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Sortir du nucléaire n°65

Mai 2015

Artistes

Goin : distribution de claques visuelles dans l’espace public

Mai 2015




Goin est un ou une artiste de rue anonyme qui, à grand renfort de pochoirs, anime les murs urbains ou industriels de sa verve colorée. Goin a réalisé "Les Danaïdes de Fukushima", l’œuvre qui illustre la couverture de ce numéro de notre revue.



Liberté, égalité et fraternité sont-elles mortes ?

Pour commencer, que signifie Goin ?

Vous pouvez l’interpréter comme vous voulez mais GO IN ou GOING en anglais représente parfaitement ma vision d’aller de l’avant, de faire quelque chose, de se mettre en mouvement et de ne pas être passif. Arrêtez de penser à agir et agissez enfin !

Quelle est ta définition du street-art ?

Le street-art est déterminé par le cadre, le "hors cadre", dans ce cas précis, la rue. Il est défini par une liberté totale de techniques, de styles et de médiums. Il est mutant et évolue rapidement. Il est incompatible avec la censure et la bonne morale, il détruit tous les codes de l’ancien temps. Il redéfinit l’urbanité et la modernité dans les villes et nous aide à nous réapproprier l’espace public.

Pourquoi avoir choisi ce moyen d’impression et d’expression ?

C’est une évidence pour quelqu’un qui veut transmettre des messages. Je ne fais que me réapproprier l’espace public. Le contre-pouvoir à travers la liberté d’expression et d’impression est nécessaire à toute démocratie, ça en est même la base.

Comment choisis-tu tes sujets ?

Je travaille beaucoup en phase avec l’actualité, sur les sujets préoccupants et profonds de notre monde. Je suis assurément humaniste et optimiste. J’essaye de contre-balancer la tendance en ridiculisant les concepts capitalistes et néolibéraux complètement dépassés et dangereux.

Très peu de texte, pour toi la force de communication passe principalement par le visuel ? N’y a-t-il pas un risque d’être mal interprété ?

Bien sûr que mes œuvres sont parfois mal interprétées. Les gens comprennent de moins en moins la satire, le politiquement correct et le nouveau conservatisme empestent les cerveaux et les font réfléchir bizarrement. Mais le sous-titrage n’aidera rien ni personne, regardez simplement un journal français et un journal russe, la même image aura une légende différente. Il faut donc réapprendre à interpréter les images sans les légendes que la société totalitaire marchande aime à nous fournir.

Pourquoi ce choix des Danaïdes pour réagir quant au nucléaire ?

En 1986, lors de l’explosion de la centrale de Tchernobyl, j’étais encore trop jeune pour comprendre l’ampleur des dégâts. Mais pour Fukushima j’étais bien conscient des conséquences que cela aurait sur l’environnement et notre santé. Je crois que peu de gens se rendent vraiment compte de ce qu’il s’est passé et de ce qu’il se passe encore à la centrale de Fukushima-Daiichi. Cette catastrophe n’est pas "finie", car la centrale continue toujours à fuir quatre ans après. Et en plus TEPCO nous ment sans arrêt. Dans la mythologie grecque, les Danaïdes sont condamnées, aux enfers, à remplir sans fin un tonneau sans fond. C’est pour cela que j’ai choisi les Danaïdes pour illustrer cela, une métaphore parfaite de ce qui se passe sur place.

Tenebras Lux

Peux-tu nous expliquer le choix du lieu, des couleurs... ?

Le but ultime serait de peindre cette œuvre à Fukushima même. Mais la centrale nucléaire du Bugey était un peu plus proche et légèrement plus facile d’accès ! Quant aux couleurs, j’y réfléchis rarement en fait, elles viennent d’elles-mêmes en général. Je pourrais vous dire un truc pompeux du genre "J’ai mis du noir en fond pour représenter la mort, le côté apocalyptique et sombre de notre avenir dans ce monde radioactif, le jaune des bidons rayonne comme une fission nucléaire, et le blanc des Danaïdes décrit l’innocence, la pureté et la vie. Ces trois couleurs représentent à elles seules la vie, la mort et l’énergie."

Tout ça c’est bien joli, mais si on ne fait rien, si on ne se réveille pas pour agir et changer notre monde et reprendre possession de notre vie, on ne sera sûrement plus là très longtemps pour parler d’art !

En (sa)voir plus : www.goinart.net

Propos recueillis par Jocelyn Peyret

Liberté, égalité et fraternité sont-elles mortes ?

Pour commencer, que signifie Goin ?

Vous pouvez l’interpréter comme vous voulez mais GO IN ou GOING en anglais représente parfaitement ma vision d’aller de l’avant, de faire quelque chose, de se mettre en mouvement et de ne pas être passif. Arrêtez de penser à agir et agissez enfin !

Quelle est ta définition du street-art ?

Le street-art est déterminé par le cadre, le "hors cadre", dans ce cas précis, la rue. Il est défini par une liberté totale de techniques, de styles et de médiums. Il est mutant et évolue rapidement. Il est incompatible avec la censure et la bonne morale, il détruit tous les codes de l’ancien temps. Il redéfinit l’urbanité et la modernité dans les villes et nous aide à nous réapproprier l’espace public.

Pourquoi avoir choisi ce moyen d’impression et d’expression ?

C’est une évidence pour quelqu’un qui veut transmettre des messages. Je ne fais que me réapproprier l’espace public. Le contre-pouvoir à travers la liberté d’expression et d’impression est nécessaire à toute démocratie, ça en est même la base.

Comment choisis-tu tes sujets ?

Je travaille beaucoup en phase avec l’actualité, sur les sujets préoccupants et profonds de notre monde. Je suis assurément humaniste et optimiste. J’essaye de contre-balancer la tendance en ridiculisant les concepts capitalistes et néolibéraux complètement dépassés et dangereux.

Très peu de texte, pour toi la force de communication passe principalement par le visuel ? N’y a-t-il pas un risque d’être mal interprété ?

Bien sûr que mes œuvres sont parfois mal interprétées. Les gens comprennent de moins en moins la satire, le politiquement correct et le nouveau conservatisme empestent les cerveaux et les font réfléchir bizarrement. Mais le sous-titrage n’aidera rien ni personne, regardez simplement un journal français et un journal russe, la même image aura une légende différente. Il faut donc réapprendre à interpréter les images sans les légendes que la société totalitaire marchande aime à nous fournir.

Pourquoi ce choix des Danaïdes pour réagir quant au nucléaire ?

En 1986, lors de l’explosion de la centrale de Tchernobyl, j’étais encore trop jeune pour comprendre l’ampleur des dégâts. Mais pour Fukushima j’étais bien conscient des conséquences que cela aurait sur l’environnement et notre santé. Je crois que peu de gens se rendent vraiment compte de ce qu’il s’est passé et de ce qu’il se passe encore à la centrale de Fukushima-Daiichi. Cette catastrophe n’est pas "finie", car la centrale continue toujours à fuir quatre ans après. Et en plus TEPCO nous ment sans arrêt. Dans la mythologie grecque, les Danaïdes sont condamnées, aux enfers, à remplir sans fin un tonneau sans fond. C’est pour cela que j’ai choisi les Danaïdes pour illustrer cela, une métaphore parfaite de ce qui se passe sur place.

Tenebras Lux

Peux-tu nous expliquer le choix du lieu, des couleurs... ?

Le but ultime serait de peindre cette œuvre à Fukushima même. Mais la centrale nucléaire du Bugey était un peu plus proche et légèrement plus facile d’accès ! Quant aux couleurs, j’y réfléchis rarement en fait, elles viennent d’elles-mêmes en général. Je pourrais vous dire un truc pompeux du genre "J’ai mis du noir en fond pour représenter la mort, le côté apocalyptique et sombre de notre avenir dans ce monde radioactif, le jaune des bidons rayonne comme une fission nucléaire, et le blanc des Danaïdes décrit l’innocence, la pureté et la vie. Ces trois couleurs représentent à elles seules la vie, la mort et l’énergie."

Tout ça c’est bien joli, mais si on ne fait rien, si on ne se réveille pas pour agir et changer notre monde et reprendre possession de notre vie, on ne sera sûrement plus là très longtemps pour parler d’art !

En (sa)voir plus : www.goinart.net

Propos recueillis par Jocelyn Peyret



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