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Sortir du nucléaire n°35

Juin-juillet 2007

Editorial

Grenelle ou l’art du théatre politique

Juin-juillet 2007




Bien sûr, il faut d’abord reconnaître à MM. Sarkozy et Juppé (remplacé récemment par M. Borloo) un sens certain de la communication : dès le début du mandat, nous assistons à une mise en scène éblouissante de l’accomplissement de l’une de promesses du candidat Sarkozy ; préparer un "Grenelle" de l’environnement. Eblouissante, dans la mesure où la lumière répandue sur cette réunion aura empêché d’en discerner le contenu, pour autant qu’il y en ait un. Sauf à penser que le seul but de cette rencontre d’une heure et quart ... était qu’elle ait lieu (et de montrer qu’elle ait lieu)…

Mais au-delà de l’aspect purement médiatique de la chose, il faut ensuite s’interroger sur le choix des invités à cette rencontre : neuf associations soigneusement choisies par l’Elysée, le Réseau Sortir du nucléaire n’étant pas invité... Sans vouloir mettre en doute la sincérité et le dynamisme de leur engagement, des associations d’abord environnementalistes (air, animaux, terre, oiseaux...), et qui ont toutes un point commun : ne pas mettre en cause le modèle de société actuel, mais plutôt en corriger les excès ou les déviances…

En ce sens, il faudrait poser la question de savoir pourquoi aucune structure concernant l’énergie, la santé, l’alimentation, les transports, l’éducation, etc. n’a été invitée. La réponse est tristement trop simple : parce que dans ce cas, c’est toute une réflexion sociétale qu’il faudrait engager. Et de fait, il peut sembler "normal" (au sens sarkozien du terme) qu’aucune structure antinucléaire, anti-OGM, aucune association de défense de la santé, etc. n’ait été conviée à ce round très préliminaire.

Alors, au-delà de sa dimension médiatique, que pouvait-il, que devait-il sortir d’une telle réunion ? Une liste des dossiers chauds à évaluer à l’automne ? N’importe quel journaliste un tant soit peu informé, n’importe quel membre de cabinet ministériel auraient pu constituer une telle liste. Sans la lumière des médias, bien entendu…

Alors, quoi d’autre qu’un nouveau coup de bluff dont l’ex-ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy nous avait déjà gratifiés par le passé : faire acquiescer par avance des associations choisies à une série de mesures probablement déjà préparées ? Gageons qu’il s’agira là d’un vibrant appel (à la Chirac) à la défense de l’environnement, et de mesures consistant plus à poser quelques cautères ou à taxer la pollution (la fameuse "fiscalité écologique") plutôt que de s’interroger sur ses causes.

Avec quelques os à ronger, du genre plan de fermeture (à terme) de quelques centrales nucléaires… Un scoop ? Même pas : 35 réacteurs nucléaires EPR seraient suffisants pour produire autant d’électricité nucléaire que les 58 réacteurs actuels... A ce Grenelle, les ours des Pyrénées gagneront peut-être quelque chose, mais les citoyens devront continuer à se battre contre les projets d’enfouissement de déchets nucléaires, à Bure (Meuse) ou ailleurs. En tout cas, probablement aucune décision forte n’engagera réellement la vie de nos concitoyens. Ne nous leurrons pas : avec un tel préliminaire manœuvrier, ce que cherche le pouvoir, c’est à nous faire avaler quelques mesurettes censées calmer les esprits, mais surtout sans froisser les grands lobbies nucléaires, autoroutiers, agricoles ou industriels.

Il ne faudrait pas pour autant jeter la pierre a priori aux associations qui ont accepté d’aller sous les lambris de la République sarkozienne, ou à celles qui pourraient encore y être conviées, mais à elles maintenant de nous montrer qu’elles ne vont pas à Canossa (*) en participant à Grenelle. A elles maintenant de cadrer clairement leurs positions pour ces futures rencontres.

Si vraiment un débat doit s’ouvrir, si vraiment le nouveau pouvoir veut prendre les problèmes à bras-le-corps, ce ne doit pas être à travers un spectacle rutilant. Ce sera, peut-être, à travers de réels Etats Généraux de l’environnement, puisque d’autres sujets que ceux envisagés devront bien un jour être évoqués : l’énergie (et plus particulièrement le recours au nucléaire), les transports, l’agriculture (et son volet OGM), pour n’en citer que quelques-uns…
En souvenir de Vital Michalon

Il y a 30 ans, le 31 juillet 1977, Vital Michalon était tué par les forces de l’ordre lors de la grande manifestation contre Superphénix. “Une journée de guerre en pleine paix qui nous a rappelé ce qu’est la raison d’Etat”, avait déclaré l’un des frères de la victime.
Le surgénérateur de Creys-Malville en Isère a été arrêté en 1998 à la suite d’un long combat.
Nous dédions cette revue à Vital et à toute sa famille.
Jean-Marie Brom
Administrateur du Réseau Sortir du nucléaire
jean-marie.brom@sortirdunucleaire.fr

(*) L’expression "aller à Canossa" est utilisée pour
évoquer un lieu ou une occasion de soumission.

Bien sûr, il faut d’abord reconnaître à MM. Sarkozy et Juppé (remplacé récemment par M. Borloo) un sens certain de la communication : dès le début du mandat, nous assistons à une mise en scène éblouissante de l’accomplissement de l’une de promesses du candidat Sarkozy ; préparer un "Grenelle" de l’environnement. Eblouissante, dans la mesure où la lumière répandue sur cette réunion aura empêché d’en discerner le contenu, pour autant qu’il y en ait un. Sauf à penser que le seul but de cette rencontre d’une heure et quart ... était qu’elle ait lieu (et de montrer qu’elle ait lieu)…

Mais au-delà de l’aspect purement médiatique de la chose, il faut ensuite s’interroger sur le choix des invités à cette rencontre : neuf associations soigneusement choisies par l’Elysée, le Réseau Sortir du nucléaire n’étant pas invité... Sans vouloir mettre en doute la sincérité et le dynamisme de leur engagement, des associations d’abord environnementalistes (air, animaux, terre, oiseaux...), et qui ont toutes un point commun : ne pas mettre en cause le modèle de société actuel, mais plutôt en corriger les excès ou les déviances…

En ce sens, il faudrait poser la question de savoir pourquoi aucune structure concernant l’énergie, la santé, l’alimentation, les transports, l’éducation, etc. n’a été invitée. La réponse est tristement trop simple : parce que dans ce cas, c’est toute une réflexion sociétale qu’il faudrait engager. Et de fait, il peut sembler "normal" (au sens sarkozien du terme) qu’aucune structure antinucléaire, anti-OGM, aucune association de défense de la santé, etc. n’ait été conviée à ce round très préliminaire.

Alors, au-delà de sa dimension médiatique, que pouvait-il, que devait-il sortir d’une telle réunion ? Une liste des dossiers chauds à évaluer à l’automne ? N’importe quel journaliste un tant soit peu informé, n’importe quel membre de cabinet ministériel auraient pu constituer une telle liste. Sans la lumière des médias, bien entendu…

Alors, quoi d’autre qu’un nouveau coup de bluff dont l’ex-ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy nous avait déjà gratifiés par le passé : faire acquiescer par avance des associations choisies à une série de mesures probablement déjà préparées ? Gageons qu’il s’agira là d’un vibrant appel (à la Chirac) à la défense de l’environnement, et de mesures consistant plus à poser quelques cautères ou à taxer la pollution (la fameuse "fiscalité écologique") plutôt que de s’interroger sur ses causes.

Avec quelques os à ronger, du genre plan de fermeture (à terme) de quelques centrales nucléaires… Un scoop ? Même pas : 35 réacteurs nucléaires EPR seraient suffisants pour produire autant d’électricité nucléaire que les 58 réacteurs actuels... A ce Grenelle, les ours des Pyrénées gagneront peut-être quelque chose, mais les citoyens devront continuer à se battre contre les projets d’enfouissement de déchets nucléaires, à Bure (Meuse) ou ailleurs. En tout cas, probablement aucune décision forte n’engagera réellement la vie de nos concitoyens. Ne nous leurrons pas : avec un tel préliminaire manœuvrier, ce que cherche le pouvoir, c’est à nous faire avaler quelques mesurettes censées calmer les esprits, mais surtout sans froisser les grands lobbies nucléaires, autoroutiers, agricoles ou industriels.

Il ne faudrait pas pour autant jeter la pierre a priori aux associations qui ont accepté d’aller sous les lambris de la République sarkozienne, ou à celles qui pourraient encore y être conviées, mais à elles maintenant de nous montrer qu’elles ne vont pas à Canossa (*) en participant à Grenelle. A elles maintenant de cadrer clairement leurs positions pour ces futures rencontres.

Si vraiment un débat doit s’ouvrir, si vraiment le nouveau pouvoir veut prendre les problèmes à bras-le-corps, ce ne doit pas être à travers un spectacle rutilant. Ce sera, peut-être, à travers de réels Etats Généraux de l’environnement, puisque d’autres sujets que ceux envisagés devront bien un jour être évoqués : l’énergie (et plus particulièrement le recours au nucléaire), les transports, l’agriculture (et son volet OGM), pour n’en citer que quelques-uns…
En souvenir de Vital Michalon

Il y a 30 ans, le 31 juillet 1977, Vital Michalon était tué par les forces de l’ordre lors de la grande manifestation contre Superphénix. “Une journée de guerre en pleine paix qui nous a rappelé ce qu’est la raison d’Etat”, avait déclaré l’un des frères de la victime.
Le surgénérateur de Creys-Malville en Isère a été arrêté en 1998 à la suite d’un long combat.
Nous dédions cette revue à Vital et à toute sa famille.
Jean-Marie Brom
Administrateur du Réseau Sortir du nucléaire
jean-marie.brom@sortirdunucleaire.fr

(*) L’expression "aller à Canossa" est utilisée pour
évoquer un lieu ou une occasion de soumission.



Thèmes
Nucléaire et démocratie