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Revue de presse

Juillet 2018 / Romandie News

Barbara Pompili :« Sur le nucléaire, il y a de quoi réagir »



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Un tel rapport sur le nucléaire est-ce une première ?

Oui et c’était confirmé jeudi par le scientifique Bernard Laponche qui s’occupe du nucléaire depuis quarante-cinq ans. Le rapport dit un certain nombre de choses sur la sûreté et la sécurité du nucléaire qui méritent d’être regardées. Nous sortons des problèmes de l’ombre. L’autre mérite est de regarder enfin les choses en face sur le nucléaire, un sujet un peu tabou sur lequel on ne peut plus se contenter de la réponse invariable du « tout va bien ». On n’a pas lancé cette commission d’enquête par hasard, mais après plusieurs alertes : les intrusions de Greenpeace mais aussi des malfaçons et des fraudes dans des centrales et sur le réacteur EPR. L’idée n’est pas de dire seulement qu’il y a des failles mais aussi ce que nous préconisons.

Avez-vous été confrontée au secret-défense ?

Ça a été un gros problème. Normalement, une enquête parlementaire a toute légitimité. Certes, il est normal que des documents soient classés secret-défense sur des questions de sécurité et de lutte contre le terrorisme. Mais en tant que députée, c’est anormal qu’on ne puisse pas simplement aller vérifier tel sujet. Un exemple : les murs des piscines dans les centrales nucléaires sont-ils capables de résister à des attaques ? On a demandé les plans des piscines à EDF, qui nous a opposé le secret-défense. On a aussi posé la question des tests sur la résistance des murs et on nous a dit oui, qu’ils étaient « rassurants », mais nous n’avons pas les preuves. En tant que représentant du peuple, on ne doit pas faire confiance dans une démocratie, on doit pouvoir vérifier. Parmi nos propositions, nous souhaitons créer au Parlement une délégation à la sûreté nucléaire dont les membres seraient habilités secret-défense.

Ne craignez-vous pas, au nom de la transparence, d’informer les terroristes ?

Des éléments doivent être gardés secrets, mais les terroristes en général, ont une longueur d’avance sur nous. Tout le travail des services de sécurité consiste d’ailleurs à anticiper.

Le drone « Superman » de Greenpeace qui s’incruste dans une centrale nucléaire a frappé les esprits, la veille de la publication du rapport...

Évidemment, ils l’ont fait exprès en sachant que le rapport allait sortir. Leur démonstration est éclatante sur la question des drones. Oui la filière du nucléaire travaille sur cette problématique mais cela demande encore du temps. De ce point de vue-là, je préfère qu’on dise la vérité.

Les incidents dans les centrales existent ?

Par exemple, sur le site de Paluel, proche de Penly, il y a eu un générateur de vapeur de 450 tonnes qui est tombé pendant une opération de maintenance en mars 2016. C’est au cœur du réacteur, ça ne doit jamais tomber et le 3e générateur est tombé. C’était la première fois qu’on faisait ce genre de maintenance industrielle. Nous avons eu accès au rapport du CHSCT et il y a de quoi réagir. Je ne suis pas là pour faire peur, mais pour regarder les problèmes en face, et non pas faire semblant qu’il y en n’a pas. Il y a énormément de sous-traitance et on voit ce que ça veut dire sur cet exemple précis. Quand le générateur de vapeur est tombé, il n’y avait aucun agent EDF et tout le monde s’est enfui. Comme c’est supposé ne pas être possible et que ça arrive, il n’y a pas eu d’alarme, pas de procédure, et ils ont géré ça comme un problème d’incendie. Il y a quelques semaines, un sous-traitant à Paluel a fait un malaise dans son bureau et il est resté seul pendant soixante-douze heures. Quand on nous dit que tout va bien et que la sécurité est totale, on se rend compte que non. Dans la sous-traitance, il y a des entreprises étrangères et leurs personnels ne peuvent pas être criblés. Plutôt que de critiquer et de dire que c’est un rapport antinucléaire, je préférerais qu’EDF essaie d’apporter des solutions aux différentes failles soulevées et nous dise même « merci pour cette contribution ».

Que dites-vous de la centrale de Gravelines des Hauts-de-France visitée ?

C’est l’une des plus anciennes et la plus grosse concentration de réacteurs, six au total. C’est toujours très intéressant et une sacrée technologie. Nous avons assisté le même jour à une restitution d’une visite de l’Autorité de sûreté nucléaire avec, globalement, des remarques positives mais qui a repéré des petits problèmes, notamment sur la culture de sûreté et l’autocontrôle tout le temps. Certains salariés nous ont dit que c’était dû à la sous-traitance.

Et vous êtes allée à Fukushima…

La commission d’enquête s’est en effet déplacée une fois à l’étranger, pour aller au Japon, rencontrer ceux qui ont affronté la catastrophe de Fukushima. On n’en revient pas indemne. C’est arrivé il y a 7 ans. Autour de la centrale à 15 km, c’est toujours le désert. Et la catastrophe n’est pas finie, elle continue dans un environnement post-apocalyptique. Tous nous ont dit, quelles que soient les responsabilités et les opinions : « Jamais on n’aurait pu penser que ça nous arrive ». La grande leçon, penser que ce qu’on croit impossible est possible. Ne faites pas l’erreur de penser le contraire. Je crois qu’il faut être humble face au risque nucléaire et qu’on prenne toutes les précautions possibles.

Parmi les 33 mesures préconisées, la toute première à mettre en place ?

C’est un ensemble. La question de la sous-traitance est essentielle, il faut réinternaliser chez EDF. Et il faut donner plus de moyens à l’Autorité de sûreté nucléaire pour travailler, pour les moyens légaux (injonctions et astreintes) au regard des fraudes sur la conformité des pièces. On ne badine pas avec la sécurité autour du nucléaire. Une affaire de silo incendié à La Hague a traîné trente-cinq ans. EDF doit s’emparer du rapport comme outil pour être encore meilleur. Toutes les questions sont sur la table, sans tabou, et on demande des débats. Par exemple, pour le retraitement, l’idée des silos secs. Dans notre démocratie, il n’y a pas d’évidences.

Xavier Bertrand a déclaré la région des Hauts-de-France candidate à un nouvel EPR, réaliste ?

C’est une déclaration d’en haut sans débat et je trouve que ça correspond à l’ancien monde politique. Un nouvel EPR ? Quand je constate ce qui se passe sur le chantier EPR à Flamanville (Manche), ça ne me rassure pas. Avec le cumul des malfaçons, on va prendre 1 à 2 ans de retard supplémentaire et en termes de coût, on a dépassé les 10 milliards et demi d’euros. Ça mérite qu’on y réfléchisse.

Cette enquête vous conforte-t-elle dans vos convictions d’écologiste ?

D’autres moyens de produire de l’électricité sont moins chers et moins risqués. Maintenant, qu’on soit pour ou contre le nucléaire, on en a encore pour des dizaines d’années. L’important est d’avoir la meilleure sûreté et sécurité pour les personnels et la population. C’est le but de notre rapport.

Propos recueillis par Nicolas TOTET

« On pense à moi, c’est gentil »

Premier vice-président du Conseil départemental de la Somme, Hubert de Jenlis a quitté l’UDI cette semaine pour rejoindre la République en marche. D’aucuns imaginent déjà un possible ticket de Genlis-Pompili pour les prochaines élections municipales à Amiens. « Beaucoup de personnes pensent à moi, c’est bien gentil. Moi, là, je suis à fond dans mon travail ! Je considère qu’un élu ne doit pas passer son temps à penser à l’élection d’après. C’est la seule réponse que j’aie à vous apporter », esquive Barbara Pompili.


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Thèmes
Nucléaire et démocratie