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Sortir du nucléaire n°52

Hiver 2012

Nucléaire militaire

Désarmement nucléaire : Vers des scénarios de sécurité non-nucléaire

Hiver 2012




Pour la première fois, le nucléaire est un des principaux enjeux d’une campagne électorale. Si ce n’est que seul le nucléaire "civil" est à l’affiche alors que le nucléaire militaire reste le grand absent ! (1)



Comment expliquer cette "omerta" ?

Si le nucléaire - au niveau de son fonctionnement, des risques, des conséquences en termes sanitaires ou environnementaux - est un, pour autant les enjeux du "civil" et du "militaire" sont différents et ne peuvent être confondus…

En effet, la sortie du "nucléaire civil" fait appel à une remise en cause de notre mode de consommation énergétique (sobriété, efficacité, innovation, alternative…), tandis que l’élimination des armes nucléaires renvoie à une remise en cause fondamentale de l’organisation de la sécurité au niveau international. Nous ne sommes pas face à une modification de moyens utilisés, mais bien face à un changement complet de paradigme sociétal.

"L’arme nucléaire apparaît comme le marqueur ultime de la puissance, rejetant tous ceux qui ne la possèdent pas dans une catégorie indifférenciée et subalterne et conférant à ses détenteurs une prééminence nouvelle dans la distribution de la puissance", note le chercheur Pierre Buhler dans un brillant ouvrage sur La puissance au XXIe siècle (2).

D’une part, la possession d’une telle arme de destruction massive ne peut qu’indisposer les États disposant des ressources humaines, financières et scientifiques pour maîtriser la technologie nucléaire et qui aspirent aussi à exercer un leadership au niveau régional, voire même international, à l’égal du "club des Cinq", c’est-à-dire les membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU avec droit de veto, à savoir États-Unis, Russie, Chine, Royaume-Uni et France. Ces derniers, après avoir accédé au rang de puissance nucléaire, ont fermé la porte derrière eux, via le TNP (Traité de Non-Prolifération nucléaire), avec, il faut le reconnaître, une certaine efficacité… Seuls quelques États ont pu, durant les soixante dernières années, acquérir cette arme : Israël, Inde, Pakistan, Corée du Nord… et demain l’Iran ?

D’autre part, contrairement aux affirmations maintes fois répétées par les dirigeants politiques de tout bord, l’arme nucléaire n’est pas facteur de sécurité. Au fil de son histoire, elle a plutôt été un élément de déstabilisation, voire même un déclencheur de crises : de celle de Cuba en 1962, à l’Iran aujourd’hui, en passant par la crise des euromissiles de la fin des années 1980, sans oublier l’Irak… Sans oublier non plus les différentes populations qui subissent les conséquences des quelques 2000 explosions nucléaires qui ont contaminé des zones entières, que ce soient au Kazakhstan, au Sahara, dans le Pacifique, etc.

Sortir du nucléaire militaire

La prise d’otages n’a jamais été une méthode produisant de la sécurité. Elle est même qualifiée d’acte terroriste justement par ceux-là mêmes qui avec leurs armes nucléaires prennent en otages des populations entières par leur stratégie dite de dissuasion.

Les zones exemptes d’armes nucléaires (ZEAN), actuellement au nombre de six, couvrant une large partie de la planète, sont un exemple de mise en place d’une dynamique de renforcement de la sécurité.

D’autres exemples peuvent être cités comme l’OSCE, Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, qui regroupe 56 États. Mais la faiblesse des moyens alloués - par manque de véritable volonté politique - limite ses capacités d’instrument de prévention des conflits.

En fait, à l’instar du scénario de transition énergétique négaWatt, il est indispensable, d’une part, d’élaborer un "scénario pour une sécurité non-nucléaire" qui mette en avant la coopération en lieu et place de la compétition, qui démilitarise la sécurité, et d’autre part, que le débat sur la sortie du nucléaire englobe également la dimension militaire…

Patrice Bouveret
Observatoire des Armements
patricebouveret@obsarm.org

Notes :

1 : C’est pourquoi le Réseau "Sortir du nucléaire" et Armes nucléaires STOP ! ont lancé la campagne "Désarmement nucléaire 2012" : http://campagne2012desarmementnucleaire.org

2 : Pierre Buhler, La puissance au XXIe siècle. Les nouvelles définitions du monde, CNRS éditions, 2011, p. 75.

Comment expliquer cette "omerta" ?

Si le nucléaire - au niveau de son fonctionnement, des risques, des conséquences en termes sanitaires ou environnementaux - est un, pour autant les enjeux du "civil" et du "militaire" sont différents et ne peuvent être confondus…

En effet, la sortie du "nucléaire civil" fait appel à une remise en cause de notre mode de consommation énergétique (sobriété, efficacité, innovation, alternative…), tandis que l’élimination des armes nucléaires renvoie à une remise en cause fondamentale de l’organisation de la sécurité au niveau international. Nous ne sommes pas face à une modification de moyens utilisés, mais bien face à un changement complet de paradigme sociétal.

"L’arme nucléaire apparaît comme le marqueur ultime de la puissance, rejetant tous ceux qui ne la possèdent pas dans une catégorie indifférenciée et subalterne et conférant à ses détenteurs une prééminence nouvelle dans la distribution de la puissance", note le chercheur Pierre Buhler dans un brillant ouvrage sur La puissance au XXIe siècle (2).

D’une part, la possession d’une telle arme de destruction massive ne peut qu’indisposer les États disposant des ressources humaines, financières et scientifiques pour maîtriser la technologie nucléaire et qui aspirent aussi à exercer un leadership au niveau régional, voire même international, à l’égal du "club des Cinq", c’est-à-dire les membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU avec droit de veto, à savoir États-Unis, Russie, Chine, Royaume-Uni et France. Ces derniers, après avoir accédé au rang de puissance nucléaire, ont fermé la porte derrière eux, via le TNP (Traité de Non-Prolifération nucléaire), avec, il faut le reconnaître, une certaine efficacité… Seuls quelques États ont pu, durant les soixante dernières années, acquérir cette arme : Israël, Inde, Pakistan, Corée du Nord… et demain l’Iran ?

D’autre part, contrairement aux affirmations maintes fois répétées par les dirigeants politiques de tout bord, l’arme nucléaire n’est pas facteur de sécurité. Au fil de son histoire, elle a plutôt été un élément de déstabilisation, voire même un déclencheur de crises : de celle de Cuba en 1962, à l’Iran aujourd’hui, en passant par la crise des euromissiles de la fin des années 1980, sans oublier l’Irak… Sans oublier non plus les différentes populations qui subissent les conséquences des quelques 2000 explosions nucléaires qui ont contaminé des zones entières, que ce soient au Kazakhstan, au Sahara, dans le Pacifique, etc.

Sortir du nucléaire militaire

La prise d’otages n’a jamais été une méthode produisant de la sécurité. Elle est même qualifiée d’acte terroriste justement par ceux-là mêmes qui avec leurs armes nucléaires prennent en otages des populations entières par leur stratégie dite de dissuasion.

Les zones exemptes d’armes nucléaires (ZEAN), actuellement au nombre de six, couvrant une large partie de la planète, sont un exemple de mise en place d’une dynamique de renforcement de la sécurité.

D’autres exemples peuvent être cités comme l’OSCE, Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, qui regroupe 56 États. Mais la faiblesse des moyens alloués - par manque de véritable volonté politique - limite ses capacités d’instrument de prévention des conflits.

En fait, à l’instar du scénario de transition énergétique négaWatt, il est indispensable, d’une part, d’élaborer un "scénario pour une sécurité non-nucléaire" qui mette en avant la coopération en lieu et place de la compétition, qui démilitarise la sécurité, et d’autre part, que le débat sur la sortie du nucléaire englobe également la dimension militaire…

Patrice Bouveret
Observatoire des Armements
patricebouveret@obsarm.org

Notes :

1 : C’est pourquoi le Réseau "Sortir du nucléaire" et Armes nucléaires STOP ! ont lancé la campagne "Désarmement nucléaire 2012" : http://campagne2012desarmementnucleaire.org

2 : Pierre Buhler, La puissance au XXIe siècle. Les nouvelles définitions du monde, CNRS éditions, 2011, p. 75.



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