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Echos des luttes antinucléaires

Fin de la Vigie devant le siège de l’OMS à Genève

28 avril 2017 |




Pendant 10 ans, jours après jours, qu’il neige ou qu’il vente, de courageux citoyens de différents pays se sont relayés face au siège genevois de l’OMS (Organisation mondiale de la santé) pour interpeller les responsables de cette organisation dépendant de l’ONU.

Le 26 avril 2017 signait la fin de la Vigie d’Hippocrate, manifestation quotidienne organisée par le collectif IndependentWHO – Santé et Nucléaire. Rassemblées une dernière fois devant le siège de l’OMS à Genève, les « sentinelles » ont été rejointes par des militants qui réclament que cesse l’opacité qui règne à l’OMS en matière de nucléaire et de prévention des risques liés aux rayonnements ionisants. Admiration, soutiens, nostalgie, remerciements... Cet ultime rassemblement est l’occasion de retracer le cheminement d’une aventure exceptionnelle débutée il y a dix ans.



La santé est notre bien le plus précieux. Pourtant, en matière de nucléaire, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a les mains liées à l’Agence internationale pour l’énergie atomique (AIEA). En 1959, les deux institutions onusiennes concluent un accord qui interdit à l’OMS de traiter des questions de radiations et de santé publique sans l’aval de l’AIEA. Autrement dit, l’organe chargé de garantir la santé publique ne peut pas conduire de recherches médicales indépendantes ni publier de conclusions sans le consentement de l’organe chargé de promouvoir les intérêts industriels de la filière nucléaire. Dans ces conditions, impossible de mettre en place un dispositif efficace pour assurer la prise en charge des individus en matière de radioprotection. Ainsi, l’OMS ne remplit pas sa mission de protection des victimes de contamination radioactive et sous-estime l’impact sanitaire des accidents nucléaires.

Le statut de l’AIEA lui donne la responsabilité du contrôle de la bonne application de la sécurité et de la protection des personnes ainsi que du transfert des technologies nucléaires. Ainsi le promoteur de l’expansion du nucléaire est aussi le juge des atteintes sanitaires de cette industrie ! Pas étonnant donc que les bilans officiels des catastrophes nucléaires de Tchernobyl et Fukushima soient aussi lénifiants.

Pour dénoncer cette situation, des associations, des chercheurs, des militants et des médecins de la société civile créent en 2007 le mouvement IndependentWHO. Ce collectif au nom très explicite réclame l’indépendance de l’OMS (WHO en anglais) vis-à-vis de toute forme de pression politique ou de lobbying industriel et particulièrement nucléaire. Depuis le 26 avril 2007 et l’anniversaire des 31 ans de la catastrophe de Tchernobyl, des vigies qui, comme à bord d’un navire, surveillent, avertissent et signalent, se postent en station debout, devant le siège de l’OMS, à Genève. Tous les jours ouvrables, de 8h à 18h, par tous les temps. Munis de pancartes aux slogans percutants (« Tchernobyl : où est la vérité ? 50 morts ou 985 000 morts ? Exigeons une investigation indépendante et une OMS indépendante » ; « WHO must honour the terms of its constitution1 » ou encore : « You will not be able to say that you did not know [1] ») et d’une bonne dose d’abnégation, les participants de la Vigie d’Hippocrate se relayèrent pendant dix années durant pour interpeller l’organisation onusienne sur ses statuts et mettre les acteurs de l’OMS en face de leurs responsabilités.

Par cette action silencieuse, la vigie d’IndependentWHO n’a cessé de rappeler à l’OMS ses devoirs, tels qu’ils sont notamment inscrits dans sa constitution. La détermination des Vigies aura permis de sensibiliser l’opinion sur les conséquences sanitaires réelles des essais nucléaires militaires et des catastrophes civiles de Tchernobyl et Fukushima. En même temps, cette présence quotidienne a permis de donner plus de visibilité médiatique et politique à la lutte antinucléaire. Là où des associations comme Greenpeace privilégient les actions spectaculaires, les happenings et les coups d’éclat, les Vigies d’IndependentWHO ont opté pour une stratégie différente : par une présence symbolique étalée sur le temps long, la Vigie aborde l’activisme sous un angle novateur. Présence quotidienne et actions ponctuelles deviennent alors complémentaires et renforcent l’écho des luttes.

Ce travail assidu aura finalement porté ses fruits : la Vigie d’IndependentWHO sera parvenue à mettre en lumière les mensonges de l’OMS, notamment le fait qu’elle dissimule l’impact sanitaire réel des accidents de Tchernobyl et de Fukushima. Habillées de combinaisons blanches et munies de photographies de décontaminateurs, les Vigies ont inauguré une stèle en marbre à la mémoire des victimes de l’atome. En ce jour si particulier, c’est encore Paul Roullaud, l’initiateur de la Vigie, qui résuma le mieux ces dix années de lutte tranquille mais déterminée : « On a considéré que 10 ans, c’était suffisant pour faire comprendre aux employés de l’OMS et à la direction qu’il y avait un problème de comportement de cette institution à propos des victimes de la radioactivité ».

Un rassemblement plus important que d’habitude a donc clos ce 26 avril 2017 à Genève cette action de long terme. Durant près de 6h, en combinaisons blanches et portant des portraits de liquidateurs décédés de Tchernobyl ou portant de grandes pancartes « vous ne pourrez pas dire que vous ne saviez pas », y a participé une centaine de militants, suisses et français pour la plupart.

Devant la façade muette de cette institution défaillante, une stèle de marbre a été inaugurée au pied de chênes centenaires : elle rappellera à l’OMS, restée de marbre face à cette longue et patiente interrogation, la mémoire des victimes passées, présentes et futures du nucléaire.

Les discours des organisateurs d’I-WHO et de leurs différents partenaires (Ville de Genève, Contratom, CRIIRAD, Réseau SDN...) ont oscillé entre nostalgie de la fraternelle communauté constituée ici année après année, rage de devoir continuer le combat sous d’autres formes et espoir de vérifier que le colosse au pied d’argile qu’est le nucléaire se fissure de toutes parts.

La journée anniversaire des 31 ans de la catastrophe de Tchernoby avait débuté par un rassemblement devant le Consulat de France pour exiger la fermeture de la vieille centrale du Bugey proche de 70 kms de Genève. Un hommage y a été rendu à Chaim Nissim, décédé quelques jours auparavant : ardent militant antinucléaire genevois et transfrontière notamment contre SuperPhénix.

Une autre manifestation place des Nations, toujours à l’initiative de Contratom, a conclu la journée. Sous les drapeaux de tous les pays du monde et face au bâtiment de l’ancienne Société des Nations, on se rappelait que la radioactivité n’a pas de frontières !


Notes

[1Vous ne pourrez pas dire que vous ne saviez pas

La santé est notre bien le plus précieux. Pourtant, en matière de nucléaire, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a les mains liées à l’Agence internationale pour l’énergie atomique (AIEA). En 1959, les deux institutions onusiennes concluent un accord qui interdit à l’OMS de traiter des questions de radiations et de santé publique sans l’aval de l’AIEA. Autrement dit, l’organe chargé de garantir la santé publique ne peut pas conduire de recherches médicales indépendantes ni publier de conclusions sans le consentement de l’organe chargé de promouvoir les intérêts industriels de la filière nucléaire. Dans ces conditions, impossible de mettre en place un dispositif efficace pour assurer la prise en charge des individus en matière de radioprotection. Ainsi, l’OMS ne remplit pas sa mission de protection des victimes de contamination radioactive et sous-estime l’impact sanitaire des accidents nucléaires.

Le statut de l’AIEA lui donne la responsabilité du contrôle de la bonne application de la sécurité et de la protection des personnes ainsi que du transfert des technologies nucléaires. Ainsi le promoteur de l’expansion du nucléaire est aussi le juge des atteintes sanitaires de cette industrie ! Pas étonnant donc que les bilans officiels des catastrophes nucléaires de Tchernobyl et Fukushima soient aussi lénifiants.

Pour dénoncer cette situation, des associations, des chercheurs, des militants et des médecins de la société civile créent en 2007 le mouvement IndependentWHO. Ce collectif au nom très explicite réclame l’indépendance de l’OMS (WHO en anglais) vis-à-vis de toute forme de pression politique ou de lobbying industriel et particulièrement nucléaire. Depuis le 26 avril 2007 et l’anniversaire des 31 ans de la catastrophe de Tchernobyl, des vigies qui, comme à bord d’un navire, surveillent, avertissent et signalent, se postent en station debout, devant le siège de l’OMS, à Genève. Tous les jours ouvrables, de 8h à 18h, par tous les temps. Munis de pancartes aux slogans percutants (« Tchernobyl : où est la vérité ? 50 morts ou 985 000 morts ? Exigeons une investigation indépendante et une OMS indépendante » ; « WHO must honour the terms of its constitution1 » ou encore : « You will not be able to say that you did not know [1] ») et d’une bonne dose d’abnégation, les participants de la Vigie d’Hippocrate se relayèrent pendant dix années durant pour interpeller l’organisation onusienne sur ses statuts et mettre les acteurs de l’OMS en face de leurs responsabilités.

Par cette action silencieuse, la vigie d’IndependentWHO n’a cessé de rappeler à l’OMS ses devoirs, tels qu’ils sont notamment inscrits dans sa constitution. La détermination des Vigies aura permis de sensibiliser l’opinion sur les conséquences sanitaires réelles des essais nucléaires militaires et des catastrophes civiles de Tchernobyl et Fukushima. En même temps, cette présence quotidienne a permis de donner plus de visibilité médiatique et politique à la lutte antinucléaire. Là où des associations comme Greenpeace privilégient les actions spectaculaires, les happenings et les coups d’éclat, les Vigies d’IndependentWHO ont opté pour une stratégie différente : par une présence symbolique étalée sur le temps long, la Vigie aborde l’activisme sous un angle novateur. Présence quotidienne et actions ponctuelles deviennent alors complémentaires et renforcent l’écho des luttes.

Ce travail assidu aura finalement porté ses fruits : la Vigie d’IndependentWHO sera parvenue à mettre en lumière les mensonges de l’OMS, notamment le fait qu’elle dissimule l’impact sanitaire réel des accidents de Tchernobyl et de Fukushima. Habillées de combinaisons blanches et munies de photographies de décontaminateurs, les Vigies ont inauguré une stèle en marbre à la mémoire des victimes de l’atome. En ce jour si particulier, c’est encore Paul Roullaud, l’initiateur de la Vigie, qui résuma le mieux ces dix années de lutte tranquille mais déterminée : « On a considéré que 10 ans, c’était suffisant pour faire comprendre aux employés de l’OMS et à la direction qu’il y avait un problème de comportement de cette institution à propos des victimes de la radioactivité ».

Un rassemblement plus important que d’habitude a donc clos ce 26 avril 2017 à Genève cette action de long terme. Durant près de 6h, en combinaisons blanches et portant des portraits de liquidateurs décédés de Tchernobyl ou portant de grandes pancartes « vous ne pourrez pas dire que vous ne saviez pas », y a participé une centaine de militants, suisses et français pour la plupart.

Devant la façade muette de cette institution défaillante, une stèle de marbre a été inaugurée au pied de chênes centenaires : elle rappellera à l’OMS, restée de marbre face à cette longue et patiente interrogation, la mémoire des victimes passées, présentes et futures du nucléaire.

Les discours des organisateurs d’I-WHO et de leurs différents partenaires (Ville de Genève, Contratom, CRIIRAD, Réseau SDN...) ont oscillé entre nostalgie de la fraternelle communauté constituée ici année après année, rage de devoir continuer le combat sous d’autres formes et espoir de vérifier que le colosse au pied d’argile qu’est le nucléaire se fissure de toutes parts.

La journée anniversaire des 31 ans de la catastrophe de Tchernoby avait débuté par un rassemblement devant le Consulat de France pour exiger la fermeture de la vieille centrale du Bugey proche de 70 kms de Genève. Un hommage y a été rendu à Chaim Nissim, décédé quelques jours auparavant : ardent militant antinucléaire genevois et transfrontière notamment contre SuperPhénix.

Une autre manifestation place des Nations, toujours à l’initiative de Contratom, a conclu la journée. Sous les drapeaux de tous les pays du monde et face au bâtiment de l’ancienne Société des Nations, on se rappelait que la radioactivité n’a pas de frontières !


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