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Sortir du nucléaire n°37

Déc - janv 2008

Analyse

Grenellissime Grenelle !

Déc - janv 2008




Mille bravos ! Le Grenelle de l’environnement a été un formidable succès. Tout le monde est content. Sarkozy est content. Al Gore est content. Hulot est content. Et Borloo. Et les écolos. Et les pédégés. Et les syndicats. Tous sont tombés d’accord sur des tas de mesures vertes. C’est admirable, c’est historique, c’est incroyable, en un mot : c’est français.

Une fois encore, la France montre l’exemple à la planète. Sarkozy, lyrique : “Je veux que le Grenelle soit l’acte fondateur d’un new deal écologique en France, en Europe et dans le monde.” Oui, frères humains, tous derrière Sarko l’écolo ! Tous derrière celui qui “appelle à une révolution de nos façons de penser, dans nos politiques, dans nos objectifs” ! Même "Le Figaro" a titré à la une sur cette “Révolution”. Il faudra s’y faire : désormais, “Le Figaro” est l’organe central de la révolution écolo…
Bon. Il reste forcément quelques grincheux. Les grincheux font remarquer que ce Grenelle ne débouche que sur un catalogue de demi-mesures. La fameuse taxe carbone si chère à Hulot ? Certes. Mais il est juste prévu d’« étudier sa création », ce qui ne mange pas de pain. L’engagement de réduire de moitié la dose de pesticides dans les dix ans ? Certes, mais “si possible”, a ajouté Sarkozy (pourtant, ensemble, tout devient possible, non ?).
L’engagement de ne pas “augmenter les capacités routières” ? Certes, mais sauf “cas de sécurité ou d’intérêt local”. Du coup, le secrétaire d’Etat aux Transports Bussereau s’est empressé de montrer qu’il avait parfaitement compris le message : dès vendredi, il se prononçait pour la construction de l’autoroute Langon-Pau.
Les OGM ? Les cultures sont gelées, certes. Mais pour l’hiver. En attendant la loi ad hoc qui devrait sortir avant les prochains semis… Et, en contrepartie, aucune concession sur les agrocarburants et les millions d’hectares attribués aux agriculteurs pour faire, à grands coups de subventions, du bioéthanol et du biodiesel, dont on sait que le bilan écologique est désastreux. La promesse de Sarkozy de “ne pas créer de nouveaux sites nucléaires” ?
Vaste blague : la France dispose d’un nombre impressionnant de sites nucléaires capables d’accueillir à bras ouverts de nouveaux réacteurs
(à l’image du fameux EPR prévu sur le site de Flamanville).
La solennelle promesse que “la priorité ne sera plus à l’incinération, mais au recyclage des déchets ?” Certes, mais on pourra quand même construire de nouveaux incinérateurs, à condition de prouver qu’il “s’agit bien de l’ultime recours”.
Et tout est à l’avenant. Du flou, des mesures pas financées, des mesurettes essayant de rattraper le retard de la France en matière écologique. Mais tout cela noyé sous l’enflure des mots et les rodomontades…
Allons, ne grinchons pas. Reprenons tous en chœur : ce Grenelle est génial, formidable, exemplaire, etc.

Jean-Luc Porquet

Canard Enchaîné du 31 octobre 2007

Mille bravos ! Le Grenelle de l’environnement a été un formidable succès. Tout le monde est content. Sarkozy est content. Al Gore est content. Hulot est content. Et Borloo. Et les écolos. Et les pédégés. Et les syndicats. Tous sont tombés d’accord sur des tas de mesures vertes. C’est admirable, c’est historique, c’est incroyable, en un mot : c’est français.

Une fois encore, la France montre l’exemple à la planète. Sarkozy, lyrique : “Je veux que le Grenelle soit l’acte fondateur d’un new deal écologique en France, en Europe et dans le monde.” Oui, frères humains, tous derrière Sarko l’écolo ! Tous derrière celui qui “appelle à une révolution de nos façons de penser, dans nos politiques, dans nos objectifs” ! Même "Le Figaro" a titré à la une sur cette “Révolution”. Il faudra s’y faire : désormais, “Le Figaro” est l’organe central de la révolution écolo…
Bon. Il reste forcément quelques grincheux. Les grincheux font remarquer que ce Grenelle ne débouche que sur un catalogue de demi-mesures. La fameuse taxe carbone si chère à Hulot ? Certes. Mais il est juste prévu d’« étudier sa création », ce qui ne mange pas de pain. L’engagement de réduire de moitié la dose de pesticides dans les dix ans ? Certes, mais “si possible”, a ajouté Sarkozy (pourtant, ensemble, tout devient possible, non ?).
L’engagement de ne pas “augmenter les capacités routières” ? Certes, mais sauf “cas de sécurité ou d’intérêt local”. Du coup, le secrétaire d’Etat aux Transports Bussereau s’est empressé de montrer qu’il avait parfaitement compris le message : dès vendredi, il se prononçait pour la construction de l’autoroute Langon-Pau.
Les OGM ? Les cultures sont gelées, certes. Mais pour l’hiver. En attendant la loi ad hoc qui devrait sortir avant les prochains semis… Et, en contrepartie, aucune concession sur les agrocarburants et les millions d’hectares attribués aux agriculteurs pour faire, à grands coups de subventions, du bioéthanol et du biodiesel, dont on sait que le bilan écologique est désastreux. La promesse de Sarkozy de “ne pas créer de nouveaux sites nucléaires” ?
Vaste blague : la France dispose d’un nombre impressionnant de sites nucléaires capables d’accueillir à bras ouverts de nouveaux réacteurs
(à l’image du fameux EPR prévu sur le site de Flamanville).
La solennelle promesse que “la priorité ne sera plus à l’incinération, mais au recyclage des déchets ?” Certes, mais on pourra quand même construire de nouveaux incinérateurs, à condition de prouver qu’il “s’agit bien de l’ultime recours”.
Et tout est à l’avenant. Du flou, des mesures pas financées, des mesurettes essayant de rattraper le retard de la France en matière écologique. Mais tout cela noyé sous l’enflure des mots et les rodomontades…
Allons, ne grinchons pas. Reprenons tous en chœur : ce Grenelle est génial, formidable, exemplaire, etc.

Jean-Luc Porquet

Canard Enchaîné du 31 octobre 2007



Thèmes
Nucléaire et démocratie Nucléaire et santé