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Sortir du nucléaire n°23

Décembre 2003

Economie

EDF sauve ses comptes par magie nucléaire

Décembre 2003




Le groupe allonge de dix ans la durée de vie de ses centrales.
EDF, avec la complicité de l’Etat, met l’Autorité de sûreté nucléaire devant le fait accompli.



A l’occasion de la conférence de presse de présentation des comptes semestriels d’EDF, le journaliste de l’agence Bloomberg News, pourtant au fait de la chose financière, en a été réduit à avouer son impuissance. “Est-ce que c’est la dernière fois que l’entreprise change de normes comptables ?”, a-t-il demandé à François Roussely, le patron d’EDF, avec la voix lasse et fatiguée de celui qui va devoir aller se plonger pendant des heures dans les arguties juridico-comptables pour comprendre (un peu) les résultats financiers d’EDF.
“En un mot comme en mille, ces comptes semestriels sont bons”, avait professé, quelques minutes auparavant François Roussely. Avec un bénéfice semestriel de 728 millions d’euros (contre 231 millions pour l’ensemble de l’année 2002), le diagnostic est a priori incontestable. Mieux, pour donner “une meilleure visibilité des comptes du groupe”, l’entreprise a décidé de rapatrier dans ses comptes une partie des 5 milliards d’euros de provision jusqu’alors abandonnés subtilement en hors bilan. Et notamment 900 millions d’euros relatifs à la prise de contrôle contestée de l’électricien italien Edison et 175 millions pour l’acquisition de Fenice. Au total, EDF aura passé, au cours du premier semestre 2,4 milliards de provisions supplémentaires, pour tenter de nettoyer une partie de ses écuries et compenser la dépréciation des filiales allemande (EnBW) et brésilienne (Light) achetées trop cher.

Mais alors comment afficher un résultat net positif ? Où diable trouver deux milliards d’euros pour compenser ces monceaux de provisions ?

C’est là que l’opération “transparence” de François Roussely se transforme en un magnifique numéro de magie comptable. Comme révélé par le Figaro, la direction financière a fait sortir de son chapeau 1,8 milliard d’euros de bénéfice (et 5,4 milliards de capitaux propres tout frais), grâce au rallongement de 30 à 40 ans, de la durée de vie des 58 réacteurs nucléaires d’EDF.
C’est quoi le truc ? Pour faire face au futur démantèlement de ses centrales nucléaires arrivées en fin de vie, EDF avait provisionné 28 milliards d’euros dans ses comptes. En rallongeant la vie des centrales de dix ans et donc leur durée d’amortissement, EDF gagne du temps et peut récupérer un joli petit paquet d’argent. Habile. Sauf qu’EDF n’est absolument pas habilité à décider si oui ou non ses centrales nucléaires peuvent durer 30 ou 40 ans. Seule, l’Autorité de sûreté nucléaire, placée sous la coupe du ministère de l’Industrie, a le pouvoir de décerner un certificat de longévité à l’issue de ses visites décennales. Hier, François Roussely a d’ailleurs reconnu que cette décision ne “préemptait pas le jugement de l’Autorité de sûreté”. Mais d’ajouter illico, “il est légitime en tant qu’exploitant de donner notre vision de l’évolution du parc nucléaire”.
Et de mobiliser l’exemple des Etats-Unis dont une partie du parc a été autorisée à fonctionner jusqu’à 60 ans. Etonnant, car on avait jusqu’à présent connu un Roussely plus distant avec les modes américaines, et notamment le modèle d’Enron. Surtout, la sortie de Roussely a réveillé les associations, comme Greenpeace, accusant “EDF, avec la complicité de l’Etat, de mettre l’Autorité de sûreté devant le fait accompli”. De quoi compliquer la tâche du gouvernement qui espère faire passer, dans sa future loi d’orientation énergétique, la relance du nucléaire en autorisant la construction du fameux EPR. D’ailleurs, EDF avait à cœur de justifier une décision urgente sur ce dossier prétextant que ses centrales vieillissaient à vue d’œil (Fessenheim la plus vieille aura 30 ans en 2008). Les voilà qui reprennent, comme par enchantement, un très bénéfique coup de jeune.
Le saviez-vous ?
Depuis cette année, toute éolienne de plus de 25 m doit faire l’objet d’une enquête publique, d’une enquête d’impact et d’un permis de construire. Le Centre de stockage de la Manche qui a accueilli l’ensemble de déchets nucléaire de la France depuis 20 ans, n’a, lui, fait l’objet d’aucune enquête publique. Cherchez l’erreur !
(Source : Jean-Yvon Landrac)

Et encore…
Quand EDF gagne de l’argent avec des renouvelables (les barrages hydroélectriques produisent du courant à environ 1 c/kWh), EDF s’en sert pour financer ses centrales nucléaires. Quand EDF doit payer un peu plus cher qu’elle ne voudrait de l’électricité d’origine renouvelable (éolien, photovoltaïque), elle pousse des cris d’orfraie. Cherchez l’erreur !
(Source : Jean-Yvon Landrac)
Grégoire Biseau
paru dans Libération du 3 octobre 2003

A l’occasion de la conférence de presse de présentation des comptes semestriels d’EDF, le journaliste de l’agence Bloomberg News, pourtant au fait de la chose financière, en a été réduit à avouer son impuissance. “Est-ce que c’est la dernière fois que l’entreprise change de normes comptables ?”, a-t-il demandé à François Roussely, le patron d’EDF, avec la voix lasse et fatiguée de celui qui va devoir aller se plonger pendant des heures dans les arguties juridico-comptables pour comprendre (un peu) les résultats financiers d’EDF.
“En un mot comme en mille, ces comptes semestriels sont bons”, avait professé, quelques minutes auparavant François Roussely. Avec un bénéfice semestriel de 728 millions d’euros (contre 231 millions pour l’ensemble de l’année 2002), le diagnostic est a priori incontestable. Mieux, pour donner “une meilleure visibilité des comptes du groupe”, l’entreprise a décidé de rapatrier dans ses comptes une partie des 5 milliards d’euros de provision jusqu’alors abandonnés subtilement en hors bilan. Et notamment 900 millions d’euros relatifs à la prise de contrôle contestée de l’électricien italien Edison et 175 millions pour l’acquisition de Fenice. Au total, EDF aura passé, au cours du premier semestre 2,4 milliards de provisions supplémentaires, pour tenter de nettoyer une partie de ses écuries et compenser la dépréciation des filiales allemande (EnBW) et brésilienne (Light) achetées trop cher.

Mais alors comment afficher un résultat net positif ? Où diable trouver deux milliards d’euros pour compenser ces monceaux de provisions ?

C’est là que l’opération “transparence” de François Roussely se transforme en un magnifique numéro de magie comptable. Comme révélé par le Figaro, la direction financière a fait sortir de son chapeau 1,8 milliard d’euros de bénéfice (et 5,4 milliards de capitaux propres tout frais), grâce au rallongement de 30 à 40 ans, de la durée de vie des 58 réacteurs nucléaires d’EDF.
C’est quoi le truc ? Pour faire face au futur démantèlement de ses centrales nucléaires arrivées en fin de vie, EDF avait provisionné 28 milliards d’euros dans ses comptes. En rallongeant la vie des centrales de dix ans et donc leur durée d’amortissement, EDF gagne du temps et peut récupérer un joli petit paquet d’argent. Habile. Sauf qu’EDF n’est absolument pas habilité à décider si oui ou non ses centrales nucléaires peuvent durer 30 ou 40 ans. Seule, l’Autorité de sûreté nucléaire, placée sous la coupe du ministère de l’Industrie, a le pouvoir de décerner un certificat de longévité à l’issue de ses visites décennales. Hier, François Roussely a d’ailleurs reconnu que cette décision ne “préemptait pas le jugement de l’Autorité de sûreté”. Mais d’ajouter illico, “il est légitime en tant qu’exploitant de donner notre vision de l’évolution du parc nucléaire”.
Et de mobiliser l’exemple des Etats-Unis dont une partie du parc a été autorisée à fonctionner jusqu’à 60 ans. Etonnant, car on avait jusqu’à présent connu un Roussely plus distant avec les modes américaines, et notamment le modèle d’Enron. Surtout, la sortie de Roussely a réveillé les associations, comme Greenpeace, accusant “EDF, avec la complicité de l’Etat, de mettre l’Autorité de sûreté devant le fait accompli”. De quoi compliquer la tâche du gouvernement qui espère faire passer, dans sa future loi d’orientation énergétique, la relance du nucléaire en autorisant la construction du fameux EPR. D’ailleurs, EDF avait à cœur de justifier une décision urgente sur ce dossier prétextant que ses centrales vieillissaient à vue d’œil (Fessenheim la plus vieille aura 30 ans en 2008). Les voilà qui reprennent, comme par enchantement, un très bénéfique coup de jeune.
Le saviez-vous ?
Depuis cette année, toute éolienne de plus de 25 m doit faire l’objet d’une enquête publique, d’une enquête d’impact et d’un permis de construire. Le Centre de stockage de la Manche qui a accueilli l’ensemble de déchets nucléaire de la France depuis 20 ans, n’a, lui, fait l’objet d’aucune enquête publique. Cherchez l’erreur !
(Source : Jean-Yvon Landrac)

Et encore…
Quand EDF gagne de l’argent avec des renouvelables (les barrages hydroélectriques produisent du courant à environ 1 c/kWh), EDF s’en sert pour financer ses centrales nucléaires. Quand EDF doit payer un peu plus cher qu’elle ne voudrait de l’électricité d’origine renouvelable (éolien, photovoltaïque), elle pousse des cris d’orfraie. Cherchez l’erreur !
(Source : Jean-Yvon Landrac)
Grégoire Biseau
paru dans Libération du 3 octobre 2003



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