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Sortir du nucléaire n°39

Eté 2008

Alternatives

Economies d’énergie : le pactole oublié

Eté 2008




Ce qu’il y a de bien, avec l’augmentation du prix du pétrole, c’est que paradoxalement elle nous enrichit. Plus le baril est coûteux, plus il révèle l’ampleur des gains possibles des politiques d’économies d’énergie.



Celles-ci sont les plus efficaces pour réduire la consommation de pétrole et autres combustibles fossiles : l’Agence internationale de l’énergie (AIE) conclut, dans son rapport "World Outlook 2006", que pour stabiliser en 2030 les émissions de gaz carbonique - reflétant précisément la consommation d’énergie -, les gains d’efficacité énergétique compteront pour 65 % des progrès par rapport à la prolongation de la tendance actuelle. Le nucléaire n’intervient que pour 10 % et les énergies renouvelables pour 12 %.

C’est donc dans ce domaine que les responsables devraient chercher la réponse prioritaire à la hausse du prix du pétrole. "Investir dans l’économie d’énergie aujourd’hui, c’est créer le pouvoir d’achat de demain", résume Matthieu Orphelin, de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe).

Après le choc pétrolier de 1973, les efforts entrepris se sont relâchés dans les années 1990 : la consommation globale d’énergie entre 1990 et 2005 a crû de 23 % dans les pays développés, notamment du fait du transport et de l’habitat, deux secteurs qui ont vu leur consommation gonfler de 37 %. Il faut changer la tendance. Mais économiser l’énergie ne se résume pas à une solution magique, cela suppose de recourir à une large palette d’instruments.

Réduire les gaspillages
Consommer moins revient le plus souvent à réduire les gaspillages. Ainsi, ramener la température de chauffage à 19°C permet de sérieux gains, une augmentation de 1°C augmentant de 20% les dépenses de chauffage.

Eteindre son ordinateur quand on n’en a pas l’usage prend tout son sens quand on sait que le milliard d’écrans d’ordinateurs existant dans le monde consomme autant d’électricité que la Suède (130 000 gigawattheure). Avoir moins d’objets, éteindre lumières et appareils inutilisés reste le meilleur moyen d’économiser l’énergie.

Recourir aux progrès technologiques
C’est une source majeure de gain : les chaudières à condensation offrent un meilleur rendement, les détecteurs à infrarouge allument les lumières seulement si des personnes sont présentes, les voitures hybrides consomment moins d’essence, les compteurs à télérelève favorisent une meilleure gestion des pointes de consommation électrique.

De bons choix techniques sont aussi importants, comme l’installation, pour les équipements publics, de centrales à cogénération : elles génèrent à la fois chaleur et électricité et assurent un meilleur usage des énergies utilisées.

Repenser la tarification
Le potentiel de cette démarche commence seulement à être exploré. Un premier instrument est le bonus-malus, qui consiste à abaisser le prix des produits les moins consommateurs, et à augmenter celui des plus polluants. Appliqué à l’automobile, il a rencontré un succès surprenant, les ventes de voitures avec bonus ayant progressé en France de 45 % dans les quatre premiers mois de son application.

Autre instrument, la tarification progressive : plus l’on consomme un bien, plus il coûte cher. Des expériences avec l’eau montrent que ce système, de surcroît plus juste socialement, réduit fortement les gaspillages. On pourrait l’étendre à l’électricité.

Développer l’écoconception
Elle vise à réduire, lors de leur création, le poids des objets ou la consommation d’énergie que requiert leur fonctionnement. Dans le
bâtiment, c’est l’architecture bioclimatique qui combine inertie thermique des parois, isolation, utilisation maximale du soleil, végétation sur les toits. Mais la politique d’efficacité énergétique n’est pas seulement une question de technique. Disparités et usages sociaux sont aussi importants.

Privilégier l’organisation collective
Elle permet de privilégier l’usage plutôt que la propriété. Le meilleur exemple est celui du Vélo’V à Lyon ou du Vélib’ à Paris. Le système s’étend - timidement - à l’automobile. Les collectivités peuvent aussi, par des "plans de déplacement d’entreprise" limiter les transports automobiles de leurs salariés. Et la limitation de la vitesse à 100 km/h sur les autoroutes serait, selon l’AIE, une des mesures les plus efficaces.

Jouer sur la distribution des revenus
Ce paramètre est crucial : les ménages les plus riches consomment proportionnellement davantage d’énergie que la moyenne, comme l’a montré Christian Brand, chercheur à l’université d’Oxford. Dans l’échantillon de population étudié, 10 % des personnes - généralement les plus fortunées- sont responsables de 43 % des émissions de gaz
carbonique du groupe, alors que les 10 % des ménages les plus pauvres ne produisent que 0,1 % des émissions...

Penser globalement les usages
Améliorer l’isolation des maisons dont les occupants doivent prendre la voiture tous les jours pour aller travailler à 50 km n’a pas grand sens. Il faut revoir les politiques urbaines et, pour ce qui concerne la production, envisager des relocalisations des entreprises afin de réduire les transports de leurs salariés.

Hervé Kempf

Article paru dans Le Monde du 5 juin 2008

Celles-ci sont les plus efficaces pour réduire la consommation de pétrole et autres combustibles fossiles : l’Agence internationale de l’énergie (AIE) conclut, dans son rapport "World Outlook 2006", que pour stabiliser en 2030 les émissions de gaz carbonique - reflétant précisément la consommation d’énergie -, les gains d’efficacité énergétique compteront pour 65 % des progrès par rapport à la prolongation de la tendance actuelle. Le nucléaire n’intervient que pour 10 % et les énergies renouvelables pour 12 %.

C’est donc dans ce domaine que les responsables devraient chercher la réponse prioritaire à la hausse du prix du pétrole. "Investir dans l’économie d’énergie aujourd’hui, c’est créer le pouvoir d’achat de demain", résume Matthieu Orphelin, de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe).

Après le choc pétrolier de 1973, les efforts entrepris se sont relâchés dans les années 1990 : la consommation globale d’énergie entre 1990 et 2005 a crû de 23 % dans les pays développés, notamment du fait du transport et de l’habitat, deux secteurs qui ont vu leur consommation gonfler de 37 %. Il faut changer la tendance. Mais économiser l’énergie ne se résume pas à une solution magique, cela suppose de recourir à une large palette d’instruments.

Réduire les gaspillages
Consommer moins revient le plus souvent à réduire les gaspillages. Ainsi, ramener la température de chauffage à 19°C permet de sérieux gains, une augmentation de 1°C augmentant de 20% les dépenses de chauffage.

Eteindre son ordinateur quand on n’en a pas l’usage prend tout son sens quand on sait que le milliard d’écrans d’ordinateurs existant dans le monde consomme autant d’électricité que la Suède (130 000 gigawattheure). Avoir moins d’objets, éteindre lumières et appareils inutilisés reste le meilleur moyen d’économiser l’énergie.

Recourir aux progrès technologiques
C’est une source majeure de gain : les chaudières à condensation offrent un meilleur rendement, les détecteurs à infrarouge allument les lumières seulement si des personnes sont présentes, les voitures hybrides consomment moins d’essence, les compteurs à télérelève favorisent une meilleure gestion des pointes de consommation électrique.

De bons choix techniques sont aussi importants, comme l’installation, pour les équipements publics, de centrales à cogénération : elles génèrent à la fois chaleur et électricité et assurent un meilleur usage des énergies utilisées.

Repenser la tarification
Le potentiel de cette démarche commence seulement à être exploré. Un premier instrument est le bonus-malus, qui consiste à abaisser le prix des produits les moins consommateurs, et à augmenter celui des plus polluants. Appliqué à l’automobile, il a rencontré un succès surprenant, les ventes de voitures avec bonus ayant progressé en France de 45 % dans les quatre premiers mois de son application.

Autre instrument, la tarification progressive : plus l’on consomme un bien, plus il coûte cher. Des expériences avec l’eau montrent que ce système, de surcroît plus juste socialement, réduit fortement les gaspillages. On pourrait l’étendre à l’électricité.

Développer l’écoconception
Elle vise à réduire, lors de leur création, le poids des objets ou la consommation d’énergie que requiert leur fonctionnement. Dans le
bâtiment, c’est l’architecture bioclimatique qui combine inertie thermique des parois, isolation, utilisation maximale du soleil, végétation sur les toits. Mais la politique d’efficacité énergétique n’est pas seulement une question de technique. Disparités et usages sociaux sont aussi importants.

Privilégier l’organisation collective
Elle permet de privilégier l’usage plutôt que la propriété. Le meilleur exemple est celui du Vélo’V à Lyon ou du Vélib’ à Paris. Le système s’étend - timidement - à l’automobile. Les collectivités peuvent aussi, par des "plans de déplacement d’entreprise" limiter les transports automobiles de leurs salariés. Et la limitation de la vitesse à 100 km/h sur les autoroutes serait, selon l’AIE, une des mesures les plus efficaces.

Jouer sur la distribution des revenus
Ce paramètre est crucial : les ménages les plus riches consomment proportionnellement davantage d’énergie que la moyenne, comme l’a montré Christian Brand, chercheur à l’université d’Oxford. Dans l’échantillon de population étudié, 10 % des personnes - généralement les plus fortunées- sont responsables de 43 % des émissions de gaz
carbonique du groupe, alors que les 10 % des ménages les plus pauvres ne produisent que 0,1 % des émissions...

Penser globalement les usages
Améliorer l’isolation des maisons dont les occupants doivent prendre la voiture tous les jours pour aller travailler à 50 km n’a pas grand sens. Il faut revoir les politiques urbaines et, pour ce qui concerne la production, envisager des relocalisations des entreprises afin de réduire les transports de leurs salariés.

Hervé Kempf

Article paru dans Le Monde du 5 juin 2008



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