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Sortir du nucléaire n°44

Automne 2009

Billet d’humeur

Anne Lauvergeon, une éco-tartuffe sans scrupule

Automne 2009




Anne Lauvergeon a tout pour elle. C’est une femme riche et célèbre. Elle dirige le trust nucléaire Areva. En 2008, le magazine états-unien Forbes l’a classée "9e femme la plus puissante du monde". Les journalistes la reçoivent avec le respect et la déférence dus à son rang, très loin de la condescendance ou du mépris dont ils savent faire preuve face aux extrémistes de tous poils. Il faut dire que l’entreprise d’Anne Lauvergeon est non seulement en prise directe avec l’Élysée mais qu’elle achète aussi beaucoup de publicité. Il serait fâcheux – ou plutôt suicidaire – de poser des questions désobligeantes à une personnalité aussi remarquable.

Nous vous avons parlé, dans le journal La Décroissance, de la modeste campagne de promotion médiatique dont a bénéficié, l’hiver dernier, la pédégé d’Areva à l’occasion de la sortie de son dernier livre, La Troisième Révolution énergétique. Au dos de ce chef-d’œuvre, nous pouvons lire : "C’est au nom d’une fibre écologique clairement revendiquée qu’“Atomic Anne”, comme la surnomme la presse américaine, explique le rôle décisif que le nucléaire est appelé à jouer…" Car bien sûr, "Atomic Anne" est une championne de l’écologie – "écologiste dans l’âme, abonnée à la Gueule ouverte dans les années soixante-dix..." (p. 12). Anne Lauvergeon n’a pas le moins du monde l’excuse de l’ignorance face à l’entreprise qu’elle dirige ; elle nous apprend dans son livre qu’elle connaît parfaitement la problématique de la crise.

Dans ce splendide ouvrage tant vanté par la presse, elle narre fièrement sa brillante carrière et son combat héroïque pour sauver la planète grâce à sa contribution à la relance du nucléaire. De manière surprenante, Atomic Anne est "pour un développement durable et équitable" et contre la décroissance : "Très honnêtement, sommes-nous prêts, les uns et les autres, à revoir de façon drastique nos comportements, à modifier en profondeur nos styles de vie afin d’éviter la catastrophe annoncée ? Il suffit de regarder autour de soi les attitudes des uns et des autres pour se convaincre du contraire". N’est-ce pas avec ce type de magnifiques raisonnements que l’on contribue à l’amélioration du genre humain ? Heureusement, le nucléaire permettra de concilier cupidité, affairisme, individualisme forcené et protection de la planète.

Alors oui, bien sûr, il y a aussi ces éternels grincheux, ces écolos de la première heure, qui manipulent les médias avec leurs moyens considérables : "Sur le marché de l’opinion publique, Areva a adopté un positionnement fondé sur la pédagogie et le débat face à une offre concurrente fondée sur l’idéologie et l’image choc". Les associations anti-nucléaire nous cassent les pieds depuis un demi-siècle en affirmant que le nucléaire n’est pas écolo et qu’il n’est tout simplement pas moral. Bon, mais ça, la "morale", ça n’entre pas en compte dans les critères de réussite qui ont fait d’Anne Lauvergeon ce qu’elle est. Au contraire, la condition de son succès a été de l’étouffer, cette morale, de chercher à la cacher, à l’enfouir, comme ses déchets nucléaires, à s’asseoir dessus le plus fort possible pour qu’elle ne vienne pas perturber son beau plan de carrière. Si Anne ment comme elle respire, c’est parce qu’on lui a appris qu’il fallait le faire et que cette capacité de mensonge était non pas punie mais récompensée. Anne, depuis toute petite, a toujours été une excellente élève.

Alors Anne promène sa morgue et sa superbe d’un plateau télé au chantier du nouvel EPR de Flamanville. Elle visite ce dernier en compagnie de présidents et de têtes couronnées. Elle prend l’avion à travers le monde, et, à chaque étape, une cohorte de personnalités la reçoit avec toutes les attentions. Anne est célébrée comme un des plus brillants éléments du système nucléaro-industriel. Comment pourrait-elle encore en douter ; comme le chante Bernard Tapie, elle a su "réussir sa vie".

Vincent Cheynet
vincent@casseursdepub.org
Rédacteur en chef du mensuel La Décroissance
Extrait d’un texte publié dans
La Décroissance n°58, avril 2009

Anne Lauvergeon a tout pour elle. C’est une femme riche et célèbre. Elle dirige le trust nucléaire Areva. En 2008, le magazine états-unien Forbes l’a classée "9e femme la plus puissante du monde". Les journalistes la reçoivent avec le respect et la déférence dus à son rang, très loin de la condescendance ou du mépris dont ils savent faire preuve face aux extrémistes de tous poils. Il faut dire que l’entreprise d’Anne Lauvergeon est non seulement en prise directe avec l’Élysée mais qu’elle achète aussi beaucoup de publicité. Il serait fâcheux – ou plutôt suicidaire – de poser des questions désobligeantes à une personnalité aussi remarquable.

Nous vous avons parlé, dans le journal La Décroissance, de la modeste campagne de promotion médiatique dont a bénéficié, l’hiver dernier, la pédégé d’Areva à l’occasion de la sortie de son dernier livre, La Troisième Révolution énergétique. Au dos de ce chef-d’œuvre, nous pouvons lire : "C’est au nom d’une fibre écologique clairement revendiquée qu’“Atomic Anne”, comme la surnomme la presse américaine, explique le rôle décisif que le nucléaire est appelé à jouer…" Car bien sûr, "Atomic Anne" est une championne de l’écologie – "écologiste dans l’âme, abonnée à la Gueule ouverte dans les années soixante-dix..." (p. 12). Anne Lauvergeon n’a pas le moins du monde l’excuse de l’ignorance face à l’entreprise qu’elle dirige ; elle nous apprend dans son livre qu’elle connaît parfaitement la problématique de la crise.

Dans ce splendide ouvrage tant vanté par la presse, elle narre fièrement sa brillante carrière et son combat héroïque pour sauver la planète grâce à sa contribution à la relance du nucléaire. De manière surprenante, Atomic Anne est "pour un développement durable et équitable" et contre la décroissance : "Très honnêtement, sommes-nous prêts, les uns et les autres, à revoir de façon drastique nos comportements, à modifier en profondeur nos styles de vie afin d’éviter la catastrophe annoncée ? Il suffit de regarder autour de soi les attitudes des uns et des autres pour se convaincre du contraire". N’est-ce pas avec ce type de magnifiques raisonnements que l’on contribue à l’amélioration du genre humain ? Heureusement, le nucléaire permettra de concilier cupidité, affairisme, individualisme forcené et protection de la planète.

Alors oui, bien sûr, il y a aussi ces éternels grincheux, ces écolos de la première heure, qui manipulent les médias avec leurs moyens considérables : "Sur le marché de l’opinion publique, Areva a adopté un positionnement fondé sur la pédagogie et le débat face à une offre concurrente fondée sur l’idéologie et l’image choc". Les associations anti-nucléaire nous cassent les pieds depuis un demi-siècle en affirmant que le nucléaire n’est pas écolo et qu’il n’est tout simplement pas moral. Bon, mais ça, la "morale", ça n’entre pas en compte dans les critères de réussite qui ont fait d’Anne Lauvergeon ce qu’elle est. Au contraire, la condition de son succès a été de l’étouffer, cette morale, de chercher à la cacher, à l’enfouir, comme ses déchets nucléaires, à s’asseoir dessus le plus fort possible pour qu’elle ne vienne pas perturber son beau plan de carrière. Si Anne ment comme elle respire, c’est parce qu’on lui a appris qu’il fallait le faire et que cette capacité de mensonge était non pas punie mais récompensée. Anne, depuis toute petite, a toujours été une excellente élève.

Alors Anne promène sa morgue et sa superbe d’un plateau télé au chantier du nouvel EPR de Flamanville. Elle visite ce dernier en compagnie de présidents et de têtes couronnées. Elle prend l’avion à travers le monde, et, à chaque étape, une cohorte de personnalités la reçoit avec toutes les attentions. Anne est célébrée comme un des plus brillants éléments du système nucléaro-industriel. Comment pourrait-elle encore en douter ; comme le chante Bernard Tapie, elle a su "réussir sa vie".

Vincent Cheynet
vincent@casseursdepub.org
Rédacteur en chef du mensuel La Décroissance
Extrait d’un texte publié dans
La Décroissance n°58, avril 2009



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