Réseau Sortir du nucléaire
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Sortir du nucléaire n°43

Eté 2009

Actions et vie des groupes

De Bure à Chooz, 300 km à pied pour une Terre sans nucléaire

Eté 2009




Pendant 14 jours, du 13 au 26 avril 2009, des citoyens ont marché de Bure (Meuse) à Chooz (Ardennes), à l’initiative de deux associations (Sortir du nucléaire 08 et CDR 55). Leur objectif : informer sur les périls de l’énergie nucléaire et sur les solutions disponibles pour s’en passer, ainsi que dénoncer les projets visant à faire de l’Est de la France une poubelle radioactive.



Départ, lundi 13 avril 2009

Notre marche commence devant les grilles des installations de l’Andra (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs), à Bure, à l’extrême sud de la Lorraine, ce tout petit village réquisitionné par l’industrie nucléaire pour servir d’énorme décharge atomique, qui couvrirait 15 km2 à 500 mètres sous terre. Depuis 1993, toutes les conclusions de l’Andra sont merveilleusement positives : pas de failles, pas d’eau, pas de sismicité, un vrai bonheur ! Nous, on sait bien que c’est juste un écran de fumée pour préparer le vrai trou – pas encore creusé, l’entrée du stockage n’étant pas encore définie – à grands renforts de promesses d’emplois qu’on attend toujours (le sud-meusien continue de se dépeupler) et d’anesthésiant financier – 20 millions d’euros par an pour la Meuse et autant pour la Haute-Marne toute proche.

Nous sommes une quarantaine en ce lundi de Pâques. Des gens du coin sont là, opposants à un 2ème projet de stockage de déchets atomiques entre 50 et 200 mètres sous terre, élégamment nommés “FAVL”, Faible Activité Vie Longue, genre “ceux-là ne sont pas dangereux”. Trois communes meusiennes proches de Bure, Gondrecourt, Chassey- Beaupré et Montigny-les-Vaucouleurs ont répondu oui à ce stockage, sans aucune consultation des habitants qui pourtant la demandaient, pétition à l’appui. Toujours la même rengaine : argent et création d’emplois. D’autres communes du même canton ont écouté les habitants, mis en place une consultation populaire ou carrément redélibéré contre le projet. Mais les maires de ces trois communes sont sourds et surtout, aux ordres. Les Habitants Vigilants du canton déposent devant la mairie de Gondrecourt des œufs de Pâques radioactifs.

Arrivée, dimanche 26 avril 2009

“La pointe”, extrême nord des Ardennes. Les installations nucléaires ne sont pas posées au hasard. Toujours loin des centres, parce qu’il est plus difficile de mobiliser sans doute ? Nous animons les localités de Revin et de Fumay. Nos slogans au mégaphone résonnent dans la vallée de la Meuse : “Les seuls déchets qu’on sait gérer sont ceux qu’on ne produira pas, fermons le robinet à déchets.”, “Le nucléaire : une pollution sans solution alors qu’il existe, pour produire de l’électricité, des solutions sans pollution”, “Depuis 2004, c’est l’Allemagne qui nous vend de l’électricité.”, “L’Ardenne est belle, soyons rebelles.”, “Plutôt en vie que plutonium”...
Après-midi : les neuf derniers kilomètres de Vireux à Chooz. Nous sommes une quarantaine, drapeaux claquant au vent, bien encadrés par la gendarmerie qui assure la “sécurité”. L’arrivée à Chooz est symbolique. On y trouve à la fois une centrale en voie de démantèlement, Chooz A, arrêtée depuis 1991, et une centrale en fonctionnement, Chooz B, 2 réacteurs, en activité depuis 1996.

Chooz A est installée dans le sous-sol même de la colline, rien n’est visible de l’extérieur. Aujourd’hui, la caverne est imbibée de tritium et de césium 137, la pluie s’infiltre dans la colline, des drains ont été installés et l’eau percolée est probablement rejetée dans la Meuse. En 1967, il y a eu un accident dans la centrale, sans doute un début de fusion avec production de plutonium. EDF souhaite obtenir une autorisation de rejets de plutonium, qui ne sont pas autorisés en Europe. EDF voudrait bien faire de Chooz A une vitrine du démantèlement, mais il est à craindre que l’arrière-boutique soit moins rassurante…

Coïncidence ? Pendant la marche a eu lieu la présentation d’un nouveau plan d’intervention public (PPI) qui détaille les scénarios en cas d’“incidents importants”. À cette occasion, le député écolo belge Georges Gilkinet s’est déplacé pour poser ses questions. Il était déjà intervenu en 2007 sur le sujet, en questionnant le ministre de l’Intérieur belge à propos de l’information de la population belge lors de l’enquête publique sur le démantèlement de Chooz A. Juste en face de Chooz A est installée Chooz B, au bord du fleuve qui sert de réserve d’eau potable pour Bruxelles. En août 2004, une contamination radioactive y a d’ailleurs été relevée.

Nous découvrons le village de Chooz, soigneusement restauré : façades et toitures des maisons magnifiques, clocher de l’église, un vrai bijou, revêtement des trottoirs luxueux, bancs en teck sur la place, élégants réverbères et pas de fils électriques visibles. Un vrai musée en plein air. On ose à peine laisser tomber des miettes par terre. Mais un habitant du coin rompt l’enchantement : “Chooz, c’est un village riche avec des gens pauvres”. Chooz, c’est le symbole de l’économie artificielle liée au nucléaire. En réalité, la pointe du département des Ardennes compte 23 % de chômeurs. Un des anciens de la lutte contre la centrale de Chooz témoigne que le nucléaire ne permet pas de vivre au pays car il ne crée pas d’emploi pour les locaux dont les enfants sont en majorité partis travailler en Belgique. Ce sont des gens d’ailleurs qui viennent travailler à la centrale et repartent au gré des missions. Curieusement, on retrouve le même schéma à Bure : pas de création d’emplois et un arrosage financier gigantesque, véritable achat des consciences, en particulier celles des élus.

Et entre-temps ?

Douze jours de marche avec des étapes de 15 à 25 km, plus de soixante communes traversées, un hébergement au gré des endroits, salles des fêtes, gymnases, chez l’habitant, toujours à titre gratuit. Et une cuisine itinérante végétarienne épatante.

Nous sommes allés à la rencontre des gens et nous avons diffusé une information indépendante sur le nucléaire. La population est totalement ignorante des réalités en la matière. 8000 documents ont été distribués dénonçant les leurres de l’énergie nucléaire, informant également sur la réalité nucléaire régionale : volonté de transformer l’Est de la France en poubelle atomique. Nous avons pu aussi rencontrer des élus locaux puisque nous déposions dans chaque mairie, souvent en mains propres, une enveloppe contenant divers documents diffusés par le Réseau “Sortir du nucléaire”, pour montrer que d’autres choix sont possibles et que le nucléaire n’est pas une fatalité.

Cette marche nous a permis de créer des liens entre des gens de Lorraine et de Champagne-Ardenne ; de montrer que les orientations énergétiques sont avant tout un choix de société en mettant en place des conférences tout au long des deux semaines sur l’habitat écologique, l’éclairage public, les économies d’énergie, les fournisseurs d’énergie et par une visite d’une ferme “bio-gaz” ; de montrer à la population que les antinucléaires, ce sont des “gens du coin” ou d’un peu plus loin, mais pas des hurluberlus, terroristes ou autres comme certains voudraient le faire croire ; de rencontrer parmi les marcheurs de nouvelles personnes qui ont envie de s’investir dans la lutte et notamment des jeunes de Meuse, de Reims, de Paris... ; de rencontrer aussi des gens qui ont travaillé dans le nucléaire et qui ont bien des choses à raconter…

Une marche comme celle-ci est une action positive et non de protestation. C’est pourquoi nous avons été souvent bien accueillis. Des communes nous abritaient en mairie pour casser la croûte au sec, d’autres nous accueillaient par un pot de bienvenue. Nous avons été salués, encouragés, applaudis même. Nous avons reçu aussi quelques quolibets, assez folkloriques et qui prêtent plutôt à sourire : “Hé, retournez vivre dans les grottes” ou encore “Allez laver vot’linge à la main !”. De plus, la couverture médiatique a été excellente et a dépassé de loin nos prévisions. Dépêche AFP, beaucoup d’articles dans la presse écrite locale, régionale et même allemande, radios régionales, reprises par France Info, plusieurs reportages France 3 repris par la télé allemande de Sarre… Comme quoi, avec peu de moyens, il est possible de diffuser largement notre message par une action forte.
Une initiative à reprendre dans votre région ?

N’hésitez pas à contacter Nadine Schneider du CDR55 au 03 29 45 11 99 pour en savoir plus.
Signé : les valeureux marcheurs !

Départ, lundi 13 avril 2009

Notre marche commence devant les grilles des installations de l’Andra (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs), à Bure, à l’extrême sud de la Lorraine, ce tout petit village réquisitionné par l’industrie nucléaire pour servir d’énorme décharge atomique, qui couvrirait 15 km2 à 500 mètres sous terre. Depuis 1993, toutes les conclusions de l’Andra sont merveilleusement positives : pas de failles, pas d’eau, pas de sismicité, un vrai bonheur ! Nous, on sait bien que c’est juste un écran de fumée pour préparer le vrai trou – pas encore creusé, l’entrée du stockage n’étant pas encore définie – à grands renforts de promesses d’emplois qu’on attend toujours (le sud-meusien continue de se dépeupler) et d’anesthésiant financier – 20 millions d’euros par an pour la Meuse et autant pour la Haute-Marne toute proche.

Nous sommes une quarantaine en ce lundi de Pâques. Des gens du coin sont là, opposants à un 2ème projet de stockage de déchets atomiques entre 50 et 200 mètres sous terre, élégamment nommés “FAVL”, Faible Activité Vie Longue, genre “ceux-là ne sont pas dangereux”. Trois communes meusiennes proches de Bure, Gondrecourt, Chassey- Beaupré et Montigny-les-Vaucouleurs ont répondu oui à ce stockage, sans aucune consultation des habitants qui pourtant la demandaient, pétition à l’appui. Toujours la même rengaine : argent et création d’emplois. D’autres communes du même canton ont écouté les habitants, mis en place une consultation populaire ou carrément redélibéré contre le projet. Mais les maires de ces trois communes sont sourds et surtout, aux ordres. Les Habitants Vigilants du canton déposent devant la mairie de Gondrecourt des œufs de Pâques radioactifs.

Arrivée, dimanche 26 avril 2009

“La pointe”, extrême nord des Ardennes. Les installations nucléaires ne sont pas posées au hasard. Toujours loin des centres, parce qu’il est plus difficile de mobiliser sans doute ? Nous animons les localités de Revin et de Fumay. Nos slogans au mégaphone résonnent dans la vallée de la Meuse : “Les seuls déchets qu’on sait gérer sont ceux qu’on ne produira pas, fermons le robinet à déchets.”, “Le nucléaire : une pollution sans solution alors qu’il existe, pour produire de l’électricité, des solutions sans pollution”, “Depuis 2004, c’est l’Allemagne qui nous vend de l’électricité.”, “L’Ardenne est belle, soyons rebelles.”, “Plutôt en vie que plutonium”...
Après-midi : les neuf derniers kilomètres de Vireux à Chooz. Nous sommes une quarantaine, drapeaux claquant au vent, bien encadrés par la gendarmerie qui assure la “sécurité”. L’arrivée à Chooz est symbolique. On y trouve à la fois une centrale en voie de démantèlement, Chooz A, arrêtée depuis 1991, et une centrale en fonctionnement, Chooz B, 2 réacteurs, en activité depuis 1996.

Chooz A est installée dans le sous-sol même de la colline, rien n’est visible de l’extérieur. Aujourd’hui, la caverne est imbibée de tritium et de césium 137, la pluie s’infiltre dans la colline, des drains ont été installés et l’eau percolée est probablement rejetée dans la Meuse. En 1967, il y a eu un accident dans la centrale, sans doute un début de fusion avec production de plutonium. EDF souhaite obtenir une autorisation de rejets de plutonium, qui ne sont pas autorisés en Europe. EDF voudrait bien faire de Chooz A une vitrine du démantèlement, mais il est à craindre que l’arrière-boutique soit moins rassurante…

Coïncidence ? Pendant la marche a eu lieu la présentation d’un nouveau plan d’intervention public (PPI) qui détaille les scénarios en cas d’“incidents importants”. À cette occasion, le député écolo belge Georges Gilkinet s’est déplacé pour poser ses questions. Il était déjà intervenu en 2007 sur le sujet, en questionnant le ministre de l’Intérieur belge à propos de l’information de la population belge lors de l’enquête publique sur le démantèlement de Chooz A. Juste en face de Chooz A est installée Chooz B, au bord du fleuve qui sert de réserve d’eau potable pour Bruxelles. En août 2004, une contamination radioactive y a d’ailleurs été relevée.

Nous découvrons le village de Chooz, soigneusement restauré : façades et toitures des maisons magnifiques, clocher de l’église, un vrai bijou, revêtement des trottoirs luxueux, bancs en teck sur la place, élégants réverbères et pas de fils électriques visibles. Un vrai musée en plein air. On ose à peine laisser tomber des miettes par terre. Mais un habitant du coin rompt l’enchantement : “Chooz, c’est un village riche avec des gens pauvres”. Chooz, c’est le symbole de l’économie artificielle liée au nucléaire. En réalité, la pointe du département des Ardennes compte 23 % de chômeurs. Un des anciens de la lutte contre la centrale de Chooz témoigne que le nucléaire ne permet pas de vivre au pays car il ne crée pas d’emploi pour les locaux dont les enfants sont en majorité partis travailler en Belgique. Ce sont des gens d’ailleurs qui viennent travailler à la centrale et repartent au gré des missions. Curieusement, on retrouve le même schéma à Bure : pas de création d’emplois et un arrosage financier gigantesque, véritable achat des consciences, en particulier celles des élus.

Et entre-temps ?

Douze jours de marche avec des étapes de 15 à 25 km, plus de soixante communes traversées, un hébergement au gré des endroits, salles des fêtes, gymnases, chez l’habitant, toujours à titre gratuit. Et une cuisine itinérante végétarienne épatante.

Nous sommes allés à la rencontre des gens et nous avons diffusé une information indépendante sur le nucléaire. La population est totalement ignorante des réalités en la matière. 8000 documents ont été distribués dénonçant les leurres de l’énergie nucléaire, informant également sur la réalité nucléaire régionale : volonté de transformer l’Est de la France en poubelle atomique. Nous avons pu aussi rencontrer des élus locaux puisque nous déposions dans chaque mairie, souvent en mains propres, une enveloppe contenant divers documents diffusés par le Réseau “Sortir du nucléaire”, pour montrer que d’autres choix sont possibles et que le nucléaire n’est pas une fatalité.

Cette marche nous a permis de créer des liens entre des gens de Lorraine et de Champagne-Ardenne ; de montrer que les orientations énergétiques sont avant tout un choix de société en mettant en place des conférences tout au long des deux semaines sur l’habitat écologique, l’éclairage public, les économies d’énergie, les fournisseurs d’énergie et par une visite d’une ferme “bio-gaz” ; de montrer à la population que les antinucléaires, ce sont des “gens du coin” ou d’un peu plus loin, mais pas des hurluberlus, terroristes ou autres comme certains voudraient le faire croire ; de rencontrer parmi les marcheurs de nouvelles personnes qui ont envie de s’investir dans la lutte et notamment des jeunes de Meuse, de Reims, de Paris... ; de rencontrer aussi des gens qui ont travaillé dans le nucléaire et qui ont bien des choses à raconter…

Une marche comme celle-ci est une action positive et non de protestation. C’est pourquoi nous avons été souvent bien accueillis. Des communes nous abritaient en mairie pour casser la croûte au sec, d’autres nous accueillaient par un pot de bienvenue. Nous avons été salués, encouragés, applaudis même. Nous avons reçu aussi quelques quolibets, assez folkloriques et qui prêtent plutôt à sourire : “Hé, retournez vivre dans les grottes” ou encore “Allez laver vot’linge à la main !”. De plus, la couverture médiatique a été excellente et a dépassé de loin nos prévisions. Dépêche AFP, beaucoup d’articles dans la presse écrite locale, régionale et même allemande, radios régionales, reprises par France Info, plusieurs reportages France 3 repris par la télé allemande de Sarre… Comme quoi, avec peu de moyens, il est possible de diffuser largement notre message par une action forte.
Une initiative à reprendre dans votre région ?

N’hésitez pas à contacter Nadine Schneider du CDR55 au 03 29 45 11 99 pour en savoir plus.
Signé : les valeureux marcheurs !


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