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Sortir du nucléaire n°54

Eté 2012

Nucléaire Militaire

François Hollande et la dissuasion nucléaire des opportunités à saisir

Eté 2012




François Hollande a annoncé qu’il ne changera rien ni à la doctrine, ni aux outils de la dissuasion. Le voilà maintenant doté de cette mallette noire - contenant un terminal portable permettant de déclencher la frappe nucléaire - qui ne le quittera pas durant les cinq prochaines années…



On sait qu’en matière de politique étrangère, au final, les États n’ont pas d’amis ou d’ennemis mais uniquement des intérêts. Au-delà du jeu médiatique, seuls les rapports de force président… Pour autant, comment peut-on vouloir être un président "normal" et garder entre ses mains ce pouvoir "a-normal" d’anéantir la planète ?

Petite revue de détail…

Dans une tribune publiée en décembre dernier, sous le titre de "Je maintiendrai", François Hollande s’est posé en garant de la posture nucléaire française et a martelé qu’il ne changera rien, ni à la doctrine, ni aux outils de la dissuasion. Nous voilà prévenus !

Il affirme également que "la France, grâce à son effort soutenu, a donc fini de payer les investissements nécessaires à cette capacité". Une antienne reprise par différents experts et médias selon laquelle le président ne sera pas confronté à une décision cruciale en la matière d’ici la fin de son mandat… Ce qui est loin d’être exact. En effet, durant le quinquennat de François Hollande plusieurs étapes d’adaptation de l’arsenal nucléaire vont se dérouler :

 l’adaptation de trois sous-marins nucléaires pour qu’ils puissent emporter les nouveaux missiles M51, dont la fin est programmée pour 2018 ; à ce jour seule la commande pour l’adaptation du premier SNLE (sous-marin nucléaire lanceur d’engins) a été prise, celle du second doit être prise cette année et en 2015 pour le troisième ;

 la mise en service du laser Mégajoule prévue pour 2014, pièce maîtresse pour la mise au point des futures têtes nucléaires ;

 à partir de 2015, le remplacement des M51 avec les têtes nucléaires TN75 par des missiles M51.2, avec la TNO (tête nucléaire océanique). Ce sont ces derniers missiles qui verront leur portée accrue de 6 000 à environ 9 000 kilomètres et emporteront une charge renforcée ;

 sans oublier, alors que le dernier exemplaire venait tout juste d’être mis en service, le lancement par la Direction générale de l’armement en 2011 des études amont pour les sous-marins nucléaires de troisième génération. Études amont qui vont absorber jusqu’en 2015 environ la moitié des quelque 720 millions d’euros alloués à la recherche militaire (soit environ 360 millions d’euros par an).

Ces différentes étapes de modernisation de l’arsenal nucléaire sont autant d’occasions pour le président — et son gouvernement qui se veut fervent adepte de la concertation —, d’ouvrir le débat avant de prendre la décision d’engager des sommes qui pourraient être utilisées à d’autres fins socialement plus utiles.

Vers une sécurité sans armes nucléaires

À quoi sert l’annonce de la mise en chantier d’un nouveau Livre blanc sur la défense, si - comme c’était le cas en 2008 avec Nicolas Sarkozy - d’emblée est affirmé le postulat que l’arme nucléaire "demeure aujourd’hui encore la garantie fondamentale de notre sécurité" ? N’est-ce pas l’occasion de sortir des incantations d’un autre temps et de dresser des perspectives pour en finir avec l’héritage nucléaire issu de la guerre froide ?

Des pistes existent et sont débattues au niveau international. La France a toute sa place dans ce débat… à condition bien sûr de se rallier à la perspective d’un monde sans armes nucléaires et de rejoindre les nations qui veulent l’ouverture, au sein de l’ONU, de négociations pour l’adoption d’une Convention d’élimination des armes nucléaires, tout en arrêtant les programmes de modernisation en cours et en lançant une large concertation citoyenne.

Utopie ? Non, si chacun de nous s’informe, interpelle les responsables politiques, rejoignant l’appel lancé par Albert Jacquard et Stéphane Hessel pour un désarmement nucléaire total (1).

Patrice Bouveret
Observatoire des armements - www.obsarm.org

Notes :

1 : Exigez ! Un désarmement nucléaire total, Stéphane Hessel, Albert Jacquard, Observatoire des armements, éditions Stock, 2012, 72 p., 5€.

On sait qu’en matière de politique étrangère, au final, les États n’ont pas d’amis ou d’ennemis mais uniquement des intérêts. Au-delà du jeu médiatique, seuls les rapports de force président… Pour autant, comment peut-on vouloir être un président "normal" et garder entre ses mains ce pouvoir "a-normal" d’anéantir la planète ?

Petite revue de détail…

Dans une tribune publiée en décembre dernier, sous le titre de "Je maintiendrai", François Hollande s’est posé en garant de la posture nucléaire française et a martelé qu’il ne changera rien, ni à la doctrine, ni aux outils de la dissuasion. Nous voilà prévenus !

Il affirme également que "la France, grâce à son effort soutenu, a donc fini de payer les investissements nécessaires à cette capacité". Une antienne reprise par différents experts et médias selon laquelle le président ne sera pas confronté à une décision cruciale en la matière d’ici la fin de son mandat… Ce qui est loin d’être exact. En effet, durant le quinquennat de François Hollande plusieurs étapes d’adaptation de l’arsenal nucléaire vont se dérouler :

 l’adaptation de trois sous-marins nucléaires pour qu’ils puissent emporter les nouveaux missiles M51, dont la fin est programmée pour 2018 ; à ce jour seule la commande pour l’adaptation du premier SNLE (sous-marin nucléaire lanceur d’engins) a été prise, celle du second doit être prise cette année et en 2015 pour le troisième ;

 la mise en service du laser Mégajoule prévue pour 2014, pièce maîtresse pour la mise au point des futures têtes nucléaires ;

 à partir de 2015, le remplacement des M51 avec les têtes nucléaires TN75 par des missiles M51.2, avec la TNO (tête nucléaire océanique). Ce sont ces derniers missiles qui verront leur portée accrue de 6 000 à environ 9 000 kilomètres et emporteront une charge renforcée ;

 sans oublier, alors que le dernier exemplaire venait tout juste d’être mis en service, le lancement par la Direction générale de l’armement en 2011 des études amont pour les sous-marins nucléaires de troisième génération. Études amont qui vont absorber jusqu’en 2015 environ la moitié des quelque 720 millions d’euros alloués à la recherche militaire (soit environ 360 millions d’euros par an).

Ces différentes étapes de modernisation de l’arsenal nucléaire sont autant d’occasions pour le président — et son gouvernement qui se veut fervent adepte de la concertation —, d’ouvrir le débat avant de prendre la décision d’engager des sommes qui pourraient être utilisées à d’autres fins socialement plus utiles.

Vers une sécurité sans armes nucléaires

À quoi sert l’annonce de la mise en chantier d’un nouveau Livre blanc sur la défense, si - comme c’était le cas en 2008 avec Nicolas Sarkozy - d’emblée est affirmé le postulat que l’arme nucléaire "demeure aujourd’hui encore la garantie fondamentale de notre sécurité" ? N’est-ce pas l’occasion de sortir des incantations d’un autre temps et de dresser des perspectives pour en finir avec l’héritage nucléaire issu de la guerre froide ?

Des pistes existent et sont débattues au niveau international. La France a toute sa place dans ce débat… à condition bien sûr de se rallier à la perspective d’un monde sans armes nucléaires et de rejoindre les nations qui veulent l’ouverture, au sein de l’ONU, de négociations pour l’adoption d’une Convention d’élimination des armes nucléaires, tout en arrêtant les programmes de modernisation en cours et en lançant une large concertation citoyenne.

Utopie ? Non, si chacun de nous s’informe, interpelle les responsables politiques, rejoignant l’appel lancé par Albert Jacquard et Stéphane Hessel pour un désarmement nucléaire total (1).

Patrice Bouveret
Observatoire des armements - www.obsarm.org

Notes :

1 : Exigez ! Un désarmement nucléaire total, Stéphane Hessel, Albert Jacquard, Observatoire des armements, éditions Stock, 2012, 72 p., 5€.



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