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Sortir du nucléaire n°76

Hiver 2018

Alternatives

Beckerich, un exemple de commune écologique

Hiver 2018




Beckerich, petite commune du Grand Duché de Luxembourg de 2 400 habitants, s’est imposée depuis de nombreuses années comme un exemple de commune verte. Grâce à des choix radicaux et concrets en matière de développement durable, économies et productions alternatives d’énergie, valorisation des ressources locales, démocratie participative approfondie, rénovation rurale..., Beckerich est en route vers l’indépendance énergétique, qu’elle vise d’ici 2030



Il y a 30 ans Beckerich est en crise. C’est une commune rurale classique, très conservatrice (la droite affiche des scores de 45 %). La ligne de chemin de fer, qui a fait le développement de la commune vers Luxembourg-Ville comme vers le bassin sidérurgique, ferme. À la fin des années 1970, la commune a perdu le tiers de sa population. Quelques jeunes estiment qu’ils ne peuvent laisser la situation pourrir, parmi eux : Camille Gira (actuellement secrétaire d’État au Développement durable). Élu bourgmestre en 1990, il conçoit le premier programme de développement écologique de Beckerich. Aujourd’hui, toute la commune tend vers le même but ; elle est devenue un labo pour les écologistes, un modèle de démocratie participative, un ovni économique que des touristes de tout bord visitent par bus entiers.

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"Si c’est possible à Beckerich, c’est possible ailleurs. Il faut s’engager là où on est, et on pourra changer le monde." - Camille Gira, ancien maire de Beckerich.

Vers une autonomie énergétique

Quatre éoliennes de 1,8 MW chacune ont été montées, projet initié par une Société Anonyme dont les actionnaires sont les habitants de la commune et des environs. D’ici 3 ans, la construction d’un parc d’éoliennes est prévue pour tout le canton. Une première unité de biométhanisation a été installée dans une ferme, produisant de l’électricité pour 15 ménages ainsi que de la chaleur et l’électricité pour la ferme elle-même. Une seconde centrale de biogaz recycle le fumier et le lisier des 2500 unités de gros bétail de 19 agriculteurs, pour produire de l’électricité pour 700 ménages. Une troisième unité installée dans une commune voisine assure le chauffage d’une piscine et de bâtiments communaux.

10 % des ménages de la commune ont investi dans l’énergie solaire. Les toits des bâtiments communaux ont été mis gratuitement à la disposition de citoyens organisés en copropriété pour y installer des panneaux solaires. De nombreuses maisons individuelles et bâtiments agricoles sont aussi dotés de panneaux photovoltaïques.

Beckerich disposant d’un fort potentiel forestier, un chauffage collectif aux copeaux de bois a été installé pour fournir les ménages en chaleur et eau chaude via un réseau urbain. Une deuxième chaudière à copeaux de bois va être installée, le "bois-énergie" étant un complément idéal aux unités de biométhanisation existantes.

Des campagnes dans le domaine des déchets et de l’utilisation rationnelle de l’eau et de l’énergie ont été menées et ont permis à la commune de réduire de 15 % la consommation d’eau. La commune subvient totalement à ses consommations d’eau.

De nombreux projets architecturaux tels que les bâtiments scolaires ou les bâtiments administratifs ont fait l’objet de bioconstruction. Aujourd’hui, l’écoconstruction est devenue un réflexe pour les décisions de la commune, qui subventionne également jusqu’à 6500€ l’isolation thermique des logements.

Côté transports, il y a un bus toutes les heures vers Luxembourg et on compte une moyenne de 15 passagers par trajet. L’ensemble des localités envisagent d’étendre les horaires en soirée et ont initié une campagne d’encouragement à l’utilisation des transports en commun.

Un village où il fait bon vivre

La commune veille également à la dimension économique en favorisant la création d’emplois locaux : une usine d’embouteillage d’eau minérale a été implantée, ainsi qu’un centre commercial d’envergure régionale. Un ancien presbytère est loué à une agence de comptabilité, et plusieurs jeunes artisans se sont installés. Le milieu rural redevient ainsi attractif et ce type d’implantation décentralisée contribue à alléger les problèmes de mobilité urbaine. Une monnaie locale, le Beki, a été lancée en 2013. Utilisée sur un bassin de 10 communes, 16 000 habitants et 60 à 70 commerces, elle compte aujourd’hui plusieurs centaines d’adhérents qui font tourner le commerce local.

Les écoles ont été rénovées, et des classes de maternelle et de primaire maintenues dans les quatre localités de Beckerich. La pédagogie est ouverte sur le village et sur le monde (la salle de gymnastique est aussi louée à la population locale comme salle de fête ou de banquet). Avec les communes voisines, une crèche a vu le jour et un service d’accueil des enfants de 6 à 12 ans en dehors des heures scolaires. La mise à disposition, pour les jeunes, d’un lieu de rencontre et la création d’une maison de retraite pour les personnes âgées s’ajoutent à cette politique sociale. Résultat : en 25 ans, la commune de Beckerich a attiré 700 nouveaux habitants.

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Le réseau de chaleur.

Beckerich a reçu le prix de la meilleure politique de l’égalité des chances homme/femme du Grand Duché de Luxembourg et se soucie de l’intégration des personnes d’origine étrangère sur son territoire (commission consultative pour les personnes sans passeport luxembourgeois, activités multiculturelles pour des échanges entre communautés...).

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Le hall sportif, au toit couvert de panneaux photovoltaïques.

Une telle expérience est-elle transposable à une grande ville ? Si on veut on peut, répond en gros Camille Gira, l’ancien bourgmestre, tout en rappelant que ces changements sont le fruit d’un long travail progressif, étalés sur de nombreux mandats. Outre l’importance suprême de la participation de la population, l’actuel secrétaire d’État tire d’innombrables conclusions des 30 ans de révolution écologique et sociale dans cette commune. Selon lui il est primordial de s’affranchir des lobbys puissants en matière d’énergie, de concevoir que les résultats ne soient pas immédiats et de ne pas chercher à faire de copier-coller ; chaque commune a des caractéristiques qui lui sont propres. Retenons en conclusion que "Si c’est possible à Beckerich, c’est possible ailleurs. Il faut s’engager là où on est, et on pourra changer le monde"...

Article basé sur des reportages publiés sur internet

Il y a 30 ans Beckerich est en crise. C’est une commune rurale classique, très conservatrice (la droite affiche des scores de 45 %). La ligne de chemin de fer, qui a fait le développement de la commune vers Luxembourg-Ville comme vers le bassin sidérurgique, ferme. À la fin des années 1970, la commune a perdu le tiers de sa population. Quelques jeunes estiment qu’ils ne peuvent laisser la situation pourrir, parmi eux : Camille Gira (actuellement secrétaire d’État au Développement durable). Élu bourgmestre en 1990, il conçoit le premier programme de développement écologique de Beckerich. Aujourd’hui, toute la commune tend vers le même but ; elle est devenue un labo pour les écologistes, un modèle de démocratie participative, un ovni économique que des touristes de tout bord visitent par bus entiers.

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"Si c’est possible à Beckerich, c’est possible ailleurs. Il faut s’engager là où on est, et on pourra changer le monde." - Camille Gira, ancien maire de Beckerich.

Vers une autonomie énergétique

Quatre éoliennes de 1,8 MW chacune ont été montées, projet initié par une Société Anonyme dont les actionnaires sont les habitants de la commune et des environs. D’ici 3 ans, la construction d’un parc d’éoliennes est prévue pour tout le canton. Une première unité de biométhanisation a été installée dans une ferme, produisant de l’électricité pour 15 ménages ainsi que de la chaleur et l’électricité pour la ferme elle-même. Une seconde centrale de biogaz recycle le fumier et le lisier des 2500 unités de gros bétail de 19 agriculteurs, pour produire de l’électricité pour 700 ménages. Une troisième unité installée dans une commune voisine assure le chauffage d’une piscine et de bâtiments communaux.

10 % des ménages de la commune ont investi dans l’énergie solaire. Les toits des bâtiments communaux ont été mis gratuitement à la disposition de citoyens organisés en copropriété pour y installer des panneaux solaires. De nombreuses maisons individuelles et bâtiments agricoles sont aussi dotés de panneaux photovoltaïques.

Beckerich disposant d’un fort potentiel forestier, un chauffage collectif aux copeaux de bois a été installé pour fournir les ménages en chaleur et eau chaude via un réseau urbain. Une deuxième chaudière à copeaux de bois va être installée, le "bois-énergie" étant un complément idéal aux unités de biométhanisation existantes.

Des campagnes dans le domaine des déchets et de l’utilisation rationnelle de l’eau et de l’énergie ont été menées et ont permis à la commune de réduire de 15 % la consommation d’eau. La commune subvient totalement à ses consommations d’eau.

De nombreux projets architecturaux tels que les bâtiments scolaires ou les bâtiments administratifs ont fait l’objet de bioconstruction. Aujourd’hui, l’écoconstruction est devenue un réflexe pour les décisions de la commune, qui subventionne également jusqu’à 6500€ l’isolation thermique des logements.

Côté transports, il y a un bus toutes les heures vers Luxembourg et on compte une moyenne de 15 passagers par trajet. L’ensemble des localités envisagent d’étendre les horaires en soirée et ont initié une campagne d’encouragement à l’utilisation des transports en commun.

Un village où il fait bon vivre

La commune veille également à la dimension économique en favorisant la création d’emplois locaux : une usine d’embouteillage d’eau minérale a été implantée, ainsi qu’un centre commercial d’envergure régionale. Un ancien presbytère est loué à une agence de comptabilité, et plusieurs jeunes artisans se sont installés. Le milieu rural redevient ainsi attractif et ce type d’implantation décentralisée contribue à alléger les problèmes de mobilité urbaine. Une monnaie locale, le Beki, a été lancée en 2013. Utilisée sur un bassin de 10 communes, 16 000 habitants et 60 à 70 commerces, elle compte aujourd’hui plusieurs centaines d’adhérents qui font tourner le commerce local.

Les écoles ont été rénovées, et des classes de maternelle et de primaire maintenues dans les quatre localités de Beckerich. La pédagogie est ouverte sur le village et sur le monde (la salle de gymnastique est aussi louée à la population locale comme salle de fête ou de banquet). Avec les communes voisines, une crèche a vu le jour et un service d’accueil des enfants de 6 à 12 ans en dehors des heures scolaires. La mise à disposition, pour les jeunes, d’un lieu de rencontre et la création d’une maison de retraite pour les personnes âgées s’ajoutent à cette politique sociale. Résultat : en 25 ans, la commune de Beckerich a attiré 700 nouveaux habitants.

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Le réseau de chaleur.

Beckerich a reçu le prix de la meilleure politique de l’égalité des chances homme/femme du Grand Duché de Luxembourg et se soucie de l’intégration des personnes d’origine étrangère sur son territoire (commission consultative pour les personnes sans passeport luxembourgeois, activités multiculturelles pour des échanges entre communautés...).

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Le hall sportif, au toit couvert de panneaux photovoltaïques.

Une telle expérience est-elle transposable à une grande ville ? Si on veut on peut, répond en gros Camille Gira, l’ancien bourgmestre, tout en rappelant que ces changements sont le fruit d’un long travail progressif, étalés sur de nombreux mandats. Outre l’importance suprême de la participation de la population, l’actuel secrétaire d’État tire d’innombrables conclusions des 30 ans de révolution écologique et sociale dans cette commune. Selon lui il est primordial de s’affranchir des lobbys puissants en matière d’énergie, de concevoir que les résultats ne soient pas immédiats et de ne pas chercher à faire de copier-coller ; chaque commune a des caractéristiques qui lui sont propres. Retenons en conclusion que "Si c’est possible à Beckerich, c’est possible ailleurs. Il faut s’engager là où on est, et on pourra changer le monde"...

Article basé sur des reportages publiés sur internet



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