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Sortir du nucléaire n°72

Février 2017

Bad Technic for Bad People !

Février 2017




Yannick Bourg, alias Jean Songe, a publié le récit de son immersion dans le monde du nucléaire : Ma vie atomique. Au fil de ses investigations, cet ex-journaliste musical, auteur de romans et fan de The Cramps, parcourt d’un œil critique les méandres, les mensonges et les manipulations qui font l’histoire de cette technique



Avant d’écrire Ma vie atomique vous êtes auteur de romans, pouvez-vous nous en parler ?

J’ai écrit trois romans noirs avec mon nom usuel, Yannick Bourg. Chacun développe une critique sociale : la scène rock’n’roll underground parisienne menacée par l’extrême-droite ; le phénomène des sectes ; le milieu politique dans le cadre d’élections présidentielles.

Puis, voyant les limites du roman noir, j’ai écrit, sous le pseudo de Jean Songe, signifiant que je tournais la page, des romans qui touchent plus au dérèglement des sens des individus, à la frontière entre le réel et le cauchemar.

À mon sens, le rôle du romancier est de déranger et l’ordre du monde et l’esprit du lecteur, se faire la hache de Kafka qui brise la mer gelée en nous.

Comment en êtes-vous venu à écrire Ma vie atomique ?

En septembre 2013, j’ai entendu une déclaration du Premier ministre japonais et de l’ex-ambassadeur du Japon en Suisse. Ils avertissaient du danger autour de la piscine du réacteur n°4 de Fukushima. J’ai réalisé, qu’à vol d’oiseau, j’habitais à 17 km de la centrale de Golfech. Je ne m’étais jamais penché sur la question.

Je n’avais que des a priori, ayant lu quelques articles, des livres et j’avais même gardé un cahier spécial de Libération sur Tchernobyl. Au même titre que de nombreux dossiers que j’accumule depuis des années, ça traînait dans un coin. Aujourd’hui, je me reproche mon inconscience.

J’ai souhaité poser des questions, interroger le lecteur, le mettre dans un état d’inquiétude. Ce que j’ai fait, n’importe qui pourrait le faire. J’ai accompli un travail civique et mon livre contribue à la critique de ce monde.

À qui s’adresse votre livre ?

À ceux qui sont dans la même situation que moi, qui se demandent pourquoi ils ont laissé de côté ce sujet.

Mais j’ai peur que ce ne soit pas la préoccupation majeure actuellement.

Dans les années 70 il y a eu de fortes oppositions mais maintenant nous sommes face à une acceptation passive. L’argent du nucléaire est intervenu dans les communes alors que la situation économique se dégradait. Aujourd’hui, c’est l’usine de La Hague qui se dégrade, comme celle de Sellafield en Angleterre dont des photos montrent de la mousse et de la pourriture sur les installations. Nous pouvons nous faire une idée de ce qu’est la haute technologie : une sorte de poubelle géante.

Pourquoi un récit de vie ?

Il s’agit de mon histoire, mon enquête dans une jungle qui semble impénétrable. Je taille et j’avance tout doucement.

Je suis parti d’un point A, ignorant et candide, et j’ai tracé ma route. Mais le sujet est tellement vaste. Au départ, le manuscrit comportait 1/3 de texte en plus, dont un chapitre sur les relais médiatiques et les experts du nucléaire. Je parlais, entre autres, d’Eric Orsena, de Claude Allègre, et de Michel Serres, pour qui je voue une saine antipathie depuis qu’il a déclaré que Fukushima n’était pas une catastrophe.

Quand j’entends dire qu’une catastrophe tous les 30 ans, c’est acceptable ou que la terre autour de Tchernobyl est contaminée à taux infime mais qu’il ne faut portant pas consommer les produits de cette terre, ça me laisse comme un rond de flanc !

Comment a réagi votre entourage ?

Ma femme a supporté stoïquement mon obsession pendant ces trois dernières années.

C’était la première fois que je me plongeais autant dans un sujet. Je ne pouvais rien lire d’autre, toutes mes réflexions tournées vers du nucléaire. Il me fallait approfondir certaines données, même celles que je n’ai pas exploitées, pour comprendre les processus et ne pas dire trop de bêtises

Publier le livre a été comme une libération. Je vais souffler un peu mais pas tourner la page. Je continue à m’informer et envisage d’écrire sur les essais nucléaires en Polynésie. C’est un scandale absolu. Si nous avions été dans une démocratie responsable, c’est sur l’île de Ré que nous aurions procédé aux essais !

Propos recueillis par Jocelyn Peyret

Avant d’écrire Ma vie atomique vous êtes auteur de romans, pouvez-vous nous en parler ?

J’ai écrit trois romans noirs avec mon nom usuel, Yannick Bourg. Chacun développe une critique sociale : la scène rock’n’roll underground parisienne menacée par l’extrême-droite ; le phénomène des sectes ; le milieu politique dans le cadre d’élections présidentielles.

Puis, voyant les limites du roman noir, j’ai écrit, sous le pseudo de Jean Songe, signifiant que je tournais la page, des romans qui touchent plus au dérèglement des sens des individus, à la frontière entre le réel et le cauchemar.

À mon sens, le rôle du romancier est de déranger et l’ordre du monde et l’esprit du lecteur, se faire la hache de Kafka qui brise la mer gelée en nous.

Comment en êtes-vous venu à écrire Ma vie atomique ?

En septembre 2013, j’ai entendu une déclaration du Premier ministre japonais et de l’ex-ambassadeur du Japon en Suisse. Ils avertissaient du danger autour de la piscine du réacteur n°4 de Fukushima. J’ai réalisé, qu’à vol d’oiseau, j’habitais à 17 km de la centrale de Golfech. Je ne m’étais jamais penché sur la question.

Je n’avais que des a priori, ayant lu quelques articles, des livres et j’avais même gardé un cahier spécial de Libération sur Tchernobyl. Au même titre que de nombreux dossiers que j’accumule depuis des années, ça traînait dans un coin. Aujourd’hui, je me reproche mon inconscience.

J’ai souhaité poser des questions, interroger le lecteur, le mettre dans un état d’inquiétude. Ce que j’ai fait, n’importe qui pourrait le faire. J’ai accompli un travail civique et mon livre contribue à la critique de ce monde.

À qui s’adresse votre livre ?

À ceux qui sont dans la même situation que moi, qui se demandent pourquoi ils ont laissé de côté ce sujet.

Mais j’ai peur que ce ne soit pas la préoccupation majeure actuellement.

Dans les années 70 il y a eu de fortes oppositions mais maintenant nous sommes face à une acceptation passive. L’argent du nucléaire est intervenu dans les communes alors que la situation économique se dégradait. Aujourd’hui, c’est l’usine de La Hague qui se dégrade, comme celle de Sellafield en Angleterre dont des photos montrent de la mousse et de la pourriture sur les installations. Nous pouvons nous faire une idée de ce qu’est la haute technologie : une sorte de poubelle géante.

Pourquoi un récit de vie ?

Il s’agit de mon histoire, mon enquête dans une jungle qui semble impénétrable. Je taille et j’avance tout doucement.

Je suis parti d’un point A, ignorant et candide, et j’ai tracé ma route. Mais le sujet est tellement vaste. Au départ, le manuscrit comportait 1/3 de texte en plus, dont un chapitre sur les relais médiatiques et les experts du nucléaire. Je parlais, entre autres, d’Eric Orsena, de Claude Allègre, et de Michel Serres, pour qui je voue une saine antipathie depuis qu’il a déclaré que Fukushima n’était pas une catastrophe.

Quand j’entends dire qu’une catastrophe tous les 30 ans, c’est acceptable ou que la terre autour de Tchernobyl est contaminée à taux infime mais qu’il ne faut portant pas consommer les produits de cette terre, ça me laisse comme un rond de flanc !

Comment a réagi votre entourage ?

Ma femme a supporté stoïquement mon obsession pendant ces trois dernières années.

C’était la première fois que je me plongeais autant dans un sujet. Je ne pouvais rien lire d’autre, toutes mes réflexions tournées vers du nucléaire. Il me fallait approfondir certaines données, même celles que je n’ai pas exploitées, pour comprendre les processus et ne pas dire trop de bêtises

Publier le livre a été comme une libération. Je vais souffler un peu mais pas tourner la page. Je continue à m’informer et envisage d’écrire sur les essais nucléaires en Polynésie. C’est un scandale absolu. Si nous avions été dans une démocratie responsable, c’est sur l’île de Ré que nous aurions procédé aux essais !

Propos recueillis par Jocelyn Peyret