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Sortir du nucléaire n°28

Septembre 2005

Commémoration

Août 1945 - août 2005 : Hiroshima, Nagasaki, il y a 60 ans.

Septembre 2005




Une histoire méconnue.

Au moment où l’humanité soucieuse de son passé comme de son avenir vient de commémorer le soixantième anniversaire des bombardements atomiques de Hiroshima et Nagasaki, il est bon de se rappeler les circonstances de ces tragiques événements.



Comme on sait, le 6 août 1945, à 8 heures 15, heure locale, l’équipage du bombardier américain « Enola Gay » larguait sur Hiroshima la première bombe atomique utilisée sur une ville. Baptisée « Little Boy » (« P’tit Gars »), il s’agissait d’une bombe à l’uranium en unique exemplaire, dont le modèle n’avait encore jamais été expérimenté. La première estimation de l’armée américaine chiffra à 78 150 le nombre des tués. Aujourd’hui, la ville d’Hiroshima estime entre 130 000 et 150 000 le nombre des victimes décédées avant le 31 décembre 1945. Mais les blessures et les maladies induites notamment par la radioactivité ont fait de nombreux morts longtemps après cette date.

Les faits sont globalement connus. Ce que l’on sait moins ou que l’on tend à occulter, c’est que l’opération avait été conduite comme une véritable expérience scientifique - et que le second bombardement, celui de Nagasaki, résulta d’un incroyable concours de circonstances.

Depuis près d’un an, une unité spéciale s’entraînait exclusivement à ce nouveau type de bombardement. La commission chargée de préparer l’opération avait recommandé de la conduire « sur des villes populeuses » et « sans avertissement ». Le 16 avril 1945, quatre des plus grandes villes japonaises après Tokyo (ravagée par des bombardements classiques et incendiaires) avaient été retenues comme cibles potentielles et interdites de tout bombardement, afin de pouvoir attribuer à la seule bombe atomique les dégâts observables. Par ordre de « préférence », il s’agissait de Hiroshima, Niigata, Kokura et Nagasaki ; un scrupule « humaniste » avait écarté de cette liste la ville de Kyoto, vieux centre culturel et religieux.

Le 6 août, trois avions éclaireurs précédaient l’« Enola Gay », pour lui signaler dans un code convenu l’état météorologique au-dessus de trois des villes-cibles, car le bombardement ne devait pas se faire au radar mais « à vue », afin d’obtenir un maximum de précision. L’exceptionnel beau temps qui régnait ce matin-là au-dessus de Hiroshima, la confirma comme une cible idéale. L’heure du bombardement ne devait rien non plus au hasard : les habitants habitués aux fausses alertes vaquaient déjà à leur travail. L’équipage du bombardier, quant à lui, ignorait à peu près tout de l’engin qu’ils transportaient, y compris sa nature atomique.

« L’exécution » fut « un succès complet », et lorsqu’il l’apprit, le président américain Truman s’exclama : « C’est le plus grand jour de l’histoire ». Revenu aux Etats-Unis, dans un discours radiodiffusé à la nation américaine, il put remercier Dieu d’avoir donné sa préférence aux Américains.

Nagasaki : un incroyable concours de circonstances.

Le 9 août au matin, ce fut le tour de Nagasaki. Entre-temps, la météo s’était gravement détériorée, mais c’est encore elle qui détermina le sort de cette autre ville.

L’annonce d’une grosse dépression arrivant sur le Japon incita l’état-major, établi sur l’île de Guam, à décider le matin du 8 août ce second bombardement, en l’avançant de deux jours et sans en référer à Washington, ni solliciter un nouvel ordre du président Truman : la « fenêtre météo » avait toute chance de se refermer définitivement. Pour le général du génie Leslie Groves, comme pour ses proches collaborateurs présents sur place qui se hâtaient d’apprêter la troisième et dernière bombe disponible, il ne fallait surtout pas laisser filer la « chance » de l’utiliser avant la capitulation japonaise. Baptisée « Fat Man » (« Gros Mec »), elle promettait encore mieux que « P’tit Gars », car elle était du même type que celle au plutonium, brillamment expérimentée le 16 juillet à Alamogordo, dans le désert du Nouveau Mexique.

Le mauvais temps fut à l’origine d’une série de déboires. A l’arrivée au-dessus de l’île de Kyûshû, l’avion qui portait la bombe, se dirigea d’abord sur Kokura, sa cible principale, au-dessus de laquelle il tourna vainement car elle était masquée par un plafond nuageux. Aux commandes de l’appareil, le jeune major Sweeney dut prendre le chemin du retour, en passant par Nagasaki. Au moment où son radar lui permit d’identifier la ville, l’avion ne disposait plus d’assez de carburant pour rejoindre sa base de départ dans le Pacifique, l’île de Tinian, ni même Iwo Jima, plus proche. Sa seule chance d’éviter un crash en mer avec une bombe atomique à bord était d’atteindre l’île d’Okinawa mais à condition de se débarrasser de la bombe amorcée, qui pesait plus de 4 tonnes. Livré à lui-même, Sweeney consulta rapidement trois membres de son équipage, et à eux quatre, ils décidèrent de larguer la bombe au radar, contrairement aux ordres. Il était 11 heures 01, heure locale, le 9 août 1945. Ce bombardement approximatif et la topographie vallonnée de Nagasaki expliquent que « Gros Mec » ait finalement fait moins de victimes que « P’tit Gars » : 70 000 victimes tout de même ! Ce qui explique en fin de compte cette situation, c’est une petite défaillance technique supplémentaire : une réserve de 600 gallons de carburant aurait pu éviter la décision du major Sweeney ; malheureusement le carburant ne coulait pas... Ainsi les morts de Nagasaki doivent-ils leur destin à un vulgaire tuyau bouché…

Pourquoi un tel massacre ?

Une des raisons invoquées pour ce massacre, notamment par le président Truman dans son discours du 9 août, est qu’il s’agissait d’écourter la guerre nippo-américaine et d’épargner ainsi des vies de soldats américains (les autres important moins). Pourtant, sur le plan militaire, le recours à la bombe atomique n’était pas nécessaire. Hostile à l’opération qu’on lui avait imposée et dont il s’acquitta néanmoins avec efficacité, le général Curtis LeMay, grand organisateur des bombardements du Japon, estimait pour sa part que quelques bombardements « classiques » de plus, comme celui du 9 mars réalisé avec 279 forteresses volantes et 1667 tonnes de bombes, suffiraient à « mettre le Japon à genoux ». Il l’estimait encore quarante ans plus tard. D’autres militaires de haut rang, comme le général Eisenhower, étaient également hostiles à l’emploi de la bombe, sans parler de certains savants qui, tels Albert Einstein et Leo Szilard pourtant à l’origine de l’effort nucléaire américain, avaient fait remettre à Roosevelt, dès mars 1945, un mémorandum prônant le non-emploi.

Sur le plan diplomatique, le Japon souhaitait capituler. Les Américains le savaient depuis le 13 juillet (soit quelques semaines AVANT que les bombes atomiques soient larguées). Leurs services de renseignement avaient intercepté et décrypté un échange de messages entre le gouvernement japonais et son ambassadeur à Moscou, qui le prouvait formellement. La seule condition mise était que cette capitulation se fît dans l’honneur, et que l’empereur Hiro-Hito, personnage sacré, fût conservé sur son trône - ce qui eut lieu finalement. Truman n’en ordonna pas moins l’emploi des bombes disponibles « dès que possible à partir du 2 août » (ordre du 17 juillet).

Une autre « grande raison », invoquée après coup par certains historiens, serait que le président Truman aurait voulu par là empêcher l’expansion soviétique en Extrême-Orient, et faire étalage de la puissance américaine en vue de la future « guerre froide », qu’il aurait pressentie et préparée. Il s’agit là d’une illusion rétrospective, comme j’ai pu le démontrer notamment dans ma thèse de doctorat sur “le pouvoir et la puissance”, soutenue en 1991.

Les raisons véritables des bombardements de Hiroshima et Nagasaki se situent plutôt ailleurs. Elles sont de trois ordres.

- D’une part, les Américains avaient des comptes à régler avec les Japonais. C’est d’ailleurs par là que Truman commence son discours du 9 août, le souci affiché d’abréger la guerre et d’épargner des vies américaines ne venant qu’en seconde position : « Nous avons utilisé (la bombe atomique) contre ceux qui nous ont traîtreusement attaqués à Pearl Harbor, contre ceux qui affament, maltraitent et exécutent les prisonniers de guerre américains, contre ceux qui violent toutes les règles internationales. » On peut oser le terme : c’était une affaire de vengeance.

- D’autre part, les bombes étaient là, elles avaient mobilisé quelque 150 000 personnes, exigé un effort financier, scientifique et militaire considérable, qu’il convenait de justifier : il fallait donc les utiliser.

- Enfin, last but not least, la pure et simple volonté de puissance, tant comme affirmation d’une écrasante domination de l’autre que comme maîtrise quasi-divine (par délégation en quelque sorte) et en fait diabolique (puisque sous forme destructrice), de la nature physique, a certainement joué un rôle déterminant, quoique inavouable.

Qui sème le vent récolte la tempête

Toutes les stratégies nucléaires sans exception qui ont suivi Hiroshima et Nagasaki ("MAD", "Flexible Response", "NUTS", "dissuasion du faible au fort"...) ont fait leur temps ; elles sont toutes condamnables, parce que l’une quelconque

d’entre elles, ou leur conjugaison, peut mener un jour ou l’autre à une catastrophe, accidentelle ou délibérée, d’origine étatique ou terroriste. Car, pas plus qu’elles n’ont évité aux Etats nucléaires les affres du terrorisme “conventionnel”, elles ne nous épargneront le terrorisme nucléaire, biologique ou chimique. Qui sème le vent récolte la tempête. Un monde qui prétend fonder son “équilibre” sur la terreur d’Etat et la menace permanente de crimes contre l’humanité ne peut qu’engendrer des esprits déséquilibrés, rêvant de retourner leurs armes contre les puissances dominantes. Sauf si les populations de ces Etats se mobilisent très vite et massivement pour imposer l’élimination de toutes les armes nucléaires, c’est elles qui paieront tôt ou tard de leurs vies l’inconscience criminelle de leurs propres dirigeants.

Jean-Marie Matagne

Docteur en philosophie

Président de l’Action des Citoyens pour le Désarmement Nucléaire (ACDN)

31 Rue du Cormier

17100 – Saintes (France)

Mail : acdn.france@wanadoo.fr

Site internet : http://acdn.france.free.fr

Extraits d’un "livre de paume" coédité par ACDN et "Les Produits du jardin"

Comme on sait, le 6 août 1945, à 8 heures 15, heure locale, l’équipage du bombardier américain « Enola Gay » larguait sur Hiroshima la première bombe atomique utilisée sur une ville. Baptisée « Little Boy » (« P’tit Gars »), il s’agissait d’une bombe à l’uranium en unique exemplaire, dont le modèle n’avait encore jamais été expérimenté. La première estimation de l’armée américaine chiffra à 78 150 le nombre des tués. Aujourd’hui, la ville d’Hiroshima estime entre 130 000 et 150 000 le nombre des victimes décédées avant le 31 décembre 1945. Mais les blessures et les maladies induites notamment par la radioactivité ont fait de nombreux morts longtemps après cette date.

Les faits sont globalement connus. Ce que l’on sait moins ou que l’on tend à occulter, c’est que l’opération avait été conduite comme une véritable expérience scientifique - et que le second bombardement, celui de Nagasaki, résulta d’un incroyable concours de circonstances.

Depuis près d’un an, une unité spéciale s’entraînait exclusivement à ce nouveau type de bombardement. La commission chargée de préparer l’opération avait recommandé de la conduire « sur des villes populeuses » et « sans avertissement ». Le 16 avril 1945, quatre des plus grandes villes japonaises après Tokyo (ravagée par des bombardements classiques et incendiaires) avaient été retenues comme cibles potentielles et interdites de tout bombardement, afin de pouvoir attribuer à la seule bombe atomique les dégâts observables. Par ordre de « préférence », il s’agissait de Hiroshima, Niigata, Kokura et Nagasaki ; un scrupule « humaniste » avait écarté de cette liste la ville de Kyoto, vieux centre culturel et religieux.

Le 6 août, trois avions éclaireurs précédaient l’« Enola Gay », pour lui signaler dans un code convenu l’état météorologique au-dessus de trois des villes-cibles, car le bombardement ne devait pas se faire au radar mais « à vue », afin d’obtenir un maximum de précision. L’exceptionnel beau temps qui régnait ce matin-là au-dessus de Hiroshima, la confirma comme une cible idéale. L’heure du bombardement ne devait rien non plus au hasard : les habitants habitués aux fausses alertes vaquaient déjà à leur travail. L’équipage du bombardier, quant à lui, ignorait à peu près tout de l’engin qu’ils transportaient, y compris sa nature atomique.

« L’exécution » fut « un succès complet », et lorsqu’il l’apprit, le président américain Truman s’exclama : « C’est le plus grand jour de l’histoire ». Revenu aux Etats-Unis, dans un discours radiodiffusé à la nation américaine, il put remercier Dieu d’avoir donné sa préférence aux Américains.

Nagasaki : un incroyable concours de circonstances.

Le 9 août au matin, ce fut le tour de Nagasaki. Entre-temps, la météo s’était gravement détériorée, mais c’est encore elle qui détermina le sort de cette autre ville.

L’annonce d’une grosse dépression arrivant sur le Japon incita l’état-major, établi sur l’île de Guam, à décider le matin du 8 août ce second bombardement, en l’avançant de deux jours et sans en référer à Washington, ni solliciter un nouvel ordre du président Truman : la « fenêtre météo » avait toute chance de se refermer définitivement. Pour le général du génie Leslie Groves, comme pour ses proches collaborateurs présents sur place qui se hâtaient d’apprêter la troisième et dernière bombe disponible, il ne fallait surtout pas laisser filer la « chance » de l’utiliser avant la capitulation japonaise. Baptisée « Fat Man » (« Gros Mec »), elle promettait encore mieux que « P’tit Gars », car elle était du même type que celle au plutonium, brillamment expérimentée le 16 juillet à Alamogordo, dans le désert du Nouveau Mexique.

Le mauvais temps fut à l’origine d’une série de déboires. A l’arrivée au-dessus de l’île de Kyûshû, l’avion qui portait la bombe, se dirigea d’abord sur Kokura, sa cible principale, au-dessus de laquelle il tourna vainement car elle était masquée par un plafond nuageux. Aux commandes de l’appareil, le jeune major Sweeney dut prendre le chemin du retour, en passant par Nagasaki. Au moment où son radar lui permit d’identifier la ville, l’avion ne disposait plus d’assez de carburant pour rejoindre sa base de départ dans le Pacifique, l’île de Tinian, ni même Iwo Jima, plus proche. Sa seule chance d’éviter un crash en mer avec une bombe atomique à bord était d’atteindre l’île d’Okinawa mais à condition de se débarrasser de la bombe amorcée, qui pesait plus de 4 tonnes. Livré à lui-même, Sweeney consulta rapidement trois membres de son équipage, et à eux quatre, ils décidèrent de larguer la bombe au radar, contrairement aux ordres. Il était 11 heures 01, heure locale, le 9 août 1945. Ce bombardement approximatif et la topographie vallonnée de Nagasaki expliquent que « Gros Mec » ait finalement fait moins de victimes que « P’tit Gars » : 70 000 victimes tout de même ! Ce qui explique en fin de compte cette situation, c’est une petite défaillance technique supplémentaire : une réserve de 600 gallons de carburant aurait pu éviter la décision du major Sweeney ; malheureusement le carburant ne coulait pas... Ainsi les morts de Nagasaki doivent-ils leur destin à un vulgaire tuyau bouché…

Pourquoi un tel massacre ?

Une des raisons invoquées pour ce massacre, notamment par le président Truman dans son discours du 9 août, est qu’il s’agissait d’écourter la guerre nippo-américaine et d’épargner ainsi des vies de soldats américains (les autres important moins). Pourtant, sur le plan militaire, le recours à la bombe atomique n’était pas nécessaire. Hostile à l’opération qu’on lui avait imposée et dont il s’acquitta néanmoins avec efficacité, le général Curtis LeMay, grand organisateur des bombardements du Japon, estimait pour sa part que quelques bombardements « classiques » de plus, comme celui du 9 mars réalisé avec 279 forteresses volantes et 1667 tonnes de bombes, suffiraient à « mettre le Japon à genoux ». Il l’estimait encore quarante ans plus tard. D’autres militaires de haut rang, comme le général Eisenhower, étaient également hostiles à l’emploi de la bombe, sans parler de certains savants qui, tels Albert Einstein et Leo Szilard pourtant à l’origine de l’effort nucléaire américain, avaient fait remettre à Roosevelt, dès mars 1945, un mémorandum prônant le non-emploi.

Sur le plan diplomatique, le Japon souhaitait capituler. Les Américains le savaient depuis le 13 juillet (soit quelques semaines AVANT que les bombes atomiques soient larguées). Leurs services de renseignement avaient intercepté et décrypté un échange de messages entre le gouvernement japonais et son ambassadeur à Moscou, qui le prouvait formellement. La seule condition mise était que cette capitulation se fît dans l’honneur, et que l’empereur Hiro-Hito, personnage sacré, fût conservé sur son trône - ce qui eut lieu finalement. Truman n’en ordonna pas moins l’emploi des bombes disponibles « dès que possible à partir du 2 août » (ordre du 17 juillet).

Une autre « grande raison », invoquée après coup par certains historiens, serait que le président Truman aurait voulu par là empêcher l’expansion soviétique en Extrême-Orient, et faire étalage de la puissance américaine en vue de la future « guerre froide », qu’il aurait pressentie et préparée. Il s’agit là d’une illusion rétrospective, comme j’ai pu le démontrer notamment dans ma thèse de doctorat sur “le pouvoir et la puissance”, soutenue en 1991.

Les raisons véritables des bombardements de Hiroshima et Nagasaki se situent plutôt ailleurs. Elles sont de trois ordres.

- D’une part, les Américains avaient des comptes à régler avec les Japonais. C’est d’ailleurs par là que Truman commence son discours du 9 août, le souci affiché d’abréger la guerre et d’épargner des vies américaines ne venant qu’en seconde position : « Nous avons utilisé (la bombe atomique) contre ceux qui nous ont traîtreusement attaqués à Pearl Harbor, contre ceux qui affament, maltraitent et exécutent les prisonniers de guerre américains, contre ceux qui violent toutes les règles internationales. » On peut oser le terme : c’était une affaire de vengeance.

- D’autre part, les bombes étaient là, elles avaient mobilisé quelque 150 000 personnes, exigé un effort financier, scientifique et militaire considérable, qu’il convenait de justifier : il fallait donc les utiliser.

- Enfin, last but not least, la pure et simple volonté de puissance, tant comme affirmation d’une écrasante domination de l’autre que comme maîtrise quasi-divine (par délégation en quelque sorte) et en fait diabolique (puisque sous forme destructrice), de la nature physique, a certainement joué un rôle déterminant, quoique inavouable.

Qui sème le vent récolte la tempête

Toutes les stratégies nucléaires sans exception qui ont suivi Hiroshima et Nagasaki ("MAD", "Flexible Response", "NUTS", "dissuasion du faible au fort"...) ont fait leur temps ; elles sont toutes condamnables, parce que l’une quelconque

d’entre elles, ou leur conjugaison, peut mener un jour ou l’autre à une catastrophe, accidentelle ou délibérée, d’origine étatique ou terroriste. Car, pas plus qu’elles n’ont évité aux Etats nucléaires les affres du terrorisme “conventionnel”, elles ne nous épargneront le terrorisme nucléaire, biologique ou chimique. Qui sème le vent récolte la tempête. Un monde qui prétend fonder son “équilibre” sur la terreur d’Etat et la menace permanente de crimes contre l’humanité ne peut qu’engendrer des esprits déséquilibrés, rêvant de retourner leurs armes contre les puissances dominantes. Sauf si les populations de ces Etats se mobilisent très vite et massivement pour imposer l’élimination de toutes les armes nucléaires, c’est elles qui paieront tôt ou tard de leurs vies l’inconscience criminelle de leurs propres dirigeants.

Jean-Marie Matagne

Docteur en philosophie

Président de l’Action des Citoyens pour le Désarmement Nucléaire (ACDN)

31 Rue du Cormier

17100 – Saintes (France)

Mail : acdn.france@wanadoo.fr

Site internet : http://acdn.france.free.fr

Extraits d’un "livre de paume" coédité par ACDN et "Les Produits du jardin"



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