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Des accidents nucléaires partout

France : Cattenom : Depuis plus de 2 ans, il était impossible de fermer une vanne qui permet le confinement du bâtiment du réacteur 4




19 juin 2018


"Détection tardive", c’est le moins que l’on puisse dire. Il aura fallu plus de 2 années pour que l’exploitant du site nucléaire transfrontalier détecte qu’une erreur de montage commise lors d’une opération de maintenance a mis hors service une vanne qui permet de confiner le bâtiment du réacteur 4. En cas d’accident ou de contamination radioactive du bâtiment, un système permet normalement d’isoler celui-ci de l’extérieur, le but étant de contenir à l’intérieur les radionucléides relâchées par le cœur du réacteur et d’éviter qu’elles ne se dispersent dans l’environnement.


De ce fait l’étanchéité de l’enceinte de confinement [1] doit être particulièrement surveillée. À Cattenom, l’enceinte de confinement de chaque bâtiment réacteur est faite par une double paroi de béton. Entre ces 2 parois se trouve un système de récupération des effluents et de nombreuses canalisations. Chaque canalisation est équipée de vannes qui permettent d’obturer les tuyaux et ainsi "fermer" le système, l’isolant ainsi de l’extérieur. Le 29 mai 2018, des équipes identifient un dysfonctionnement sur la vanne d’isolement du système de récupération des effluents entre les 2 parois de béton du bâtiment abritant le réacteur 4 : impossible de la fermer complètement. Donc impossible de confiner totalement le bâtiment réacteur. La vanne a été réparée le 3 juin. Après avoir analysé le matériel, l’exploitant s’est rendu compte que le dysfonctionnement en question était dû à la dernière opération de maintenance effectuée sur cette vanne, opération réalisée en avril 2016.

Cet nouvel évènement significatif pour la sûreté vient s’ajouter à une série de problèmes sur le site transfrontalier qui ne cesse de s’allonger depuis janvier 2018. Multiples appels aux pompiers pour des départs de feu et des surchauffes d’équipements, vols de données confidentielles, mauvais positionnement de grappes de commande dans le cœur du réacteur 2, fuite au niveau du couvercle de la cuve du réacteur 3, alerte à l’ammoniaque, arrêts automatiques, erreur de câblage dans le système d’aspiration de l’air entre les 2 parois de l’enceinte du réacteur 1, erreur qui met hors service un capteur du niveau d’eau de refroidissement du réacteur 2... la liste est longue, très longue*. L’Autorité de sureté nucléaire pointe du doigts les mauvaises performances en matière de d’exploitation, ce qui se traduit par une hausse des incidents. Cette augmentation du nombre d’incidents n’est pas récente, puisque même si elle semble s’emballer depuis début janvier, elle était déjà observée en 2016 et confirmée en 2017. Il semble donc qu’il ne s’agisse plus d’une "tendance", mais bien d’une pente glissante.

Ce que dit EDF :

Le 19/06/18

Détection tardive d’un dysfonctionnement sur une vanne d’isolement de l’unité de production n°4

L’enceinte de confinement de chaque bâtiment réacteur de la centrale de Cattenom est constituée de deux parois en béton, une paroi intérieure et une paroi extérieure. Entre les deux parois se trouve un espace dit « inter-enceintes » dans lequel on trouve notamment un système de puisard et de pompage permettant de récupérer tous types d’effluents liquides. Afin de garantir le confinement du bâtiment réacteur, une vanne d’isolement située sur ce système au niveau de la paroi extérieure de l’enceinte permet de l’obturer en cas de besoin.

Le mardi 29 mai 2018, lors d’opérations d’exploitation sur ce système dans l’unité de production n°4, les équipes de la centrale ont identifié un dysfonctionnement sur la vanne d’isolement. La fermeture totale de cette vanne et donc sa fonction de confinement n’était pas garantie. Cet évènement n’a eu aucune conséquence puisque la paroi intérieure est restée intègre. La vanne a été réparée et était à nouveau pleinement opérationnelle le dimanche 3 juin 2018 conformément au délai imposé par nos règles d’exploitation.

Sur la base du diagnostic plus poussé du matériel réalisé à partir du 3 juin, la direction de la centrale a estimé de manière conservative que l’origine du dysfonctionnement pourrait potentiellement remonter à la dernière opération de maintenance menée sur la vanne, soit en avril 2016. En raison de la détection tardive de ce dysfonctionnement, la direction de la centrale a déclaré l’évènement à l’Autorité de Sûreté Nucléaire le mardi 19 Juin 2018 au niveau 1 de l’échelle internationale INES (qui compte 7 niveaux).

https://www.edf.fr/groupe-edf/nos-energies/carte-de-nos-implantations-industrielles-en-france/centrale-nucleaire-de-cattenom/actualites/detection-tardive-d-un-dysfonctionnement-sur-une-vanne-d-isolement-de-l-unite-de-production-ndeg4


Ce que dit l’ASN :

Le 26/06/18

Détection tardive de l’indisponibilité d’une vanne d’isolement de l’enceinte de confinement du réacteur 4

Le 19 juin 2018, l’exploitant de la centrale nucléaire de Cattenom a déclaré à l’Autorité de sûreté nucléaire un événement significatif relatif à la sûreté concernant l’indisponibilité d’une vanne d’isolement placée sur une conduite traversant la paroi externe de l’enceinte de confinement du bâtiment du réacteur 4.

L’enceinte de confinement des réacteurs de la centrale de Cattenom est constituée d’une double paroi en béton. Elle abrite notamment la cuve du réacteur et les générateurs de vapeur et constitue la troisième des trois barrières de confinement entre les produits radioactifs contenus dans le cœur du réacteur et l’environnement.

De nombreuses canalisations nécessaires au fonctionnement de l’installation traversent cette enceinte. Afin de garantir l’étanchéité de la troisième barrière, des vannes d’isolement [2] permettent d’obturer ces canalisations.

Le 29 mai 2018, une alarme en salle de commande signale le mauvais fonctionnement d’une vanne d’isolement de l’espace inter-enceinte. L’exploitant engage alors sa réparation.

Une expertise ultérieure, plus complète, révèle que des défauts dans le montage de la vanne, provenant d’une opération de maintenance réalisée en 2016, sont à l’origine de ce mauvais fonctionnement et conduisent l’exploitant à considérer la vanne d’isolement comme indisponible depuis cette opération.

Cet événement n’a pas eu de conséquence sur le personnel ni sur l’environnement de l’installation. Néanmoins, en cas d’accident grave, l’efficacité des actions permettant d’assurer la maîtrise du confinement des produits radioactifs auraient été dégradée.

En raison de la détection tardive de l’indisponibilité de la vanne d’isolement, cet événement a été classé au niveau 1 de l’échelle internationale des événements nucléaires INES.

https://www.asn.fr/Controler/Actualites-du-controle/Avis-d-incident-des-installations-nucleaires/Detection-tardive-de-l-indisponibilite-d-une-vanne-d-isolement


* Pour en savoir plus :

Retrouvez tous nos articles sur les différents incidents qui ont eu lieu sur le site de Cattenom en cliquant ici


[1Également appelée bâtiment du réacteur (BR) l’enceinte de confinement est un bâtiment en béton à l’intérieur duquel se trouvent la cuve, le cœur du réacteur, les générateurs de vapeur ainsi que les principaux auxiliaires assurant la sûreté du réacteur. Elle constitue la troisième des barrières existant entre les produits radioactifs contenus dans le cœur du réacteur et l’environnement (la premiers barrière est la gaine du combustible, la deuxième est le circuit primaire), Elle est destinée, en cas d’accident, à retenir les produits radioactifs qui seraient libérés lors d’une rupture du circuit primaire. De ce fait, son étanchéité est particulièrement surveillée. De nombreuses canalisations traversent cette enceinte. Ces vannes, situées de part et d’autre de la paroi de béton, permettent d’obturer chacune des canalisations lorsque les spécifications techniques, les procédures de conduite eu la situation exigent l’étanchéité complète de l’enceinte. https://www.asn.fr/Lexique/E/Enceinte-de-confinement-ou-batiment-du-reacteur

[2Deux vannes d’isolement montées en série et assurant une redondance permettent d’obturer les canalisations qui traversent les deux parois de l’enceinte de confinement.