plaçait devant l’ogive, chargée de plutonium.


La fierté de la France

De 1966 à 1996, Albion faisait la fierté de la France, le symbole de la dissuasion nucléaire. Un site relié par le fameux téléphone rouge que Giscard, Mitterrand ou Chirac pouvait décrocher à tout moment.
Lény en est revenu. De tout. De l’armée, de l’Etat, de l’administration. Lui qui courait 15 kilomètres par jour, ceinture noire de judo, ne sort plus de son appartement du centre-ville de Pau. Sauf pour aller à la permanence de Médecins du monde pour se faire soigner gratuitement ou à la Caisse d’allocations familiales pour « pleurer et réclamer de l’argent ». Il vit avec 600 euros par mois, versés à titre exceptionnel pour de l’allocation adulte handicapé qui se termine en juin. Il n’a pas de Sécurité sociale car, avant d’arrêter de travailler, il était gérant d’une société. « J’ai droit à rien. Je me fais jeter de partout. » Son cas est trop sensible. Il a juste ses soeurs et sa mère.


« J’ai quand même gagné »

Heureusement, son moral d’acier n’est pas encore atteint. Sa thérapie, il la fait en combattant. Comme toujours. Il a d’abord dû se battre contre les médecins pour la reconnaissance d’une irradiation de ses os. Les plus honnêtes ont confirmé. Il a ensuite porté plainte contre le ministère de la Défense. Il attend toujours la suite judiciaire. Ces derniers jours : une éclaircie. Il a obtenu un document de l’armée qui révèle la présence de césium 137 et de plutonium au plateau d’Albion.
Du coup, le dossier repart. Le 28 mars dernier, la CRIIRAD, Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité, a demandé de plus amples informations. Les Verts Noël Mamère et Yves Cochet ont alerté la presse. Lény compte sur Martine Lignières-Cassou, « qui m’a beaucoup aidé » pour lui faire rencontrer Ségolène Royal. « Pour l’instant, elle n’a pas l’air pressée. Elle a sans doute la pression du lobby nucléaire qui sévit aussi chez les socialistes. »

Source : Sud-Ouest - 3 avril 2007

Cinq ans après son service militaire, Lény a commencé à se casser la main en serrant un marteau. Puis c’est sa mâchoire qui s’est fendue, au cours d’un repas. Enfin, sa cheville. Double fracture malléolaire en marchant. Son pied s’est retrouvé dans le sens inverse de la marche. Tout simplement. Ça l’a arrêté net mais, en même temps, c’est là que son combat a commencé. C’était le 24 avril 2004.


Près des missiles nucléaires

Lény a vite compris. Entre 19 et 20 ans, il a passé quatorze mois sur le plateau d’Albion dans le Vaucluse. Sergent dans les commandos, il surveillait 18 missiles nucléaires disposés en sous-sol. Dans un véhicule blindé, à pied ou depuis les tours de contrôle. À chaque intervention de maintenance, il se plaçait devant l’ogive, chargée de plutonium.


La fierté de la France

De 1966 à 1996, Albion faisait la fierté de la France, le symbole de la dissuasion nucléaire. Un site relié par le fameux téléphone rouge que Giscard, Mitterrand ou Chirac pouvait décrocher à tout moment.
Lény en est revenu. De tout. De l’armée, de l’Etat, de l’administration. Lui qui courait 15 kilomètres par jour, ceinture noire de judo, ne sort plus de son appartement du centre-ville de Pau. Sauf pour aller à la permanence de Médecins du monde pour se faire soigner gratuitement ou à la Caisse d’allocations familiales pour « pleurer et réclamer de l’argent ». Il vit avec 600 euros par mois, versés à titre exceptionnel pour de l’allocation adulte handicapé qui se termine en juin. Il n’a pas de Sécurité sociale car, avant d’arrêter de travailler, il était gérant d’une société. « J’ai droit à rien. Je me fais jeter de partout. » Son cas est trop sensible. Il a juste ses soeurs et sa mère.


« J’ai quand même gagné »

Heureusement, son moral d’acier n’est pas encore atteint. Sa thérapie, il la fait en combattant. Comme toujours. Il a d’abord dû se battre contre les médecins pour la reconnaissance d’une irradiation de ses os. Les plus honnêtes ont confirmé. Il a ensuite porté plainte contre le ministère de la Défense. Il attend toujours la suite judiciaire. Ces derniers jours : une éclaircie. Il a obtenu un document de l’armée qui révèle la présence de césium 137 et de plutonium au plateau d’Albion.
Du coup, le dossier repart. Le 28 mars dernier, la CRIIRAD, Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité, a demandé de plus amples informations. Les Verts Noël Mamère et Yves Cochet ont alerté la presse. Lény compte sur Martine Lignières-Cassou, « qui m’a beaucoup aidé » pour lui faire rencontrer Ségolène Royal. « Pour l’instant, elle n’a pas l’air pressée. Elle a sans doute la pression du lobby nucléaire qui sévit aussi chez les socialistes. »

Source : Sud-Ouest - 3 avril 2007


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